Alors que le duo Éric/Ramzy n’est plus vraiment gagnant après quelques échecs commerciaux et une carrière (presque) solo pour chacun d’entre eux, les deux compères reviennent à leur film culte et lui offrent une suite, une vingtaine d’années après : La Tour 2 Contrôle Infernale. Velléité commerciale ou retour aux sources, toujours est il que le film débarque dans vos salles mercredi prochain …

Et qu’il semble au moins délicat d’émettre un jugement dessus, tant l’objet que nous proposent les deux compères, toujours en forme (quelque soit la forme font on parle), est personnel et n’appartient qu’à eux, ne parlant également qu’à eux et quelques inconditionnels. À la manière de ce que l’on pouvait dire sur Scream Queens, le fait que le projet n’adapte rien d’autre que lui-même, avec des objectifs et résultats atteints selon des critères que seul le créateur et les néophytes prient connaître, ne peut pas être en soi considéré comme un défaut.

Plus encore, il témoigne d’une volonté de ne pas se plier aux carcans d’un certain cinéma contemporain, un cinéma qui ne parlerait qu’au public sans jamais s’auto-évaluer selon des critères plus profonds que la tendance globale. En ce sens, on peut dire que le produit est louable, et cela permet d’exclure en quelque sorte l’idée que le projet serait commercial, tant il paraît évident qu’il ne réussira pas au box-office national. C’est une sensation étrange que de voir les deux acteurs (puisqu’ils jouent quand même un personnage, celui du « gogol », comme l’a dit Éric en séance de questions/réponses) évoluer avec une telle aisance face à une caméra, et cela est sans doute dù au fait que l’un d’eux, Éric, la tient.

 

La Tour 2 Contrôle Infernale

Le méchant du film, chef des Moustachious.

À la manière d’un film de Quentin Dupieux, d’ailleurs réalisateur favori des deux acteurs, La Tour 2 Contrôle Infernale en tant que film d’auteur ne parle pas de grand chose, ou alors par moments (les passages de Marina Foïs pouvant par exemple évoquer la place des femmes dans la société, ignorées même dans les hautes sphères, et le Ministre ridiculisé une satire de notre système politique obsolète), fait finalement figure de gros délire tenu de main de maître pendant 1h30. C’est ici que le film est brillant, c’est qu’il ne dévie que très rarement dans sa volonté de raconter n’importe quoi, cela apportant une cohérence remarquable à l’ensemble. Un peu plus (et un peu moins) qu’une simple comédie, le film d’Éric Judor est un film d’auteur qui choisit la comédie comme base, comme Ozon avait pu par exemple le faire dans Potiche.

Finalement, les acteurs sont les seuls, selon leurs propres dires, à savoir se servir eux mêmes, et à se comprendre vraiment. Et, cela se voit au vu des rires dans la salle qui, étrangement, n’apparaissent que rarement simultanément, l’imagination débordante et certainement brillante de ces créateurs est assez polymorphe pour parler à tel ou tel spectateur. Si elle n’est pas forcément réussie (un aspect fédérateur étant souvent essentiel pour cela, il n’est ici que peu présent), la comédie que propose ici Éric et Ramzy est au moins très complète, et dispose d’un humour suffisamment large, s’étalant sur suffisamment de degrés et de palettes, pour toucher à tel ou tel moment tel ou tel type de personne.

La Tour 2 Controle Infernale

L’hilarante scène de controle ophtalmologiste.

Pourtant, si l’aspect fédérateur qu’on a évoqué plus haut n’est manifestement pas dans les priorités des comiques, on constate certaines fulgurances dans le film, comme une subsistance d’une volonté de rassembler. Ainsi les personnages de Marina Fois, toujours brillante quand il s’agit de faire rire, mais aussi de Joël Jernidier et William Gay, se trouvent-ils finalement détachés du duo principal, évoluant dans le monde du « normal », du politiquement correct, et permettant de faire rire la salle, mais cette fois simultanément, par un humour connu. On sait pour quelle raison on rit dans les scènes dans lesquelles n’évoluent pas Éric et Ramzy, l’humour est plus accessible et c’est pourtant là, si l’on garde le même raisonnement, que le film est le moins bon.

Ainsi le film, en tant qu’objet hybride mais certainement fascinant et intéressant, a-t-il ici deux notes, pour mieux rendre hommage à sa complexité. Si le film d’auteur mérite une très bonne note dans son originalité remarquable, son détachement des carcans cinématographiques contemporains et surtout son intelligence dans le traitement des personnages secondaires notamment, la comédie, elle, est à moitié ratée, tant les rires épars laissent une sensation de frustration, alors que les acteurs eux-mêmes étaient sans doutes morts de rire durant toute la durée du tournage.

Toujours est-il que le film est à voir, manifeste d’une lucidité d’Éric et Ramzy sur eux-mêmes et sur ce qu’ils ont fait de bien et de moins bien durant leurs carrière. On est heureux de voir que, pour le meilleur et pour le pire, tout est rentré dans l’ordre.

AMD