Tu connais, spectateur, mon amour inconditionnel et presque un petit peu aveugle sur les créations récentes de Ryan (American Horror Story, Scream Queens) Murphy. Alors quand le compère annonce une nouvelle série qui se basera sur les grands crimes et procès qui s’en sont ensuivis aux États Unis, et qu’en plus il va appeler ça American Crime Story et que, plus encore, il y y fera jouer Sarah Paulson et John Travolta lui même, tu te doutes de mon impatience. C’est avec un grand plaisir que je parle ici du pilote, qui m’a convaincu.

Pour la première saison d’une anthologie des plus célèbres affaires criminelles américaines, American Crime Story revient sur d’affaire OJ Simpson, alors qu’un grand ponte du football américain est accusé du meurtre de son ex-femme. Coups bas, manipulation, tout sera bon pour condamner, ou au contraire éviter la condamnation, de cette grande star afro-américaine…

On se posait l’autre fois la question de savoir pourquoi le public, comme toi, n’avait pas aimé Scream Queens. J’en étais venu à la réponse suivante, grosso modo : Murphy s’y parlait à lui-même et à quelques inconditionnels. Seulement voilà, American Crime Story, en tous cas le premier épisode, ça marche bien. Ça fait un peu d’argent comme il faut mais surtout, les critiques américaines (et même internationales qui arrivent peu à peu) aiment beaucoup aussi. Alors, après se demander pourquoi ne pas aimer, on se pose ici la question suivante : pourquoi aimer American Crime Story? Et puis tant qu’à faire : est-ce que moi, fan de Murphy, j’ai aimé?

Pour la première question, disons que ce pilote, posant les bases de ce qui sera le fil rouge de toute la saison, à savoir la résolution judiciaire de l’affaire O.J Simpson, cumule tant de qualités objectives et appréciées des critiques de par le monde qu’il serait curieux qu’elles ne l’apprécient pas. D’abord, et c’est devenu presque banal chez Murphy, l’épisode est techniquement parfait, filmé de main de maître avec de grands plans d’ensembles, quelques petits plans-séquences mais surtout une caméra qui va toujours se nicher dans les angles les plus formidables pour rendre l’action lisible, et aussi rendre cohérent le cadrage et l’état d’esprit des personnages. On ne connaît pas de réalisateur qui maîtrise aussi bien son cadrage et sa caméra que Murphy dans l’univers sériel, c’est bien ce qui fait l’intérêt de ses créations et le caractère agréables des visionnages de ses œuvres.

American Crime Story

Cuba Gooding Jr. est OJ Simpson

Quand au fond de la série, la forme étant maîtrisée, celui-ci pose question. En quelque sorte enfermé dans le traitement d’affaires dont on connaît finalement beaucoup de choses, la liberté n’est pas le maître mot pour ce pilote, Murphy ne pouvant en effet jouir de ses délires habituels dans son traitement presque documentaire de l’affaire Simpson. La reconstitution historique, qu’on se le dise, est parfaite. C’est sans doute la raison du succès des débuts de la série, Murphy assagi étant bien plus accessible dans ce qu’il propose, mais proposant également un produit d’une maturité qu’on ne lui connaissait pas, lui qui veut souvent en faire trop dans ses créations originales. Ainsi, c’est une part de sa créativité qui semble s’envoler avec American Crime Story, et fatalement l’objet qui en ressort plait un peu moins aux amateurs tels que moi.

Pourtant, il est des raisons qui permettent de penser que Murphy n’a pas tout à fait vendu son âme aux sirènes du formatage. En premier lieu, on ne peut pas dire que les sujets que l’affaire Simpson permettent d’aborder le fassent sortir de sa zone de confort : meurtres, mensonges, dérives de la célébrité, et même perversion, le créateur de Scream Queens est en terrain conquis et peut laisser libre cours à son talent dans le développement qu’il fait des personnages, notamment O.J Simpson lui-même dont il a si bien compris la personnalité. Drame public, certes, mais le pilote et son intrigue n’en restent pas moins intimistes, et permettent tout de même au spectateur, qui ne connaît pas forcément tous les aboutissants du cas traité si il vit autre par qu’aux USA, d’en ressortir avec une vision d’ensemble très satisfaisante.

American Crime Story

John Travolta est Robert Shapiro

Par ailleurs, c’est cette gestion des acteurs qui fait d’American Crime Story une création Murphy. Alors que le casting n’est bien sûr pas anodin dans ces considérations (Sarah Paulson étant déjà une actrice récurrente d’American Horror Story), la globalité du jeu des acteurs, de Cuba Gooding Jr dans le rôle d’OJ à John Travolta, est tout de même emprunt d’un certain style, à la fois très théâtral et détaché de la réalité, style de jeu propre à ce que l’on a coutume d’observer dans les séries précitées. Cela doit beaucoup, bien sûr, à une certaine écriture de leurs personnages, souvent faite avec une certaine exubérance, le créateur aimant à rappeler à ses spectateurs que, peu importe si les événements décrits sont vraiment arrivés, l’œuvre proposée reste une fiction. C’est cette conscience de soi qui reste finalement assez fascinante dans ce type de création, une certaine volonté de proposer du méta, mais très subtil.

En bref, ce premier épisode d’American Crime Story, premières élucubrations de ce qui semble être un long et palpitant feuilleton judiciaire, réparti sur plusieurs épisodes d’une heure chacun. En tous cas, on est impatient de savoir la suite de l’affaire OJ Simpson.

AMD