La Paris Manga and Sci-Fi Show se tenait ce week-end au Parc des Expositions de Versailles. Après une vingtième édition déterminée à confirmer son assise dans le paysage des conventions franciliennes, la vingt-et-unième accuse clairement le coup. Explications.

On avait pointé à l’occasion du vingtième opus ce qui nous avait semblé défectueux intrinsèquement et extrinsèquement dans l’organisation de l’événement, et il est difficile ici d’en dire plus, tant la différence entre la convention d’octobre et celle de février semble résider dans l’ambition et les moyens mis en place, ainsi que dans le fait que celle de ce week-end soit juste une édition lambda, tandis que la précédente souhaitait marquer le coup du numéro 20. Concrètement, les problèmes restent globalement les mêmes, mais on ne peut s’empêcher, au sortir de ces deux jours, d’avoir vu une certaine magie se dissiper. On sent, et cela se voit aux attractions promises, que l’événement lui-même a eu du mal cette fois-ci à réinsuffler ce qui fait le plaisir de venir dans une convention bi-annuelle accessible. En effet, en termes d’invités, notamment, le panel est famélique : hormis Christopher Lloyd, le Doc de Retour vers le futur, sur qui tout ce Paris Manga semble avoir été basé, et dans une moindre mesure face à ce dernier, Neve McIntosh alias Lady Vastra de Doctor Who, les invités ne font pas envie. Sonny Chiba, le fugace japonais de Kill Bill, et Suanne Braun, éphémère personnage de Stargate SG-1, tentent de faire désespérément illusion. Cela paraît incroyable après une vingtième édition qui avait amené John Rhys-Davies, Jason Momoa et Christopher Judge, entre autres, dans la même salle.

Quant à Star Wars, n’y voyez aucun manque de respect envers les prochains cités, mais il apparaît probable que les fans ne soient pas dupes (il n’y avait d’ailleurs quasiment pas de queue pour aller les voir) quand on leur propose Arti Shah, une illustre inconnue qui prêtait son corps à Maz Kanata dans Star Wars : The Force Awakens, et pas Lupita Nyongo’o, l’interprète « officielle » (ce qui fut l’occasion d’un couac de communication quand Paris Manga a annoncé Nyongo’o, avant de se rétracter). Peu probable également que les fans soient aussi excités à l’idée de voir Joonas Suotamo, la doublure de Peter Mayhew en Chewbacca, ou bien Kiran Shah, qui joue un rôle de 20 secondes précisément dans ce même Star Wars (mais si, vous savez, celui qui tente de partir avec BB-8 au milieu du film). Pour des invités qui sur l’affiche sont placés dans une case spéciale Star Wars, on a vu mieux, et on ne peut s’empêcher de penser à un cache-misère d’une édition qui n’a mis que peu de moyens et d’attractivité au moment de négocier la venue de ses invités. Quand on sait qu’il faut payer 20-25 euros pour obtenir une photo ou un autographe, on préfère garder ses deniers pour plus important, pour peu que ce soit le cas. Point à mettre au crédit de l’événement toutefois : il est bien d’offrir à ces travailleurs de l’ombre une exposition digne de ce nom, tant leur participation au travail titanesque du film est vite reléguée derrière des noms plus prestigieux.

Neve McIntosh, alias Lady Vastra dans Doctor Who

Neve McIntosh, alias Lady Vastra dans Doctor Who

Et à part cela, direz-vous ? Rien que la routine habituelle : des Youtubeurs (qui encore une fois se réduisent surtout aux plus connus Benzaie et BobLennon, masquant les Nyo ou InthePanda validés en catastrophe à la dernière minute), des invités cosplays, dessinateurs, jeunes créateurs, webséries (Noob en tête), bref, une édition tout ce qu’il y a de plus classique. Trop classique, malheureusement, et ne sachant pas offrir un contenu original et atypique à ses habitués, si bien qu’après avoir parcouru le pavillon 3 du Parc des Expositions en long en large et en travers, le salon nous a paru désespérément limité, au point d’avoir la désagréable sensation de revenir sur nos pas à chaque fois que l’on empruntait ce qui nous semblait être une nouvelle route. Alors, Paris Manga aurait-elle tout misé sur son édition d’octobre et délaissé son édition de février ? Peut-être. A vouloir trop capitaliser sur sa réputation, Paris Manga fait du déjà-vu, et cela ne fait que mettre un peu plus en valeur les défauts habituels.

Le plus symbolique, et le plus gros problème, c’est bien sûr les prix. A chaque fois, cela peut paraître n’être qu’une impression, les prix semblent monter. Il est toujours invraisemblable de voir toujours autant de gens payer 12 euros pour un menu avec une boisson et deux hot-dogs du pauvre, où un pain industriel enferme une saucisse de piètre apparence. Côtés souvenirs et autres goodies à emporter, les prix sont toujours en fourchette haute si ce n’est plus : profiter d’une pseudo customisation (« coller » un floquage Chewbacca sur une besace n’est pas synonyme de rareté ni même d’exceptionnel) pour appliquer des prix prohibitifs (ladite sacoche coûtait ainsi 70 euros…) et profiter de l’engouement de geeks tellement parfois aliénés dans leur passion, qui achèteront quelque soit le prix, a quelque chose de malhonnête voire de gênant éthiquement parlant. On est loin de petits trucs qu’on achèterait au pied d’un monument pour conserver en mémoire un passage agréable de notre vie. Cela reste un problème inhérent aux conventions, où les exposants veulent pouvoir retirer une compensation financière à la hauteur de leurs travaux. Là encore, un équilibre devrait pouvoir être trouvé afin que l’on évite une situation où dans quelques années, le souvenir ne soit pas devenu définitivement un objet de commerce sans âme. Impossible de ne pas avoir eu, ainsi, une rage naissante se créer quand on voit qu’il fallait faire la queue et payer 5 euros pour faire une photo dans la mythique DeLorean. Petit prix, ici, peut-être, mais prix quand même : la nostalgie, la passion, sont des désirs et des sentiments, et cela ne devrait pas se marchander. Mais on peut toujours rêver pour que l’idéal dépasse un jour le pragmatique… Heureusement qu’il reste les photos, ou encore la simple volonté de montrer ce que l’on peut faire par nous-mêmes et avec patience, en témoignent les associations Star Wars, l’une avec des gens posant sous des costumes impressionnants de Stormtroopers ou Jango Fett, l’autre montrant son savoir-faire dans la construction de R2-D2 et autres droïdes plus vrais que nature.

Christopher Lloyd

Christopher Lloyd

Mais un point des plus dérangeants est que ce commerce que l’on dénonce ici est en train de définitivement grignoter le reste de culture que l’on peut accoler à l’événement. Constater que les acteurs Sci-Fi ont en tout et pour tout une demi-heure (!!!) de conférence par jour, pour ensuite s’adonner à photoshoots et dédicaces, revient avec quel genre d’âme le système Paris Manga fonctionne. Le cas le plus édifiant est celui de Christopher Lloyd. Tête d’affiche, idole d’une génération, acteur émouvant au possible, le forever Doc de 77 ans n’est malgré tout pas tout rose dans cette affaire. En cause, des prix prohibitifs pour pouvoir l’approcher : la modique somme de 50 euros l’autographe et 55 euros la photo, largement au-dessus de ses collègues acteurs (on a d’ailleurs vu des commentaires outrés sur la page Facebook de Paris Manga, signifiant clairement leur boycott de ces prix). Quand on sait que les acteurs conservent tout l’argent gagné en dédicace, et qu’il y aura évidemment des gens pour se jeter sur un acteur en déclin qui a illuminé des jeunesses, on ne peut s’empêcher de trépigner de rage devant ce business des passions cinéphiles. Après renseignement auprès du service de presse, on apprend que c’est aussi Christopher Lloyd qui a imposé des conditions d’horaires (notamment d’interview) à Paris Manga. Dès lors, il y a double faute : une faute de Paris Manga s’incline devant lui, du fait de sa réputation, et laisse passer un prix démentiel et une recherche du profit aux dépens de la transmission de savoir ; une faute de Christopher Lloyd, qui récupère un argent monstre avec des tarifs monstres sur une foule de fanboys monstre qui ne va pas hésiter à payer pour le légendaire héros de leur enfance, même si cela passe par quasiment rien en terme de transmission de savoir, encore une fois (car Christopher Lloyd avait sa propre conférence de 30mn, si peu pour savoir tant sur un tel acteur). En fin de compte, Christopher Lloyd fait le minimum syndical et obtient le maximum d’argent. Pas mal pour un acteur de 77 ans.

Paris Manga reste une convention où il fait bon se promener avec des amis. On pourra toujours se consoler avec les tournois de jeux vidéos, déambuler dans les allées au gré des cosplays. Mais ici, loin d’une Japan Expo qui mérite qu’on s’y attarde une bonne partie de la journée, Paris Manga a fait du nivellement par le bas, si bien que trois heures suffisent largement (et sans besoin forcé de se lever aux aurores) à avoir tout vu. C’est bien triste.