Legend de l’américain Brian Helgeland fait partie de ces films que nous avons apprécié mais qui ne resteront pas dans nos mémoires. La frustration est d’autant plus grande qu’il ne comporte que peu de défauts. Explications.

Scénariste expérimenté, nous devons à Brian Helgeland les scénarios des films L.A. Confidential de Curtis Hanson, Mystic River de Clint Eastwood ou encore Robin des Bois de Ridley Scott. La liste est longue et variée, ce pourquoi rien ne nous étonne lorsqu’il décide de s’attaquer à la vie des jumeaux Kray qui deviendront les rois de la pègre dans le Londres des années 1960. Un sujet des plus attrayants pour un genre qui ne cesse d’être exploité tant il regorge d’histoires palpitantes. Notre attente s’est multipliée en apprenant que le génial Tom Hardy incarnerait dans ce film non pas un mais les deux jumeaux Kray. Le résultat final s’avère tout à fait honorable mais un problème est venu entraver notre visionnage.

Legend

Copyright StudioCanal

C’est précisément là où nous l’attendions que le cinéaste se révèle décevant. Son scénario, certes bien écrit, manque affreusement de rebondissements. Nous suivons plus de deux heures durant l’ascension des deux frères sur la ville qu’ils règnent d’une main de fer sans jamais nous surprendre. L’une des attentes principales d’un film de gangsters provient dans sa capacité à instaurer une tension puisque le spectateur s’attend à assister à des faces à faces hargneux qui vont mettre à mal nos protagonistes – ou antagonistes. Dans le cas présent, Helgeland peine à transporter son public à cause d’un scénario relativement plat qui ne se réinvente pas. Les séquences s’enchaînent et finissent par se répéter et nous assistons impuissants à une histoire trop simple qui tourne en rond dont le fil conducteur est la narration en voix-off du personnage d’Emily Browning.

La frustration dont nous parlions provient en partie du fait que techniquement le long métrage est très bon. La réalisation et la mise-en-scène comportent quelques bonnes idées et même dans sa simplicité – dans le sens classique – elles restent correctes et agréables à regarder. Ajoutons à cela, la jolie reconstitution de la ville de Londres des années 60 qui est un véritable point fort tant dans les décors que les costumes. L’esprit de l’époque en ressort complètement et la bande son n’y est pas étrangère et permet de dynamiser un film alourdi par ses longueurs et sa durée. Malheureusement, même ces bons points ne parviennent pas à nous ôter cette impression de déjà-vu ; il faut nous tourner vers les performances du casting hors pair qui vient nous sauver de l’ennui.

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Nous commencerons sans plus de détour par mentionner l’exceptionnel Tom Hardy qui porte littéralement le film sur ses quatre épaules. Si les deux jumeaux sont différentiables physiquement, l’acteur Britannique assure tout de même deux interprétations distinctes, que ce soit dans la gestuelle ou l’intonation de la voix, son travail est remarquable. Il s’agit d’une année fructueuse pour lui puisque nous le retrouverons prochainement dans le très attendu The Revenant. A défaut, nous regrettons le manque d’épaisseur du personnage d’Emily Browning qui, malgré son talent certain et son jeu tout en charme et subtilité, reste cantonné dans le rôle de la copine gênante. A leurs côtés, des interprètes de choix : David Thewlis (Macbeth), Christopher Eccleston – très bon (The Leftovers), Taron Egerton (Kingsman) ou encore Paul Bettany (Avengers) dont le temps d’apparition à l’écran fut, hélas, trop court.

Si Legend n’est pas un film de gangsters révolutionnaire, il a au moins le mérite d’offrir au Britannique Tom Hardy un rôle complexe dans lequel il excelle.