Experimenter revient sur l’étude de l’obéissance à l’autorité de Stanley Milgram dès le 27 janvier. Un thème intrigant qui ne laissera personne indifférent.

De base, Stanley Milgram (Peter Skarsgard) entame son expérience sociale de l’obéissance dans les années 60 pour tenter de démontrer si les nazis ont acté toutes ces horreurs par pure question d’obéissance. Le projet est intéressant, le sujet, va-t-il obéir à des ordres allant même à l’encontre de ce qu’il sait être moral, qu’on peut associer à de la torture, au nom de la science et une recherche sur « la mémoire et l’apprentissage ». Le procédé est simple, le sujet pose des questions à un complice de l’expérience placé dans une autre pièce, et lorsque celui-ci répond incorrectement, il appuie sur un bouton qui va enclencher une décharge électrique sur le bras du complice. Le voltage de ces décharges s’intensifient au fur et à mesure, jusqu’à atteindre une puissance mortelle. A aucun moment le sujet sait que ces décharges sont simulées. Résultat ? Près de 65% des participants ont appuyé sur tous les boutons jusqu’au bout, homme ou femme. Forcément, on se demande quelle aurait été notre propre réaction ? Impossible de le deviner sans être dans la situation…
L’expérience de Milgram a fait couler beaucoup d’encre, la communauté scientifique jugeant ses méthodes cruelles et sournoises contraires à l’éthique. Partant d’un bon sentiment au début, les études du psychologiste sont devenues très controversées. Les sujets (John Leguizamo, Anton Yelchin, Taryn Manning) ressortaient de ces séances complètement bouleversés ce qui n’a fait que donner encore plus mauvaise presse à Milgram.

©SeptièmeFactory

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Le biopic en soi, lorsqu’il s’épanche trop sur la vie personnelle de Milgram lasse vite malgré la durée courte du film (1h37). La description de sa femme (Winona Ryder), à peine glorifiée, le fait simplement passer pour un macho de la sphère élitiste de l’époque et confirme l’idée que tous les psys passent leur temps à analyser les gens, même leurs proches. Malgré le style original dont fait preuve Michael Almereyda, en employant un fond peint inerte où seuls les personnages sont réels et mobiles, il y a une certaine lenteur dans l’ensemble.
Le véritable intérêt repose dans les expériences. Le réalisateur le montre bien en essayant d’être pédagogique dans les apartés de son personnage principal qui s’adresse directement à la caméra, public. Son objectivité à toute épreuve ajoute une touche froide au film, très scientifique, malgré quelques touches d’humour. Bien que la plus grande partie d’Experimenter traite de l’expérience de l’obéissance à l’autorité, une seconde partie moins importante mentionne d’autres de ses théories sociales qu’on rencontre tous les jours mais qui paraissent bien fades par rapport à son étude la plus renommée.

©SeptièmeFactory

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Si on le compare à d’autres films qui traitent d’expériences sociales, notamment tous les dérivés sur l’expérience de l’université de Stanford avec chronologiquement Das Experiment, puis The Experiment à l’américaine et le très récent The Stanford Prison Experiment (que j’ai trouvé plus puissant encore car les gens étaient plus jeunes), mais aussi le moins connu La vague, Experimenter opte pour une position plus neutre avec l’angle du créateur et non du participant. Du coup, on perd de l’émotion avec une vision plus calculée pour se concentrer sur le véritable impact social « scientifique » et non individuel. Et c’est aussi le reproche qu’on pourrait faire au film, car malgré ces nombreux détails enrichissants, on manque d’humanité, même si c’est un parti pris. Le fait qu’on ne connaisse quasiment rien des sujets rend difficile une quelconque identification, mais clairement, on se remet en cause.

Certes, peut-être pas un grand film, mais en tout cas qui parle d’un cas assez méconnu, et rien que pour ça, il vaut le détour.

(P.S. : En fait, c’est un peu bizarre, il se veut sérieux mais aussi décalé, mais ça ne colle pas vraiment ensemble.)