Après le film Anna Karénine, c’est au tour de Guerre et paix du grand Léon Tolstoï de se faire adapter par les Britanniques. C’est la BBC qui s’y colle cette fois-ci, pour une mini-série en six volets.

La littérature russe n’est pas très connue dans nos contrées, si ce n’est à travers l’œuvre de Tolstoï. War & Peace va vous refaire découvrir un roman souvent jugé comme trop long, mais surtout très fataliste.

©BBC

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Vous savez combien l’accent posh fonctionne sur n’importe quel period drama et rend crédible l’aristocratie d’un personnage ? Voilà la preuve à nouveau. J’ignore si la BBC a décidé de réadapter tous les classiques, mais il faut bien l’avouer, c’est eux qui le font le mieux. Après Wolf Hall qui a remporté le Golden Globe de la meilleure mini-série, et l’actuel Dickensian, voici War & Peace. Magnifique reproduction des princes et de l’époque. La photographie moderne qui respecte quand même l’atmosphère du XIXe marque bien la touche anglaise dans le respect du passé. Et quand on dit que la télévision se rapproche de plus en plus du cinéma, cette adaptation en est la preuve parfaite. Ils ont alloué un budget énorme à cette mini-série en six parties en étant soutenu par la Weinstein Company, cela se voit de partout, dans les costumes, les décors, et même le choix des acteurs. Les vues des régions assez méconnues d’Europe de l’est sont magnifiques, que ce soit en hiver comme en été. Ils ont tourné en Russie même, dans le palais Catherine, rien de plus authentique.

Après, on passe à l’histoire, eh bien… ça reste Guerre et paix. Le livre qui semble être bien plus long que la Bible et dont on ne sait pas si on le finira un jour (non, je n’ai jamais réussi) devient donc une adaptation en six parties d’une heure par Andrew Davies. Des intrications complexes entre amour, politique, religion et philosophie qui ne cherchent pas à être démêlées, mais à être contemplées. Une intrigue qui se développe de plus en plus, mais quand on y réfléchit, dont tous les arcs ne nous intéressent pas forcément. Et sur la longueur, cela portera probablement préjudice à la mini-série, aussi mini qu’elle soit.

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Le premier épisode réussit à présenter tous les protagonistes de l’action assez rapidement, un paradoxe quant au nombre effarants de personnages dans le livre, de Pierre (Paul Dano) à l’esprit révolutionnaire mais perdu au milieu de l’aristocratie russe, André (James Norton) jeune officier déterminé mais dépité, Boris (Aneurin Barnard) qui se laisse mener par sa mère, mais aussi Natasha (Lily James) la réelle héroïne de l’histoire. Entre traditions et abus, personne ne pourra échapper à son destin. La jeune génération profite de beaux visages, mais c’est bien la génération plus aînée qui manifeste le plus de talents aguerris, de Stephen Rea à Gillian Anderson, et on verra même Matthieu Kassovitz !
Une histoire qui subit un petit relifting à vrai dire, avec de nombreuses démonstrations de décadence plus graphiques que ce que pourrait indiquer Tolstoï et on suit les regards vers Hélène (Tuppence Middleton) qui hérite de tous les blâmes avec les sous-entendus incestueux avec son frère… En tout cas, l’auteur classique n’a pas à rougir de cette adaptation, car ses descriptions des batailles ou de la campagne russe sont parfaitement retranscrites à l’écran. Les couleurs font penser à Tom Hooper et à ses Misérables, et à vrai dire, les plans rapprochés des visages et les traversées des batailles aussi… Mais la réalisation revient à un autre Tom, Harper, celui-là même du aussi magnifique Peaky Blinders. Quand la touche british nous tient !

(P.S. : Quelqu’un disait qu’il ne comprenait pas l’intérêt des period dramas, que le passé appartenait au passé. Mais retranscrire le passé est une forme de respect, et ce n’est pas forcément l’envie d’y vivre, ni le regret qu’il soit passé, mais plutôt de se remémorer les gloires et les défaites d’antan… Puis c’est joli.)