Quand le cinéma français parle de cinéma, ça donne Grosse Fatigue ou La Nuit Américaine… mais c’était en des temps oubliés. Arrête Ton Cinéma est l’adaptation du roman de Sylvie Testud « C’est le métier qui rentre ». Que ce soit ce titre ou l’autre, c’est une ode à l’état actuel du cinéma français qui se veut moderne.

(Synopsis Allociné) C’est dans l’enthousiasme que Sybille démarre l’écriture de son premier film. Actrice reconnue, elle va passer pour la première fois de l’autre côté de la caméra. Tout semble lui sourire. Ses productrices Brigitte et Ingrid sont deux personnages loufoques mais attachants et Sybille se jette avec elles dans l’aventure, mettant de côté sa vie familiale. Mais, du choix improbable des actrices, aux réécritures successives du scénario, en passant par les refus des financiers, le rêve merveilleux va se transformer en cauchemar. Incorrigible optimiste, Sybille réalisera trop tard que ses productrices fantasques et totalement déjantées vont l’entraîner dans leur folie…

La bande-annonce était engageante, on sentait un petit vent de folie bien heureux sur la thématique du cinéma (français ou non d’ailleurs). Le résultat l’est beaucoup moins. En dix minutes, tous les espoirs sont annihilés. On sent le film fauché (il l’est et il est revendiqué comme tel) et quasiment monté avec des bous de ficelle. Dès la seconde scène, un figurant / chauffeur déclame sa ligne de texte avec une conviction rare. Encore une fois, les acteurs français jouent MAL ! Il faut le dire, rien n’est naturel, tout est jaugé, appris sur un modèle théâtral à cause de ce sacro saint Cours Florent qui crée des clones et des acteurs formatés. Et on ne parle pas de la Comédie Française qui arrive, tant bien que mal par contre, à créer quelques acteurs de bon niveau comme Laurent Lafitte, Pierre Niney ou Guillaume Gallienne dans une moindre mesure.

arrete ton cinéma

©BacFilms

Arrête ton cinéma a la chance d’avoir les formidables Balasko et Breitman, à la limite du cabotinage mais qui s’en donnent à cœur joie malgré des dialogues d’une pauvreté affligeante. Les situations sont ridicules et donnent au film un cachet ringard de bout en bout. Chaque scène sans exception possède un détail inutile, une phrase, un geste, une situation qui ne sert à rien. Un personnage perd ses lunettes, un personnage dit que son gosse a oublié ses affaires… Cette douloureuse sensation gênante qu’a le spectateur lui fait dire que le film a été fait en roue libre, que l’écriture du scénario a été fait durant le tournage. C’est bien simple, chaque séquence pourrait être monté dans un autre ordre que le film tiendrait quand même (un peu) la route. L’histoire se tient, c’est certain, mais elle est très linéaire et sans surprise. On ne comprend même pas la fin, illogique au possible, facile et encore plombée par un choix douteux de rallonger le côté méta du film avec un séquence où même la guest (qui n’est pas acteur) y croit plus que le reste du casting. Restent des séquences de « rêve » qui donnent un vrai cachet de film décalé mais qui n’apporte finalement rien au projet.
Ne parlons pas du personnage principal joué par Testud, amorphe comme d’habitude et minée par une vie gâchée par le tabac, qui tente de survivre à côté d’une galerie d’acteurs aucunement dirigés. Rien ne tient : les placements des personnages, le choix de Fred Testot, les seconds rôles… Testud n’est ni mauvaise, ni bonne, elle est la représentation cinématographique et artistique d’un thermomètre. Son jeu transpire la mauvaise foi créative du cinéma français. Elle représente tout ce que le cinéma de notre pays est : à la fois populaire et auteurisante, insupportable et fascinante.

Arrête Ton Cinéma, sous ses airs de cinéma délirant et d’auto-dérision, se perd dans son propre sujet. A vouloir faire un film d’auteur sur le cinéma populaire dirigé par les producteurs et l’argent qui transforment les bonnes idées en mauvais films, on fait un mauvais film ! C’est une comédie pour quarantenaires coincées qui ne voient dans le cinéma que ce qui a été fait il y a 30 ans et qui pensent que la comédie est un genre honteux. Le public visé est dépassé par la propre évolution du genre et se plie en quatre de rires devant des situations nullement créatives et encore moins vraiment comiques. Quand on ne sait pas faire de cinéma populaire et drôle, on fait un autre film en prenant Testud et on fait un film sur une névrosée.

https://www.youtube.com/watch?v=ktg4ZzNdHYc&feature=youtu.be