Qui de mieux pour représenter les rêves et les déceptions de jeunes New Yorkais que Noah Baumbach accompagné de Greta Gerwig ? Le couple revient le 6 janvier avec Mistress America qui représente parfaitement le cinéma du réalisateur.

Mistress America résonne comme un pan de vie où une étudiante, fraîchement débarquée à New York, se lie d’amitié avec la fille de son futur beau-père de plus de dix ans son aînée, qui va l’entraîner dans une folle aventure new yorkaise telle une bouffée d’air frais.

Le mumblecore, c’est bien quand c’est Schwartzmann, ou Woody Allen, mais c’est encore mieux quand c’est Noah Baumbach en duo avec sa compagne Greta Gerwig derrière le scénario qui s’adressent directement aux twenty/thirtysomething de l’ère contemporaine qui cherchent leurs identités propres. Et c’est ce qu’on aime dans Mistress America, sa capacité à trouver écho en chacun de nous sur un ton quasi tragi-comique. Voix off obligatoire, la troisième collaboration des deux représentants du genre se place encore un cran au-dessus. Alors oui, les débats volent aussi hauts que de la philo de comptoir, mais comme dans nos vies en fait.

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Mistress America se retrouve à mi-chemin entre While We’re Young (qui manquait de Greta Gerwig) et Frances Ha. Brooke symbolise le sujet parfait de Noah Baumbach, originale et créative, mais paumée dans la vie, ce mélange de Frances et de Florence Carr (Greenberg) qui aurait grandi sans mûrir complètement car la fin du film n’est pas encore arrivée. Sauf que cette fois-ci, le spectateur suit l’histoire de Brooke à travers les yeux de Tracy, qui débarque de la province pour étudier à Barnard (l’une des écoles considérées comme du niveau de la Ivy League). La frontière s’étiole entre admiration et vie par procuration car Tracy donne à sa future sœur un rôle de mentor voire de modèle. Petit à petit, son individualisme se détache, malheureusement pas sous son meilleur jour même si on s’aperçoit vite que des deux, la plus jeune semble aussi être la plus mature.
New York brille, que ce soit Times Square ou le petit pub du coin, mais ce qui est sûr, c’est que tout comme les bobos Parisiens, les bobos New Yorkais dégagent ce petit air de suffisance narquois que Baumbach cerne avec précision puisqu’il en est lui-même pourvu, et qu’il applique à ses personnages. Mais Brooke est un être à part, de ceux qui débordent d’énergie, dont la présence se remarque même sans les connaître, de ceux qu’on jalouse mais avec qui on aimerait être amis, car ils sont tout simplement intrigants. Tout comme dans Frances Ha, les deux co-scénaristes se complètent parfaitement, et si le résultat final finit par être très prolixe, le spectateur ne décroche pas pour autant du grand débat sur la vie. Derrière les grandes tirades qui frôlent le surréalisme parfois, se cachent bien sûr l’appréhension de l’échec, mais aussi celle du futur.

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Greta Gerwig avec son débit rapide, son charme et ses traits d’esprit, incarne une Brooke qui se contemple, tandis que Lola Kirke délivre une prestation d’une Tracy curieuse et pardonnable malgré son comportement, et l’alchimie des deux actrices est indéniable. Même s’il ne sort que maintenant sur nos écrans, le film a en fait été tourné en 2013, avant que Mozart in the Jungle ou encore Gone Girl ne fassent connaître Kirke qui se fait une belle place dans le cinéma d’auteur. Le film apparait comme intimiste et personnel, porté par un casting réduit mais complètement attachant et talentueux. L’humour décalé renforce le style reconnaissable du réalisateur. En tout cas, Mistress America reflète avec justesse le tourment et les prises de têtes littérales de deux générations pas si éloignées l’une de l’autre. La critique sociale sous-jacente se ressent plus fort que jamais devant le manque d’aboutissement de Brooke et la quête d’excellence de Tracy. Qu’on soit du côté de cette hyperactivité désordonnée ou de la passivité spectatrice, on connait une Tracy et une Brooke quand on n’est pas l’une d’elles.

(P.S. : Après, clairement, les gens de leur âge sont la cible privilégiée, et je tombe en plein dedans…)