S’il n’y avait pas le Christmas Special, il faudrait l’inventer. Doctor Who fait ainsi durer le plaisir, avec en cadeau le retour de la mythique River Song. Spoilers sweetie…

Cette année donc, Doctor Who fait coïncider une irruption temporelle de la plus célèbre archéologue du futur avec le vagabondage mélancolique d’un Docteur (accessoirement le mari de la première nommée) qui a perdu sa Clara à la fin de la saison. Le seul problème, c’est que River Song, toujours empêtrée dans ses affaires d’évasion (sortir de prison comme soutirer de l’argent à des peuples dupes de sa personne), ne… reconnaît pas le Docteur. Forcément, nouvelle tête, mais rappelons qu’elle n’a connu son mari de façon définitive que sous les traits de Matt Smith. Alors quand elle embarque le Docteur dans ses tribulations intéressées (en gros, elle s’est mariée à un cyborg pour lui piquer un diamant inestimable), le comique de situation fonctionne à plein régime…

©BBC

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Il fallait bien un peu de River Song, ce personnage si spécial, si volatile et en même temps si intemporel, qui maintenant, à l’instar de Clara, a transité avec 3 Docteurs, pour conclure une saison 9 de Doctor Who sur la thématique du voyage, du rapport au temps et aux temps, mais aussi de l’immortalité. D’ailleurs, sans l’avoir encore vécu, River sait à la fin que sa mort est proche, et le Docteur, forcément, aussi, d’où ce « carpe diem » final et conclu par un ultime écran noir. Certes River Song est une Seigneur du Temps sans possibilité de régénération, et on l’a déjà vu mourir (saison 4, Bibliothèque des Ombres) et revenir à l’état de spectre (saison 7, Name of the Doctor), mais le fait que sa ligne temporelle soit si bordélique, au point qu’elle puisse rappeler au Docteur ce qu’il a fait et pas fait, ce qu’il peut (encore) faire et ne pas faire, la rend symboliquement immortelle. C’est là toute l’idée de l’avoir tuée dès sa première apparition, afin d’ensuite pouvoir la ramener et jouer avec l’infinité à notre guise. Aussi, jouer sur la méconnaissance de la professeur de cette douzième incarnation du Docteur, elle qui avait vécu des choses avec son époux que lui-même ne connaissait pas (la seule chose qu’elle ne peut pas prévoir, c’est le Docteur himself), afin de l’indépendantiser (car River est tout de même une femme forte qui ne s’en laisse pas compter, et ce même si elle est attachée au Docteur) et par cela jouer la carte du sentimental par l’absurde, dans une théâtralité folle (il faut voir sa déclaration d’amour alors que le Docteur est juste à côté d’elle, inventant la prosopopée pour gens vivants), ne pouvait qu’être l’oeuvre de malignité et d’intelligence de Steven Moffat. Mieux encore, pour continuer dans le virage à 180°C, notamment par rapport à la saison 4 où elle décidait elle-même de son sort, c’est cette fois le Docteur qui prend les choses en main, puisqu’il est directement à l’origine d’un des futurs souvenirs de River (le restaurant à Darillium) et raccorde les ponts avec la saison 4 (en lui offrant un tournevis sonique, problem solved). Le tout dans un papier cadeau Doctor Who soigneusement emballé.

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Une structure scénaristique digne d’un conte de Noël, dira-t-on, mais quand tout cela est mêlé au Temps lui-même (pris sur le ton léger quand le Docteur réserve une table 4 ans à l’avance, une bagatelle pour un TARDIS), cela peut être digne d’une boîte de Pandore, mais où le chaos contenu révélerait avoir une face d’ange. En l’occurrence, la méconnaissance de River Song donne ici lieu à un comique de situation, créant un absurde protecteur autour de toute cette histoire, celle d’un couple d’immortels, voyageurs du temps, qui se télescopent pour mieux se retrouver. Plein de références (même à l’épisode de Noël de la saison précédente !) cet épisode apparaît quelque peu en miroir inversé de Let’s Kill Hitler, en saison 6, qui montrait la régénération de Melody Pond en la River que nous connaissons actuellement, une River seulement déterminée à tuer le Docteur. Ici, c’est tout comme si elle le connaissait aussi peu, puisqu’elle ne le reconnaît pas ; et tandis qu’en saison 6, c’était surtout un humour noir qui prévalait, avec une archéologue déchaînée et prête à tout (y compris tuer son futur mari), on a en saison 9 une River décidée à conserver plus que tout son Seigneur du Temps, le cherchant non pas pour le tuer, mais pour le câliner. Alors quand l’absurde s’en mêle pour, par tous ces actes irrévérencieux (se marier avec un homme pour qu’il l’aide à retrouver le Docteur mais lui effacer la mémoire sur le mariage) qui la déterminent, et lui faire dire tous les sentiments contradictoires (n’est-ce pas aussi ce qui détermine les, ses sentiments ?) qui l’animent quand elle pense à lui (elle l’aime, mais lui non, elle lui dit le détester pour mieux lui dire je t’aime, dans un ultime plan magnifique juste ce qu’il faut de touchant), on a là une petite perle de comédie dramatique comme seuls les Britanniques, et de surcroît l’équipe de Doctor Who habitués à voguer parmi les méandres de la sensibilité, par leur humour situationnel et décalé, savent faire.

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Car c’est bien un épisode de Doctor Who sur River Song, comme le titre l’indique si bien. C’est elle qui crée, cause, résout ; son mari tient ses bagages, littéralement. Et le Docteur se prête au jeu avec la meilleure volonté du monde, n’attendant que les dernières 15-20 minutes avant de se dévoiler, et surtout jouant le jeu du compagnon, ce qu’il n’a jamais été, en délivrant lui-même les punchlines habituelles sur la taille inhabituelle du TARDIS. L’alliance entre l’explosivité et l’espièglerie du Docteur, et l’insouciance de River Song, tous deux paraissant toujours plus jeunes dans leurs faits et gestes, fonctionne à plein régime, et les voir jouer avec la tête d’un roi sanguinaire et vociférant est absolument désopilant. Leur association n’aurait d’ailleurs, probablement, jamais pu être complètement drôle s’ils s’étaient reconnus immédiatement, ne serait-ce que pour le sourire carnassier de Peter Capaldi. Ces deux personnages, loufoques à leur manière, usant de leur qualité de voyageurs pour être à la fois infiniment présents et absents (surtout dans le cas de River), étaient faits pour être ensemble et le vivre à fond quand ils se retrouvent, quelles que soient les circonstances, au gré des vents temporels (on se souvient de Matt Smith soignant le poignet brisé de River avec son énergie régénératrice dans Les Anges prennent Manhattan).

Porté par des interprétations parfaites de Peter Capaldi et Alex Kingston (qui n’a en 2 ans et demi rien perdu de son personnage), c’est un épisode de Noël en forme de spectacle total, dans la plus pure tradition de Noël, qui nous est offert par Doctor Who, concluant impeccablement une excellente saison 9 et ponctuant pleinement le dixième anniversaire du retour de la série. Alors Joyeux Noël à tous, et rendez-vous à l’automne 2016 pour la saison 10 !