Après Gotham, et en même temps que Flash et Arrow, c’est Agents of Shield qui ferme la marche des séries de super-héros en pause hivernale. Une pause qui sera longue, puisqu’elle ne reprendra pas avant le 8 mars. L’occasion de revenir sur 10 épisodes de qualité

ATTENTION SPOILER SUR LA SAISON 3 D’AGENTS OF SHIELD. LECTURE A VOS RISQUES ET PÉRILS

Dans le pilote, on avait laissé toute la fine équipe aux prises avec le problème des métahumains qui se répandait. Phil Coulson, amputé de son bras, mais aussi de Simmons et May, tentait de faire vivre le Shield tant bien que mal avec Bobbi, Hunter, Daisy, Fitz et Mack. On découvrait également Rosalind Price, patronne de l’ATCU, qui s’intéresse comme eux de près aux métahumains. S’ensuit alors un jeu de confiance/pas confiance mêlé de flirt entre Coulson et Rosalind concernant les affaires extraterrestres, tandis qu’intervient un troisième larron un peu plus biaisé : l’Hydra, qui tient surtout par les agissements de Ward, mais qui répond d’un supérieur qui a pris les choses en main, Gideon Malick.

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Agents of Shield continue tranquillement, et ce malgré des audiences qui ont connu un pic négatif à l’épisode 7 (la pire de la série), son petit bonhomme de chemin, ayant réussi le tour de force de devenir une vraie série-feuilleton nous laissant sur les charbons ardents chaque semaine, le tout en étant à la base un produit dérivé d’Avengers. A une trame narrative qui reste somme toute classique, mais remixée à la sauce comics, dans ses enjeux (un monolithe mystérieux source d’intérêt qui transporte dans un autre monde, mâtiné d’une autre source d’intérêt que sont les métahumains), Agents of Shield a ajouté un fond véritablement excitant. En effet, on a le sentiment que la série est arrivée à une certaine maturité, et cela se voit dans le maniement de ses intrigues (même si des liens restent encore à établir entre la présence d’un Inhumain surpuissant venant d’une autre planète dont on ne connaît pas le nom, et l’influence que cela pourrait avoir à court terme sur le monde terrestre) d’une part, et dans les personnages d’autre part, particulièrement Simmons. En donnant une épreuve aussi profondément perturbante que celle à laquelle la scientifique a été exposée, la série semble avoir complètement retiré la part même d’inhibition du personnage, à l’instar de ce qui avait été fait avec Fitz en l’envoyant sur le terrain en saison 2. Les autres ne sont pas en reste : Coulson perd Rosalind et tout son self-control, Mack perd le Nord, Daisy idem, Bobbi ne sait plus où taper, Hunter tape lui à l’aveugle, May ne sait plus à qui se fier depuis qu’elle a découvert que son ex-mari était un inhumain destructeur… Il suffit de comparer leurs visages en saison 1 et en saison 3 : les personnages sont profondément marqués.

La forme de cette fin de demi-saison rappelle celle de la saison 2, où Daisy recevait ses pouvoirs après l’effondrement de la cité souterraine, redéfinissant les enjeux pour le SHIELD dont l’une des agentes était désormais un peu des deux côtés de la balance. Ici, le schéma passe à l’ennemi, avec Grant Ward, que Coulson avait tué sur la planète, mais qui est réapparu grâce à la vie que lui insuffle la créature extraterrestre. C’est une belle promotion pour Ward, l’agitateur de service, jamais franchement loyal à qui que ce soit (sauf peut-être éventuellement à John Garrett), et qui devrait au retour de la mi-saison devenir un électron libre très intéressant à suivre, transcendant quelque peu les écueils classiques du beau gosse bad guy qui fait le sale boulot à la place du pervertisseur Gideon Malick, qui représente un nouveau niveau de compétences dans la représentation du méchant, en tant que c’est littéralement une des têtes d’HYDRA qui prend les choses en main (en même temps, c’est l’ex-sénateur Roark de Sin City, Powers Boothe, qui a des références dans le genre). De fait les têtes de partis sont bouleversées : l’ATCU est sans tête après la mort de Rosalind, et Coulson s’en voit être un homme brisé. Un désordre qui a d’ailleurs toujours été la force de la série et de ses protagonistes : de bien établi en saison 1, le SHIELD est devenu plus ou moins clandestin en saison 2 avant de devenir carrément rayé de la carte en saison 3, et à chaque fois, l’organisation s’est relevée, quitte à bousculer ses acquis et ses procédures. Cette manière de s’être détachée d’un modèle routinier au cas par cas a été la meilleure décision de la série, et cela ne se voit que trop bien dans cette saison où le SHIELD doit agir légalement tout en restant illégal, en jonglant avec une organisation rivale (l’ATCU) qui agit au niveau légal tout en faisant des trucs pas très légaux, avec à sa tête une femme légalement en place mais au méthodes peu légales, sans se douter que derrière elle se trament des choses qui ne le sont pas du tout. Cette politique de la corde raide permet à la série de conserver une tension maîtrisée, qu’elle sait relâcher au juste moment, et donne aux dix épisodes un intérêt toujours vivace.

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Le plus symbolique de cette stratégie est de donner une amourette à Coulson. Idée quelque peu tarte à la crème (et c’est un peu le cas ici), ses aspects négatifs sont bien masqués par les conditions dans lesquelles elle se forme : entre les deux leaders, entre frère/soeur ennemis, entre deux personnes fragiles. Et la performance des acteurs, que ce soit Constance Zimmer, très bonne en femme fatale au charme vénéneux, ou Clark Gregg qui peut ainsi ajouter une couleur à sa palette d’un Phil Coulson très sympathique, y est pour beaucoup, de sorte que si l’on sait globalement à quoi s’attendre, on finit par être surpris de la manière brusque dont il prend fin : la furie de Coulson est l’une des choses les plus marquantes de la saison en terme d’intensité. De surcroît, la décision des love interests dans la série est en général très bien agencée : que ce soit May qui ne cesse de combattre ses démons, la relation amour/haine de Bobbi et Hunter, Daisy qui après avoir vu Ward la trahir se retrouve en Lincoln (une tournure encore peu justifiée scénaristiquement  mais pour l’instant pas trop lourde), l’amour dans Agents of SHIELD ne marche jamais sur les plates-bandes des autres aspects de la série. Mais c’est bien la relation entre Fitz et Simmons qui atteint des sommets. D’une part, on a un Fitz (immense Iain de Caestecker qui est le personnage qui a le plus évolué) qui ne serait-ce que dans la carrure a pris une bouteille énorme, et nous fait une démonstration de torture psychologique quasi-permanente parfaitement ciselée. De l’autre, une Simmons (excellente Elizabeth Henstridge, jamais aussi bonne que dans cette saison) qui depuis la saison 2 a un peu perdu le Nord en s’étant retrouvée à bosser pour l’HYDRA, tandis qu’elle a découvert (au travers d’un sublime épisode) une planète inhospitalière qui a mis à bas tous ses principes, y compris celui qui voyait Fitz comme son double nécessaire et ambigu. La rencontre de ces deux volcans émotionnels, un peu plus troublés de surcroît par la figure impromptue de Will (Simmons serait en quelque sorte, avec cet astronaute coincé depuis des années sur la planète, une espèce de Cameron de Dr House avec son mari mort d’un cancer), est un des temps forts de la série. Et le destin de Will, dévoré par l’extra-terrestre en sauvant Jemma, devrait offrir par la suite un ship de plus en plus explosif…

Une demi-saison tout à fait satisfaisante, donc : Agents of SHIELD continue d’être une excellente surprise côté séries de super-héros. La suite en mars, après l’intermède Agent Carter !