Quand Ryan – Glee, American Horror Story, Nip/Tuck – Murphy revient sur le devant de la scène avec une série à caractère horrifique, on peut s’attendre à quelque chose de bien. Et on est rarement décu. Parlons de Scream Queens !

[MAJ] Aujourd’hui, on revient sur le reste de la saison puisque, cela ne vous aura pas échappé, je profite de cet article pour opérer un développement, et faire de cette critique un bilan de saison !

Alors que la maison de sororité Kappa règne d’une main de maître sur le campus, un tueur déguisé en Diable commence à semer la terreur. Les défauts, secrets, animosités de tous seront révélés dans cette traque impitoyable, faite d’argent, de fourrures, de paillettes mais aussi de têtes coupées et de perles de sang…

Les premiers épisodes de cette saison de Scream Queens sont, au moins, déroutants. Prenant une fois de plus le spectateur (plus ou moins) par la main pour l’emmener dans des contrées sérielles inconnues, Ryan Murphy se délecte à le surprendre et trahir ses attentes, voir à choquer, faisant, cela devient une habitude, preuve d’une originalité et d’un second degré permanents. Scream Queens, en effet, peut presque se considérer au visionnage comme une version live de South Park, où la critique de la société est partout, les dialogues d’une vulgarité et d’une agressivité permanente, et les foules stupides et hystériques. D’où, peut être, le rejet du spectateur moyen qui peut ne pas être intéressé, fatigué par tous ces cris.

C’est tout l’intérêt de ces premiers épisodes, qui jamais ne rentrent dans le politiquement correct, ni ne choisissent le premier degré. Si on y est pas sensible (et, au vu des audiences, cela a l’air d’être le cas de pas mal de personnes, mais comment leur jeter la pierre…), on passe vite à côté, d’autant plus que la série ne se laisse pas vraiment facilement approcher. Pire, c’est peut être son gros défaut mais aussi sa qualité si on est concerné, Scream Queens laisse presque une impression de private joke, comprenne qui voudra le mépris de Murphy pour les riches odieux et transgressifs, et la signification de cette hystérie ambiante. Dans ce monde dominé par le besoin d’audience, cet objet là étonne tant il a l’air personnel et destiné à très peu de gens.

Au niveau du contenu pratique, bien sûr, Murphy excelle et c’est bien normal. Les idées de plans sont toujours géniales chez lui, on est bien loin du champ-contrechamp et des ressorts classiques du cinéma américain, la caméra virevolte souvent pour proposer de nombreux différents plans d’une seule personne ou d’un groupe. Cette caméra incapable de rester tranquille ajoute d’ailleurs encore à cette ambiance délectable et originale de folie hystérique. Niveau thématique, le créateur n’hésite pas à égratigner certains aspects de la société contemporaine, comme l’addiction au portable par exemple, ainsi que le sexe banalisé. Les costumes sont superbes (les allergiques à la fourrure vont faire une attaque tant les Kappa semblent apprécier la matière, mais la palme revient au Diable rouge, kitsch à souhait), le décor en lui-même est réussi, de par cette ambiance rouge, classique dans le genre mais efficace. Les meurtres sont originaux et graphiques, on se délecte de voir les têtes à claques trucidées, sans pour autant se demander qui sera le suivant, ou même qui est le tueur : la série, loin de Scream, n’est pas un whodunit, le mystère est ici très secondaire.

Au milieu de tout ce délicieux bazar, il y a donc Emma Roberts, muse de Ryan Murphy et première reine de Scream Queens. A elle seule, de part son jeu très énergique et hypnotisant, la sublime jeune actrice porte la série et ses valeurs, représentante de la personnalité diabolique de ces jeunes riches porteuses, et elles s’en délectent, d’espoir envers les moins favorisées. Vulgaire, agressive, odieuse et capricieuse, elle est le Eric Cartman de la série et s’en sort divinement bien, on regarderait presque rien que pour elle. En contrepoids, on assiste à la résurrection de cette talentueuse actrice qu’est Jamie Lee Curtis, revenant longtemps après Halloween dans ce genre qu’elle ne supporte pas. Elle a bien fait : la vieille de la vieille est parfaite dans son rôle de Directrice de la sororité, en bras de fer permanent avec le personnage d’Emma Roberts. Perverse à souhait et capable de tous les coups bas, JLC amuse le spectateur au plus haut point, et se fait le second porte-étendard de la série de Ryan Murphy.

Scream Queens

La somptueuse Emma Roberts

La nouvelle série du créateur d’American Horror Story, Scream Queens, ne convainc pour l’instant pas vraiment les spectateurs, au vu des audiences très moyennes. Le public ne répond pas, n’a pas l’air de se sentir concerné par ce que propose la série. Si elle dispose d’originalité et de qualités indéniables, force est de constater qu’elle ne pouvait pas plaire à tout le monde… et le risque pris de laisser beaucoup de monde sur le carreau pour suivre à fond son délire fera peut être regretter Ryan Murphy. Mais pas moi.

[MAJ du 11 décembre 2015] Quelques semaines après, la saison est terminée. Scream Queens a-t-elle tenu ses promesses ?

Oui, et non. Oui, car, notamment dans son dernier épisode, la série a toujours su profiter de ce caractère irrévérencieux et critique de notre société qui caractérise les shows de Ryan Murphy. C’est notamment l’exploration de thématiques fascinantes qui a su maintenir mon intérêt pour cet objet parfois outrancier, qui au final parle beaucoup de la déification des personnalités publiques, ici représentées par le personnage de Chanel Oberlin (Emma Roberts, parfaite durant toute la saison). Certes, Chanel est et restera une horrible personne, sans coeur, insupportable, cruelle au possible et pourrie gâtée, mais elle est adoubée par le monde entier, jusqu’à sa déconvenue au dernier épisode, résultat de complots plus ou moins tangibles. Elle même, parfois, n’a pas l’impression de mal se comporter !

Par ailleurs, un vrai intérêt a émergé dans la série, et ce sont les références cinématographiques. Ne concernant déjà à la base qu’une partie restreinte de public, la série se permet souvent des saillies plus (le labyrinthe clairement créé par Chanel pour être une copie de celui de Shining) ou moins assumées (la scène de la douche de Psychose rejouée par Jamie Lee, saillie fantastique si on a vu le film). En plus d’être intelligente, Scream Queens est cultivée, sait d’où elle vient, quitte à tomber dans les clichés et le manque d’intérêt au bout de quelques épisodes.

C’est là le vrai et tangible problème de la série, c’est qu’elle aurait pu, sans doute dù, s’arrêter là. Pourtant suffisamment intéressante et complexe, l’intrigue de la série, et ce dès l’épisode 4, ne cesse de la tirer vers le bas, devenant le whodunit qu’elle avait su si bien éviter au début, sans doute pour plaire à un plus large public. La stratégie de Murphy est sans doute cohérente d’un point de vue commerciale, mais elle l’est malheureusement moins d »un point de vue artistique et scénaristique : non seulement le whodunit ne sert à rien et handicape les derniers épisodes de la saison, mais en plus il est mal géré, on devine dans cette optique qui est le tueur bien avant que la série, qui semble convaincue de faire un coup de théâtre, nous l’apprenne.

Scream Queens

Le masque du Red Devil

Un autre problème, c’est la faiblesse narrative de certains personnages. On pense ici avant tout au personnage de Grace: si l’intrigue arrive à réserver un sort assez bien mené à son petit ami, Grace en elle-même handicape aussi la série, de par son côté oie blanche irréprochable et propre sur elle, complètement incohérent dans ce monde où personne n’est tout blanc ou tout noir. C’est étrangement le même problème qui se pose, mais à l’inverse, pour sa némésis désignée, qu’elle essaiera d’ailleurs d’éliminer : la doyenne Munch. Oui, le personnage de Jamie Lee Curtis a une personnalité jouissive et porte l’ADN politiquement incorrect de la série, mais le manque de développement du personnage est tout de même à soulever, on ne sait finalement pas grand chose à part qu’elle ne peut pas être tuée. Pire, elle est trop sombre, et on se demande parfois ce que veut dire Murphy au travers de ce personnage, en y repensant à deux fois … Le personnage du père de Grace, par ailleurs, n’a l’air lui aussi que de servir de Deus Ex Machina pour faire inventer l’intrigue, et est au coeur des rares scènes vraiment ratées de la série, d’un point de vue émotionnelle (tous ses dialogues avec sa fille sont d’une pauvreté…).

Enfin, faut-il admettre que Scream Queens apporte un sentiment étrange au spectateur. On est attristé de reconnaître que, si on oublie les premiers épisodes que l’on avait tant aimé et le final si étonnement maitrisé pour du Ryan Murphy (si elles n’étaient pas scandaleuses, les fins des saisons 1 et 2 d’American Horror Story étaient au moins très imparfaites), on s’ennuie un peu devant le reste des épisodes, les saillies viennent souvent du personnage de Chanel, ainsi que les meilleures scènes de la série. Au delà du costume du Red Devil (dont la véritable identité, on le redit, n’étonnera personne), elle est bien le seul vrai intérêt de cette série dans sa globalité, concentrant en elle-même les meilleures thématiques et dialogues. L’intrigue, pour toutes les raisons que l’on a évoquées, reste assez plate, et l’ambition esthétique, si respectable, évolue pas vraiment au fur et à mesure de la saison.

En conclusion, on dira que Scream Queens, si elle sait son potentiel, a parfois évolué dans le mauvais sens. On est loin d’une mauvaise série, on en voudrait même plus souvent, des séries pareilles, si outrancières. Mais, contrairement à un South Park et aux Simpsons, elle a l’air de ne pas savoir vraiment où aller …

AMD