Gotham se met en veille pour trois mois ! Du fait du retour (et donc de l’ordre établi par la FOX) de X-Files, la série ne reprendra que le 29 février. D’ici là, retour sur une demi-saison 2 très enthousiasmante.

ATTENTION, SPOILER SUR TOUS LES ÉPISODES. LA LECTURE SE FAIT A VOS RISQUES ET PÉRILS

Depuis le pilote, où Bullock avait pris sa retraite, où Gordon était devenu un pauvre officier de circulation, que le Pingouin était devenu l’auto-proclamé « King of Gotham », beaucoup de choses se sont passées. En effet, le Pingouin est mis en difficulté par l’entrée en scène de Theo Galavan, un mystérieux industriel plein aux as, dont les bonnes intentions cachent clairement quelque chose. Heureusement, Jim Gordon, réintégré, aidé de Bullock revenu dans la partie, veillent au grain. Le problème, c’est que Galavan a le bras long, et qu’en engageant les pires salauds d’Arkham, il met la ville à feu et à sang. Gotham est en crise, et les bad guys de sortie…

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En intitulant sa saison 2 « Rise of the Villains« , Gotham avait promis un sérieux coup de fouet scénaristique pour son retour. Mission accomplie : on en a pour notre argent. La série est plus sombre, plus violente, plus impitoyable tant sur le fond que sur la forme. Exit les cas de la semaine, place à un véritable fil rouge pour faire véritablement monter au créneau les figures protagonistes et antagonistes. Les affrontements sont légion, les forces en présence se rendent coup sur coup, et on peut être assurés de ne pas s’ennuyer chaque semaine. Gotham est implacable, Gotham passe la vitesse supérieure, Gotham festoie : c’est ainsi que seulement 4 épisodes après avoir été ramené jouer les trouble-fêtes (et pas seulement dans la série, mais aussi dans la tête des spectateurs qui se questionnent encore sur son identité), Jerome est tué, par Theo Galavan. Soit un personnage qui pourrait être le Joker tué par un pur inconnu, qui quelques épisodes plus tôt s’était fait Richard Sionis (renvoyant à Black Mask) : c’est dire toute la symbolique de la politique de la série. Cerise sur le gâteau, elle a couronné le tout d’un bel hommage aux comics en faisant peu à peu recouvrir la ville de l’ombre de l’ordre de St-Dumas (dont vient l’un des remplaçants de Batman, Jean-Paul Valley), dans une histoire d’accession au pouvoir somme toute classique, mais qui a des allures de comics en live action, gérant bien ses rebondissements et sachant bien nous tenir en haleine sans temps mort (cf la scène impressionnante où Butch est acculé par Zsasz et ses sbires et essuie plusieurs centaines de balles), ce qui n’est pas pour nous déplaire.

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Mieux encore, Gotham a travaillé ses défauts : Jim Gordon, notamment, est parfaitement dans la continuité de la saison 1, où il avait commencé à devenir plus impatient et irascible. Désormais, il frappe dès qu’il en a l’occasion. Toujours bien interprété par un Ben McKenzie qui gagne en confiance, et sans devenir une espèce de pathétique Bullock n°2, Gordon se rapproche bien plus d’un Gordon façon films de Burton, celui qui n’hésite pas à plonger les mains dans le cambouis pour faire respecter la loi. Et de poser la question de savoir où se situe, dans cette ville qui intrinsèquement est sans foi ni loi et où les flics tombent comme des mouches, la justice. De là le personnage très intéressant de Nathaniel Barnes (incarné justement par l’ex-Chose Michael Chiklis), la vis dont la mécanique juridique de Gotham avait bien besoin, faisant quelque peu le ménage dans le GCPD. Mais là encore, le problème se pose, de surcroît après qu’on se rende compte que Galavan a acheté les juges, les témoignages, et les flics : jusqu’où va l’efficacité d’une loi martiale telle que Barnes l’impose, lui qui veut détruire la corruption dans la ville mais n’ose pas des actions fortes contre un maire vraisemblablement malsain ? Lui qui considère Gordon comme un fils mais n’hésite pas, dans la dernière ligne droite, à le traquer publiquement après que celui-ci ait mis une droite à Galavan ? Ainsi, qui a raison entre Gordon et Barnes ?

Plus les épisodes avancent, et plus la balance semble pencher du côté de Gordon : il n’y a de loi que celle des armes et des coups de poing. Jim franchit (ou pas ? encore un plan inversé pour nous faire douter) la ligne jaune en achevant Galavan d’une balle dans la tête (ce qui n’est pas sans faire écho au pilote de la série, quand il « tue » Cobblepot). La série dira, surtout avec l’arrivée du corps (« camouflé » par un parapluie planté dans la gorge de Galavan) de l’ex-maire chez le Dr Hugo Strange, et même si tuer des gens est une question relative même chez les flics, si Gordon est poursuivi par la suite… Enfin, on ne peut pas parler de Gordon sans le relier à Barbara Kean, qui représente la volonté de trop en faire de la série : en en faisant une psychopathe à la Joker, remplaçant symboliquement Jerome après sa mort, la série a laissé l’hystérie prendre parfois le dessus, surtout au vu de l’interprétation moins désastreuse mais assez calamiteuse d’Erin Richards. Gotham semble avoir juste fait un cadeau (et un passage obligé) à Jim Gordon, mais sans complètement capitaliser par la suite : Barbara est assez aisément vaincue, et la relation avec Lee, qui pourtant lui dit vouloir « parler » sur leur relation, ne semble pas évoluer d’un iota, la médecin-légiste encaissant bien le fait que non seulement le capitaine de police sache tout de leur amourette, mais aussi l’humeur aléatoire de Jim qui la délaisse complètement (et qui a tenté de ramener Barbara à la raison en l’embrassant). Ainsi, la double annonce de mariage imminent et de grossesse de Lee est bien trop prévisible, à l’image d’un final efficace, mais qu’on aurait voulu un peu plus intense. 

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La série a ouvert également plusieurs autres pistes permettant d’approfondir ses principaux personnages. Elle a notamment eu l’intelligence de noyer la mièvrerie dans laquelle aurait pu sombrer le personnage d’Edward Nygma (délicieux Cory Michael Smith), qui se met en couple avec Miss Kringle, par la schizophrénie latente du personnage (un peu moins exploitée sur la fin où il est vampirisé par le Pingouin), ce qui a épaissi son côté tragique et fou. L’Homme-Mystère se dévoile, mais point trop n’en faut, ce qui n’est pas plus mal. Côté Bruce Wayne (un David Mazouz qui prend de la bouteille, et en bien), en revanche, si la série s’est très largement améliorée pour rendre le futur Batman et son entourage (notamment Selina bien moins imbuvable) plus crédibles et agréables à regarder évoluer, le bât blesse dans le choix d’en faire, si jeune, un love interest (originant dans les comics, où Silver St Cloud est un personnage récurrent). De ce fait, le jeune Bruce ressemble à un gamin jouant dans le bac à sable et se coinçant sa pelle dans la bouche, devant être souvent secondé par Alfred. Heureusement, tout cela est dilué par les plans de Theo Galavan, pour qui travaille Silver, justifiant ces écueils un peu gênants. Et il est appréciable de voir que la série lui donne un rôle relativement important (son coup de maître pour avoir Silver à son propre jeu était génial), sans toutefois trop le mettre en avant, et le placer à égalité avec les autres personnages face à cette ville gloutonne, corruptrice et salissante. Le Pingouin (toujours aussi maîtrisé par Robin Lord Taylor), quant à lui, a aussi pu un peu plus démontrer toute sa veine tragique, voire oedipienne dans la relation avec sa mère (Galavan sait tuer là où ca fait mal), approfondissant la folie du personnage et son basculement un peu appuyé vers la froide, très froide criminalité (il faut le voir sur la fin exploser de rage contre Galavan).

Et la série réserve encore des surprises avec Eduardo Flamingo (qui a dévoré le cou d’une policière) ou encore Mr Freeze (entraperçu à la fin) et Hugo Strange (mentionné à la fin)… Rendez-vous le 29 février pour voir de quoi il en retourne !