Dominant toujours le marché en terme de cinéma d’horreur à petit budget et grosse rentabilité, BlumHouse ne se contente pas des grands écrans puisqu’il sait aussi sortir quelques films Direct To Video, croyant en la bienveillance du spectateur, en effet ravi d’avoir de quoi s’occuper lors des soirées frileuses (pour ceux qui achètent encore des DVD, qu’on félicite !). C’est le cas de Visions, par Kevin Greutert.

Visions est donc disponible dans les bacs, en DVD et Blu-Ray, mais aussi en VOD selon vos préférences. C’est l’histoire d’un couple qui, après l’accident de voiture de la femme, se réfugie dans une nouvelle maison pour réparer ce traumatisme… et faire naître le nouvel enfant du couple dans des conditions plus saines. Seulement, comme le nom l’indique, la jeune maman est prise de visions cauchemardesques peu après l’aménagement…

Doté d’une affiche dont le design n’a pas grand chose à voir avec le film, pitch vu et revu et casting de seconde zone (on peut exclure si vous voulez Jim Parsons, mais il n’a ici qu’un très petit rôle), réalisé par Kevin Greutert (l’assez bon Saw : Chapitre Final et Jessabelle), Visions avait tout de la petite production, horrifique bancale et oubliable. Pourtant, de nombreux détails, plus ou moins importants, en font, sinon le chef d’œuvre de l’année, au moins un film à voir pour combler une envie de terreur sans trop s’ennuyer.

En premier lieu, le film est doté de ce que l’on est en droit d’attendre du genre : il fait peur, voir très peur. Imaginatif dans l’horreur, parfois surprenant (une victime attaquée par une descente de lit, quand même), les scènes de terreur fonctionnent bien sur le spectateur pourtant habitué, bien aidé par une identification réussie avec le personnage d’Isla Fisher (Insaisissables), Evy, assaillie par des visions qui contiennent, notamment, une inquiétante silhouette encapuchonnée, se manifestant avec force cris et chuchotements. C’est donc une ambiance inquiétante qui s’installe, justifiée par une sorte d’intrigue qui n’est pas sans rappeler quelques chefs d’œuvre du genre, comme Rosemary’s Baby de Roman Polanski, restant toutefois dans le cadre de la référence sans tomber dans une simple imitation.

VIsions

Profitez bien de votre Sheldon, c’est une des deux seules scènes où vous le verrez !

D’un point de vue d’écriture pure, le film connaît des hauts et des bas, mais on peut lui reconnaître une volonté évidente et inhabituelle de s’élever au delà des thématiques usuelles. Culpabilité, paranoïa, folie pure, tout y passe et on est souvent dérangé par Visions, pas aussi pénible qu’il en a l’air. Habile, le film sait jouer entre réalité et fiction , la personnalité fragile d’Evy faisant souvent hésiter le spectateur, qui ne faire la distinction entre délire et vérité. Il est dommage toutefois, sans en dire plus, que le scénariste se soit senti obligé de tout justifier en fin de film, de par des révélations parfois hasardeuses, alors qu’un bon mystère aux solutions incomplètes fonctionne toujours mieux. Sans doute le côté calibré de ce type de production interdit-il ce genre de considérations, on ne peut tenir rigueur au film de répondre à des codes précis, bien que réducteurs.

La nature des visions elles-mêmes, au delà de l’inquiétude qu’elles suscitent, n’est pas sans intérêts. Si elles sont bien liées à la maison et aux évènements dramatiques qui s’y passent, le film ne plonge pas dans le passé mais dans le futur, de sorte que la maison, une fois n’est pas coutume, n’est pas marqué par les souvenirs mais par les prémonitions, que toutes les familles ont senti avant la victime sans jamais voir la terreur arriver à son terme. Entre Unfriended et celui-ci, le spectateur de l’horreur contemporaine a de quoi être comblé par le bouleversement des codes que Bluhmouse peut parfois, souvent dirons nous, proposer dans un genre si calibré. Il est dommage que cette volonté d’élévation ne se poursuivre pas dans la mise en scène, par trop conventionnelle malgré quelques bons plans rappelant le meilleur de Ryan Murphy. Quand  l’écriture des personnages secondaires, le film pose aussi problème, le personne masculin est déprimant de faiblesse, uniforme du début à la fin, le rôle ayant toutefois un certains sens dans l’évolution de ce qu’il pense être un délire de sa femme.

Telle qu’elle nous a été gracieusement accordée par Wild Side, la version DVD du film convient parfaitement, le rendu d’image est très convaincant, les couleurs vives du films se retrouvent surtout transcendées. Un peu chiche en bonus (à peine quelques trailers), l’édition s’accompagne toutefois d’un joli menu interactif, comme souvent chez Wild Side (souvenez vous de celui du premier Halloween de Rob Zombie…).

Visions

Le visuel du Blu-Ray, stylisée différemment du film mais c’est la règle

Une heure et demie à peine à passer, c’est peu si un film vous plaît, et celui là satisfera les attentes si vous êtes amateurs du genre !

AMD