Doublement récompensé à la Mostra de Venise, L’hermine de Christian Vincent fait fondre les cœurs même des plus endurcis, en entamant sa deuxième semaine d’exploitation dans les salles obscures.

Michel Racine est un Président de cour d’assises redouté. Aussi dur avec lui qu’avec les autres, on l’appelle  » le Président à deux chiffres « . Avec lui, on en prend toujours pour plus de dix ans. Tout bascule le jour où Racine retrouve Ditte Lorensen-Coteret. Elle fait parti du jury qui va devoir juger un homme accusé d’homicide. Six ans auparavant, Racine a aimé cette femme. Presque en secret. Peut-être la seule femme qu’il ait jamais aimée.

Dans le Nord, une affaire judiciaire prend sens. Non pas qu’elle occupe la scène principale, mais elle sert quand même de théâtre pour la suite des événements. Dans le juré, les stéréotypes nous font rire, tant ils crient de réalisme, même s’ils passent plutôt en second plan pour mieux laisser la place à des sentiments plus intimes. L’hermine passe un peu de temps sur le cas d’infanticide présenté en expliquant les rouages d’une cour d’assises oscillant sur le ton de l’humour et de la tragédie, sans trop s’attarder dessus car l’intrigue ne tourne pas autour de cette horreur. Ce qui va intéresser le spectateur, c’est la tumulte interne de son président qui vient de retrouver la femme de sa vie. Cela pourrait sembler dommage d’en oublier l’affaire, mais ce serait naïf de croire que les émois du juge Racine sont inintéressants. En tout cas, derrière la réputation qu’on lui connait, se cache une véritable sensibilité.

©Gaumont

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Romance et histoire de vie, dans L’hermine, Fabrice Luchini endosse encore une fois le rôle d’un petit bourgeois renfrogné qui semble adorer rendre misérable les autres. Cette fois-ci, il en impose dans sa robe de juge et son hermine malgré sa petite carrure. Loquace, non, malgré ses beaux discours habituels, timide, oui, avec sa politesse exagérée. Ses longs regards presque langoureux et insistants rappellent sa prestation de harceleur dans Gemma Bovery, ou encore d’étourdi dans Les femmes du 6e étage. Il a développé ce petit air ahuri, un peu perdu, au centre de ses harems. Bon, d’accord, peut-être que « harem » est un peu fort, mais il est drôlement bien entouré à chaque fois. Et L’hermine ne fait pas exception à la règle avec en face de lui, Sidse Babett Knudsen, la Première Ministre de Borgen elle-même. Dans cette beauté typique des gens du nord, l’actrice charme autant Michel Racine que l’audience. « Le silence est d’or, la parole d’argent » comme on dit, et les leurs montrent une véritable complicité.

Les personnages secondaires restent dans le fond, mais certains tirent l’attention sur eux et permettent de se distraire du couple principal. Des membres du jury, mais aussi la fille adolescente (Eva Lallier) de Ditte très directe et naturelle. Christian Vincent filme avec sobriété ces retrouvailles. Forcément, il ne faut pas oublier qu’en arrière-plan, on a l’histoire d’un gamin de sept mois mort à cause de coups portés à la tête… donc pour dépasser cette vision-là, il faut adoucir le reste.

(P.S. : Ce qui est sûr, c’est que le film est plus abouti que Les saveurs du palais du même réalisateur.)