The Man in the High Castle est l’adaptation par Amazon Studios du roman éponyme de Philip K Dick. Il s’inscrit dans la tradition des transpositions à l’écran de l’écrivain américain, après Blade Runner ou The Truman Show. La série est d’ailleurs produite par Ridley Scott, réalisateur de Blade Runner. Verdict

Et dire qu’on est choqués par le pitch du prochain livre de Michel Houellebecq. Si on rappelait au monde celui de The Man in the High Castle, il n’y aurait aucune contestation possible : l’uchronie de K Dick est tout simplement terrifiante. Dans cette réalité alternative, les Alliés ont perdu la guerre. Londres a été rasée à la bombe atomique, comme Washington. Les Etats-Unis ont capitulé en 1947, et les nazis occupent désormais une partie du territoire américain, tandis que le Japon en occupe une autre partie, formant ainsi le Grand Empire Reich et les Etats Pacifiques Japonais. L’action se passe en 1962. Hitler est malade, et son poste est lorgné par Goebbels et Himmler. Une résistance clandestine s’organise, mais les polices japonaises et allemandes sont extrêmement bien équipées et répriment très sévèrement. En parallèle, un commercial japonais, Tagomi, rencontre en secret un officiel nazi, Wegener. Ils évoquent des tensions semblent apparaître entre Japonais et nazis, tensions qui pourraient mener à une guerre… Dans ce maëlstrom, deux personnages : l’un, Joe Blake, est chargé par le chef de la résistance d’apporter un très important colis en zone neutre, tandis que Juliana Crain décide de prendre le relais de sa demi-soeur Trudy Walker dans la livraison d’un étrange film montrant des images de victoire des Alliés…

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Rendons à César ce qui est à César : sur la forme, et sur la forme seulement, ce pilote est fidèle au livre de Philip K Dick, à quelques détails près. Ridley Scott, producteur exécutif, ne rigole pas avec K Dick (même si son Blade Runner s’éloignait parfois pas mal du matériau d’origine). Plus encore, l’ambiance est très bien retranscrite, peut-être même trop bien : on est en permanence dans le sombre, symbole des bas-fonds, là où la résistance se développe. Ce sombre témoigne également des perpétuels agissements secrets qui agitent ce pilote, nouveau signe cher à Philip K Dick et à ses romans futuristico-chaotiques et nébuleux. Mais à vouloir faire trop sombre, la série perd de vue l’essentiel : un message. Ce pilote met lentement en place les personnages, prend (beaucoup trop) le temps de nous introduire à eux, brasse beaucoup de vent, et par cela survole quelque peu son propos, avant de faire une petite pirouette sur la fin en nous lâchant un cliffhanger, il faut le dire, surprenant pour quelqu’un qui n’aurait pas lu la nouvelle. Beaucoup de temps est notamment accordé à Juliana Crain: si l’actrice Alexa Davalos est relativement à son aise dans son rôle d’agent double improvisé, elle ne prend vraiment d’importance que sur la fin de l’épisode, alors qu’elle est un personnage bien plus avenant chez Dick. Tagomi est lui réduit à 2min d’épisode, et l’autre personnage important de la nouvelle, l’antiquaire Childan, n’apparaît même pas. Seul le personnage de Joe Blake, bien interprété par Luke Kleintank, séduit par son magnétisme mystérieux.

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Il convient d’accorder au crédit de la série un charme particulier : sa mise en place un peu longuette a quelques bons côtés. Le mérite est de savoir nous faire entrer dans une histoire à laquelle on renâcle de base (des nazis qui colonisent l’Amérique, c’est quand même vachement flippant). Les costumes, décors, jeux de lumière sont très réussis. Mais, toutefois, le trait est trop souligné et ne témoigne pas de ce que Dick avait établi : une dystopie que l’on pourrait qualifier de « normale » pour les gens. Si seule Juliana a le sentiment que quelque chose cloche, les autres habitants, dans la nouvelle, vaquent à leurs occupations comme si de rien n’était, collaborateurs passifs, alors que Dick a fait faire réétablir l’esclavage aux nazis, notamment. Voilà donc le principal reproche à faire à ce pilote : la dimension dickienne subtilement terrifiante laisse place à un alarmisme trop prégnant, incarné notamment dans le couple Juliana-Frank, l’une à force de faire tout le temps la gueule, l’autre tout le temps à lui dire quoi faire et ne pas quoi faire. La série se pare également d’une scène de torture évitable et relativement inutile qui n’a qu’un seul véritable but : nous montrer en quoi les Nazis, c’est vraiment mal, en quoi nous avons raison de haïr ces personnes, et si en effet nous avons raison, nous le savions déjà. Le message de Dick prenait lui le contrepied : le plus horrible, dans la nouvelle, est que même si les Nazis sont là, les populations ne se révoltent pas, elles sont passives, serviteurs volontaires d’une dystopie qu’ils laissent en place. Le monde n’est pas tant transformé que cela. C’est cet aspect dérangeant qu’on aurait voulu retrouver dans ce pilote qui manque d’ambition au niveau du message, préférant jouer la sécurité sur des croyances de notoriété publique.

The Man In The High Castle est une série prometteuse, dans le sens où elle ne s’est pas trop mouillée et a un potentiel qui peut (doit) aller bien au-delà de ce pilote un peu timide. Cela dit, avec le matériau de base, elle a largement de quoi faire. Toutefois, comme les autres pilotes sortis par Amazon récemment, il est en cours d’évaluation pour voir si la série sera entièrement diffusée. Réponse bientôt !