#HORROR (à lire hashtag horror) qui sortira le 20 novembre outre-Atlantique et qui ne fera probablement pas d’escale chez nous, mais pour ceux qui ont un penchant pour le genre, on peut vous le conseiller. On laisse Tara Subkoff la réalisatrice, et Chloë Sevigny vous en convaincre.

Tara Subkoff, peut-être plus connue pour être actrice, réalise ici son premier long-métrage. #Horror raconte le cyber-harcèlement de plusieurs jeunes pré-adolescentes, tous âgés autour de 12 ans. Dans notre époque où les réseaux sociaux jouent un rôle prépondérant, les parents ne peuvent plus protéger leurs enfants. Alors que la plupart des personnages sont des enfants et joués par des nouvelles venues, le rôle adulte principal revient à Chloë Sevigny, amie de longue date de Subkoff.

#Horror exploite énormément le décor naturel, visuellement il se démarque vraiment. Etait-ce ta volonté de privilégier cet élément dans ton film ?

TS : Quand j’étais plus jeune, j’adorais tourner des mini-films à l’extérieur. J’ai toujours considéré que le visuel donnait un rythme différent aux films surtout dans le monde de la mode, même dans les clips que je tournais, et l’esthétique est effectivement super important pour moi. En plus, j’ai toujours aimé le genre de l’horreur, avec mon frère on regardait tout, même si on devait aller chez des amis pour les regarder car on n’avait pas le droit. L’horreur est mon genre favori à cause du visuel justement. Ah oui, je suis sortie aussi avec Jonathan Craven (le fils de Wes Craven) qui connaissait bien le genre, donc ça m’a aussi influencée.

Le background du film a une signification, souvent, quand un film se passe en hiver c’est que la saison joue un rôle dans l’intrigue, comme les films de Noël, pourquoi avoir choisi de tourner à cette période ? Et où s’est passé le tournage ?

TS : J’ai grandi dans le Connecticut, tout comme Chloë, et je pense vraiment que l’hiver est la saison la plus effrayante, surtout dans le Connecticut (rires). Le froid, l’isolation… Je me souviens que tout le monde attrapait froid. Et je me rappelle, pour avoir été brimée moi-même quand j’étais jeune, que les filles sont encore plus méchantes en hiver à cause de l’ennui ou autre. Puis je travaillais avec des gamines de 12 ans, donc j’ai profité de leurs vacances pour tourner.

©IFC

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Elles sont d’ailleurs très jeunes, comment as-tu dirigé les filles pour leurs rôles avec autant d’agressivité et de méchanceté ?

TS : J’ai commencé à les préparer deux semaines avant le tournage, avec des exercices d’improvisation. Puis bien sûr, Chloë a beaucoup aidé, elle les a guidées. C’était avec elle qu’elles ont partagé leur première scène, travailler avec elle, elles ont dû chercher à atteindre son niveau.

CS : Même après les avoir aidées et préparées, être avec quelqu’un devant la caméra les a apaisées. C’est pour ça qu’elles ont aussi bien réussi.

Dans #Horror, la question de l’image est omniprésente, la raison principale du harcèlement. En quoi les réseaux sociaux ont amplifié les critiques sur l’image corporelle ?

TS : On est obsédés par l’image du corps. Avec nos téléphones, c’est fou. Je pense aussi que la compassion disparait de nos jours.

CS : Puis avec les réseaux, ça ne cesse jamais, on peut être harcelés 24/24 h.

TS : Oui, puis personne ne le remarque car ça se passe en ligne ou dans leur téléphone. Puis après, ils se suicident…

Pourquoi avoir tourné le film autour de l’art ?

TS : Pour des gens riches, l’art fait vraiment partie de leurs vies. Pour être réaliste, et vraiment capturer leur monde, il fallait parler de l’art. Puis ça me parle, mon mari est artiste, j’ai l’impression que l’art transcende, et donc en l’utilisant comme personnage ça crée un sentiment de danger.

CS : Et les pièces que tu as choisies relèvent vraiment le visuel. Quelques tableaux sont magnifiques.

Le cyber-harcèlement devient vraiment une épidémie, notamment avec les célébrités. Pourquoi ce sujet ?

TS : Le film se fonde légèrement sur une histoire que la fille d’un ami a subi. Elle a dû aller en pensionnat en Angleterre, sur un autre contient, pour y échapper et pourtant, ça l’a suivie. Pour avoir été sujette à ce harcèlement quand j’étais jeune, je sais à quel point ça nous blesse.

Pensez-vous que l’influence des gens est en rapport direct avec le cyber-harcèlement ?

CS : De mon point de vue, il n’y a pas de discrimination, on ne sait jamais sur qui ça peut tomber.

TS : Pour moi, c’est une épidémie mondiale.

Chloë, tu es devenue une sorte de reine de l’horreur au fil des années (American Horror Story, American Psycho…), qu’est-ce qui t’attire dans ce genre ?

CS : Cela dépend de chaque cas. Pour #Horror, le sujet m’intéressait, puis Tara est une amie de longue date donc je voulais faire partie de cette aventure.

©IFC

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Tu as dit dans une interview que l’internet libérait les gens, mais que tu trouvais ça terrifiant.

CS : Oui, car en étant une personne publique, je suis sujette au cyber-harcèlement, même à mon âge. Au début du boom d’internet, mon agente m’a dit « ne va pas lire les commentaires qu’on dit de toi sur le net ». Beaucoup de gens se lâchent, ils sont protégés par leur anonymat, et une certaine obscurité sort de tout ça. Certaines publications en ligne pour les adolescentes refusent de publier quoi que ce soit de négatif et le censurent, c’est pas mal en soi.

Ça a affecté ton opinion sur ton personnage dans le film ?

CS : Certes, le rôle d’Alex représente un manque de présence adulte dans la vie de ces jeunes, ce qui participe à l’expansion de cet harcèlement. Les parents pourraient s’impliquer plus dans la vie de leurs enfants afin de les préserver.

En quoi #Horror peut aider dans le paysage du cyber-harcèlement ?

TS : J’espère que ça va faire flipper tout le monde (rires). Et qu’on réalise l’ampleur du harcèlement, surtout les jeunes. Que le film montre à quel point la situation est grave. Soulever le problème qui existe en fait. C’est un miroir, qu’on se dise c’est vraiment ce qui arrive à ces filles, c’est actuel.

Quand tu joues un personnage aussi distante de ces enfants, il faut compenser avec une certaine sympathie. Comment tu réussis à balancer ça ?

CS : Dans chaque personnage, même horrible, il faut trouver quelque chose d’attachant en eux. J’éprouvais de l’empathie pour Alex avec sa prise d’âge, la liaison de son mari, ses problèmes d’alcool la rendent sympathique. Elle essaye de sauver.

TS : Je vais juste ajouter, en tant que spectatrice, on s’identifie plus aux personnages imparfaits avec des défauts, ceux qui luttent. Dans la machine hollywoodienne, certains personnages sont trop parfaits pour qu’on s’y identifie par exemple.

Quelles sont vos plus grandes peurs ? Et vos films d’horreur favoris ?

TS : J’adore The Shining. L’idée que notre père ou notre mari peut nous trahir, l’idée de savoir si on peut vraiment se fier à quelqu’un… C’est plus profondément effrayant que tout ce qui est paranormal. Et la mort bien sûr.

CS : En ce moment, je regarde The Walking Dead, et j’ai vraiment peur de me faire agresser. Dans ma maison ou autre, que quelqu’un m’attaque sans prévenir.

Avec quel film pourrait en faire un double-feature avec #Horror ?

TS : Je ne sais pas trop, peut-être It Follows même si je ne l’ai pas vu.

CS : Sinon, il y a le film suédois avec les enfants vampires (ndlr : Morse). Ça pourrait faire une soirée d’horreur avec des gamins !

 

(P.S. : Je sais que je suis une chochotte, donc je ne dirais rien, mais ça fait peur. En revanche, il faut savoir que les héroïnes sont vraiment les gamines, pas les « grands noms » cités…)