Sorti de la black-list de Warner (comprendre les scénarios sans réalisateurs), cette histoire d’origine de Pan voit enfin le jour, sous la caméra de Joe – Orgueil et Préjugés – Wright. Produit, écrit, tourné et sorti dans l’indifférence générale, cette énième histoire d’origine d’un personnage de fiction vaut-elle le détour ?

C’est la question que je me suis posée au visionnage … Mais « Je », aujourd’hui, c’est deux personnes : Adrien Myers Delarue, le même hater que pour Knock Knock, qui n’aime donc pas le film, et Mélanie Marie, notre Macbethienne, qui a su l’apprécier. Le combat peut commencer, il n’en restera qu’un.

LOVER -/- HATER

Drôle d’objet que ce Pan. On se demande bien, même avant visionnage, ce qui a pris à Warner, quand même derrière le filon Harry Potter (comme ils nous le répètent à chaque projet un peu foireux) de sortir ça en 2015, alors que plus personne ne s’y intéresse, ou alors seulement quelques inconditionnels de l’animé.

Moi, je m’y intéressais à ce projet et je trouve ça un peu réducteur de penser que seuls les inconditionnels de l’animé peuvent s’intéresser à l’univers de Peter Pan. Oui, je suis une inconditionnelle de l’animé, qui ne l’a pas vu ? Il a bercé mon enfance, j’appréhendais un peu le film mais je l’attendais avec impatience et malgré quelques déception au niveau du résultat, il s’avère relativement bon ! La réécriture du conte est très plausible, l’original n’est pas du tout trahi, de bonnes idées parcourent le film, je me suis bien amusée !

Mais moi, même si je suis pas inconditionnel de l’animé, d’ailleurs je le supporte pas, je ne pense même pas que le mythe de Pan n’ait aucun intérêt, non, on a pu voir à la lecture du chef d’oeuvre de Régis Loisel qu’il était possible d’extirper beaucoup de chose de cette histoire glauque de rapt d’enfants et de pays imaginaire. Mais, en l’occurrence, la teneur enfantine du projet était telle qu’il ne pouvait courir qu’à l’échec… En tout cas au box-office !

La teneur enfantine ne présage pas l’échec d’un film, dans ce cas-là aucun animé ne sortirait. Toi qui es fan d’Harry’Potter, les films n’ont -ils pas une « teneur enfantine » eux-mêmes ? Justement, le film peut être considéré comme réussi puisqu’il sait être divertissant et respecte son contrat de départ : la visée est vers grand public, on ressent le plaisir du visionnage sans avoir la peine de trop réfléchir, il ne s’est jamais vendu autrement, c’est ce qu’il fallait attendre du film !

Mais justement, tu parles de grand public mais pour moi c’est surtout « petit public » ! Le film de Joe Wright est tellement disneyisé que je pardonne personnellement volontiers leur erreur aux Inrocks, On peut proposer un film enfantin en 2015, il n’y a aucun problème, il s’agirait juste d’aller plus loi… Comme Harry Potter. Mais les studios d’aujourd’hui ont l’air de prendre nos charmants bambins pour des imbéciles décérébrés, près à avaler une histoire niaise vue et revue des millions de fois. Non pas que je méprise ceux qui ont aimé, on peut apprécier d’entendre la même histoire racontée plein de fois si on aime l’histoire, mais c’est vite stérile si on ne réinvente rien…

Ceux que tu qualifies de « petit public » qui se laisse transporter par une histoire simple et enfantine font partis de la majorité des spectateurs qui ne recherche que du divertissement dans cet art. On n’est pas obligé de tout le temps révolutionner le cinéma pour faire un film, il faut aussi savoir apprécier quand le film est très conventionnel dans son récit, certes vu et revu comme celui là, mais qu’il est plutôt bien exécuté ! C’est le cas ici, on s’amuse bien devant ce Pan, même si il ne raconte rien de nouveau !

Alors moi ça ne me touche plus si on arrive là. Du point de vue de la construction scénaristique, non seulement le film n’invente rien et n’a absolument aucune idée, mais en plus on nous ressert les contenus fatigants et ennuyeux des vielles casseroles du dépassement de soi, de la croyance et du courage. C’est un peu effrayant de se rendre compte que certains « créateurs » en sont encore là, après des années qui ont quand même pu voir passer des films comme Dragons, Finding Nemo …

Tu parles de films tels que Dragons en opposition aux contenus trop présents de dépassement de soi, de courage etc… laisse-moi te dire qu’on les retrouve bien dans Dragons et dans Nemo. Non pas que l’histoire Pan vole au-dessus mais les visées sont les mêmes. Nourrir l’imaginaire du spectateur et émerveiller. Et si les créateurs en sont encore là c’est bien parce qu’il s’agit d’une recette qui marche, de façon générale, que les spectateurs continuent à aller voir. On ne se mettra jamais d’accord là dessus je pense, ça relève surtout de l’interprétation personnelle et des attentes de chacun au cinéma. Mais reconnais au moins que le jeune acteur est très convaincant dans le rôle de Peter, créer un duo sympathique avec Hedlund est une idée plutôt plaisante qui nous éloigne de l’original ! Hugh jackman est bon dans son rôle, celui-ci est quand même caricatural et il s’en tire bien.

Alors là on est d’accord : la seule chose à sauver dans cette histoire c’est Jackman. Il a l’air de s’être éclaté à jouer ce rôle, je le l’avais jamais vu aussi libéré et rayonnant, à chaque plan sur lui on ressent un bien fou. Faut dire,entre un enfant insupportable (faut le comprendre, il joue Pan), et Crochet inintéressant au possible, qui n’a plus rien à voir avec la crapule que l’on connaît, mais joue les roublards au grand cœur… Bien sûr, le jeune est sans doute bon dans son rôle mais ce rôle est tellement agaçant que je ne pourrai plus jamais voir ce gosse autrement. Et pour revenir une dernière fois sur Dragons ou Nemo, oui les films parlent de dépassement de soi mais savent aller plus loin et explorer d’autres thématiques, et le traitement même de cette thématique précise sait y être original. 

Je dois bien admettre que malgré le côté sympathique de Crochet, il n’a absolument aucune épaisseur et est réduit à une histoire ô tellement niaise avec Rooney Mara… que ces deux-là me feraient presque de la peine ! Tiens parlons en de Mara, excellente actrice qui campe ici un rôle à des années lumières de son talent. , et l’attaque à nirvana… quand on se veut inventif et déjanté, on le fait jusqu’au bout !

Là aussi on est d’accord ! Rooney Mara, grande actrice s’il en est, essaie de se débrouiller comme elle peut en Tiger Lily, personnage si uniforme et caricaturale qu’on en vient à espérer sa mort à chaque scène. C’est bête parce que, les personnages complexes, elle sait le faire, on l’a vue dans Millenium ! Ah, la fameuse saillie de cinq minutes ! C’est simple, elle est super frustrante, résume tout le potentiel du film à la base : c’est l’introduction du personnage de Hugh Jackman, Barbe Noire, qui fait son arrivée triomphale sur un air de Nirvana, scandé par ses fidèles. L’idée est absurde, géniale… Et ne dure que très peu avant de revenir dans notre bonne vieille histoire, à l’ambiance bien banale. Finalement, ce que je pensais être une qualité est un défaut !

Mais il y a quand même de très beaux effets visuels ! La forme, pour le coup, surpasse le fond, les décors sont très originaux, colorés et le film contient de très belles séquences d’action, mémorables ! On a les courses poursuite en bateau, les images plutôt impressionnantes de la mine lors de la présentation de Barbe Noire, mais surtout le combat final, où Pan s’envole combattre avec le nuage de fées qui le suit !

Oui,comme beaucoup de divertissements sans âme le film se concentre beaucoup sur son visuel. Mais c’en est presque agaçant ! Un énorme travail a été fait sur le graphisme du Pays Imaginaire (c’est quand même beaucoup moins classe que Neverland comme nom mais enfin passons), quelques bonnes idées passent à l’image comme les différents mondes enfermés dans les bulles et la nuée de fées remarquablement animée. Mais un tel travail ça m’agace, comme devant cette belle couverture brodée et reliée d’un bouquin qui ne serait en fait qu’un Arlequin. Une bonne fois pour toutes, un visuel ne suffit pas à faire un film.

Mais j’aimerais quand même ajouter un truc. J’ai trouvé, mais je suis peut être parano, que loin de se contenter de son statut de film pour enfant lambda et caricatural, le film se paye même, parfois, la tête du spectateur. Références à Harry Potter (maman, j’ai tes yeux… Cela n’aide pas vraiment quand le personnage est systématiquement appelé The Chosen One…), mais surtout phrase finale putassière (Crochet qui sort à Pan bien sur qu’on est amis, qu’est ce qui pourrait arriver, on touche au sublime), tout est bon pour solliciter le spectateur qui, franchement, n’a aucune envie de rentrer dans le jeu.

Bref, mon avis final c’est ça : sans finesse d’analyse, cliché au possible, le film, malgré quelques qualités au compte-gouttes, rate sa cible. On se demande bien ce que Joe Wright est allé faire là dedans, mais surtout ce qui a pris à Warner de sortir ce film qui n’avait aucune chance de marcher …

« Un visuel ne suffit pas à faire un film » Aïe. tu viens d’abattre un bon nombre de cinéastes formalistes qui se limitent au niveau du scénario (Nicolas Winding Refn, bonjour). Les références à HP quand même, le nombre de films qui sort des phrases clichés on en connait et HP n’échappe pas à la règle… après tu as peut être raison… la phrase de fin de Crochet n’était pas nécessaire mais elle ne fait pas de mal, ça amuse et oui de nos jours, peut être avons nous encore besoin de prendre les enfants par la main et leur exposer les faits juste sous leur nez (à méditer) Enfin mon avis, Pan est un bon film dans sa globalité qui comporte son lot de défauts mais qui se regarde sans peine, une fois, pour passer un agréable moment.

Ouais, on est radicalement opposés.