Il semblerait que la presse séries ne s’empare que d’une poignée de sujets : Game Of Thrones, Walking Dead, la rentrée série et… c’est tout. Depuis la fin de Breaking Bad, Mad Men, Dexter, il semble que plus personne ne parle de l’âge d’or ou des séries que le plus grand nombre regarde… parce qu’il n’y en a plus assez ? Au contraire, il y a le choix (le fameux Peak TV) et cette fois, on vous parle de la sitcom UNDATEABLE.

Quoi ? Une sitcom ? Mais ça existe encore ? A part Big Bang Theory et Mom, rares sont les séries où les rires du public sont légion depuis la fin de Mon Oncle Charlie et How I Met Your Mother. Le genre est en fort déclin mais une série fait de la résistance et revient même à la base du genre : le live. Cette série, c’est UNDATEABLE et elle est là depuis trois saisons déjà.

La série est sortie de Doozer, la boite de prod de Bill Lawrence, monsieur Scrubs. Avant Undateable, nous avons eu en 2013, Ground Floor, forte sympathique sitcom qui n’a duré que deux petites saisons aussi produite par Doozer. Undateable est une sitcom dans la pure tradition avec un décor qui prend 80% du temps d’antenne et une bande de personnages très proches. On suit Danny Burton, macho de 40 ans, blouson de cuir, cheveux gras et barbe de 5 jours qui accueille en coloc le gérant du bar où il traîne tous les jours, Justin, petit célibataire peu sûr de lui. Autour d’eux, la soeur de Danny, Leslie, portée sur la bouteille et les mecs, Shelly, le gros pote comique, Brett, le serveur gay et Burski, le timide à lunettes. Colocataire ? Ca n’apporte plus grand chose depuis que la série utilise le bar comme lieu quasi-unique.

La saison 1 est une bonne surprise. Beaucoup de gens ont arrêté la série, la trouvant simplement pas drôle. Il faut dire que le comique de la série est vraiment basé sur des ressorts de bashing, de moqueries et de répondant. Chris D’Elia est à fond dans son personnage et se permet, chose rare en télé, du comique… gestuel. Coup de pied, mains qui volent, il se permet d’appuyer fortement ses interventions et donne un vrai rythme dans les dialogues. Tout n’est pas basé que sur lui, Justin (excellent Brent Morin) est un candide assumé qui pousse la chansonnette quand il faut. Cet aspect musical de la série (qu’on retrouvait aussi dans Ground Floor) permet de rendre encore plus agréable et sympathique toute la bande. Dans les séries, quand ça chante, cela permet de libérer beaucoup de choses (lire notre article à ce sujet). On retrouve la merveilleuse Briga Heelan (Ground Floor) en guest dans plusieurs épisodes de la saison 1 comme la sculpturale Eva Amurri (Californication). 13 petits épisodes constituent la première saison.

La saison 1 était une saison estivale, l’audience était plutôt anecdotique mais NBC semble avoir confiance en la série et la renouvelle avec un projet derrière… En saison 2, Bridgit Mendler (chanteuse venue de l’écurie Disney) débarque dans le rôle de Candace et plombe un peu la saison 2 avec un personnage peu inspiré et inspirant. La saison prend ses marques et on relève de plus en plus la grande liberté d’improvisation des acteurs. Il n’est pas rare de remarquer une scène étrangement jouée car l’improvisation a déjoué tous les plans du scénario ou encore un acteur rigolant vraiment à la suite d’une phrase.
Résultat, en fin de saison (10 éisodes), NBC propose un double épisode live ! Le résultat est bon (et avec en prime une épilation en direct !). Le direct rend le tout fun et jouissif, les comédiens s’en donnent à coeur joie. Verdict ? NBC renouvelle l’expérience pour une saison 3 100% live. Malgré des audiences en hausse (la série avait changé de case), la série est encore déplacée par la chaîne. Elle atterrit en saison 3 le vendredi. Les audiences sont peu engageantes mais les épisodes live sont d’une intensité comique assez exemplaire. Si le 3×01 est double, il se perd dans des longueurs et il faut s’accrocher pour regarder les deux versions (l’épisode est filmé deux fois pour l’est et l’ouest). Le 3×03 est l’un des meilleurs épisodes de la série puisant toute son énergie dans l’improvisation. Les comédiens s’entendent à merveille et il n’est pas rare que la série pioche dans le méta. A ce titre, ce fameux troisième épisode joue avec le direct. Le personnage de Shelly allume la télé et zappe sur NBC. Il se retrouve alors dans l’écran puis on voit le public présent. A plusieurs reprises, les personnages feront des regards caméras et n’hésiteront pas à jouer le générique en live. Le quatrième mur est franchi et ça fait un bien fou en 2015 ! On avait oublié ce que c’était qu’une série qui savait qu’elle existait (au-delà de la série Community, trés méta). Une sitcom qui sait jouer avec ses propres codes est un exercice malicieux et il serait dommage de ne pas jeter un oeil. Evidemment, tous les personnages ne se valent pas, on assiste vraiment un festival Morin / D’Elia. Mais Bridgit Mendler prend du galon et devient drôle. Trent, le petit ami de Candace est un personnage récurrent assez extraordinaire d’ailleurs. Les autres personnages ont leur petite phrase à chaque épisode et font souvent mouche.

Notons également qu’Undateable a une marge de progression et de manoeuvre assez énorme. Si les guests étaient légion dans le premier épisode live (Zach Braff, Ed Sheeran, Kate Walsh, Scott Foley), la série joue avec l’actualité. Le tournage en live permet de faire des références très actuelles et inscrit la série dans une fraîcheur extrême. On relèvera tout de même des moments de flottements dû évidemment aux conditions du direct et à une sur-utilisation du décor du bar. Le 3×04 comporte des couacs comme des techniciens dans le champ et des improvisations qui font perdre le fil de l’histoire.  Mais bordel, jetez-y un oeil. Tout peut arriver dans la série, chaque épisode a un générique rejoué en direct, des guests peuvent arriver de nulle part, et on se doute que Chris D’Elia est au sommet de son art et qu’il s’en donne à cœur joie. Undateable explose les limites de la sitcom à une époque où tout est bien trop écrit pour ne pas être anxiogène.