A l’occasion de la Comic Con de Paris, où il était l’un des invités, nous avons pu rencontrer Eric Balfour, actuellement à l’affiche de Haven, dont la dernière saison est actuellement diffusée. Entretien avec un acteur des plus charmants.

Attention, des spoilers sur certaines séries sont implicites.

Dans 24H Chrono, vous avez été longuement absent entre la saison 1 et la saison 6. Pourquoi une telle période ?

Après la saison 1, j’ai été engagé pour une autre série TV. J’ai donc commencé à travailler dessus, et je n’ai pas pu continuer 24H Chrono. Et dans les années qui ont suivi, on a tenté de me faire revenir, et cela deux ou trois fois, mais à chaque fois, je tournais quelque chose d’autre, donc je n’ai pas pu revenir avant la saison 6. C’était plutôt bizarre : je n’avais jamais tourné dans un show, puis le quitter pendant un moment, puis revenir. C’était vraiment étrange

C’était donc du fait de vos obligations, vous n’avez pas choisi ce moment précis pour revenir ?

Je pense qu’ils ont essayé, plusieurs fois, en saison 2 et saison 3, mais ça ne marchait pas, puis il ont laissé l’idée en plan, et quand ils ont commencé à tourner la saison 6, ils se sont dit qu’il fallait que ça se fasse, et ils l’ont fait.

Que pensez-vous de la série actuellement (saison 9, potentielle saison 10) ? 

Tout le monde aime Jack Bauer, il est cool, non (rires) ? Gardez-le cool ! Tout le projet est cool ! C’était vraiment bien de faire partie de cette aventure, c’est un show très populaire, et moi je prenais du plaisir, j’étais heureux d’en faire partie. Même si je ne peux pas revenir pour la saison 10 (rires) ! Mais j’ai quitté la série d’une bonne manière, lors de la saison 6, c’était vraiment bien.

Dans Haven, Duke est le personnage qui a probablement le plus évolué : que gardez-vous de lui ? Êtes-vous satisfait de son évolution ?

Oui. Enormément. Je pense qu’il est, de plusieurs façons, celui qui a le plus changé, de tous les personnages : il a commencé en premier lieu par être égoïste, sans vouloir aider personne, ne s’occuper que de lui-même, et maintenant il est cette personne complètement dédiée aux gens auxquels il tient. Je trouve cette dernière saison très excitante, tout le monde va être bouleversé par ce qui arrive à Duke, c’est vraiment incroyable.

Et comment voyez-vous cette évolution de la rivalité entre Nathan et Duke ?

C’était super amusant de voir ces personnages grandir. Au début, on ne savait pas comment çaa allait se goupiller, on savait juste que l’on devait dire et faire telle ou telle chose. Mais au fur et à mesure de la série, il était évident qu’ils avaient cette magnifique alchimie entre eux, et dans la manière dont ils étaient écrits, dans la relation entre Lucas et moi, la manière dont on s’entendait, c’est arrivé naturellement. C’était une de mes parties préférées de la série : comment ils évoluent, comment ils s’unissent, se séparent. D’une certaine manière, ils sont la plus belle histoire d’amour de la série (sourire). On pense tout le temps qu’Audrey et Nathan vont finir ensemble, et c’était évident, mais d’une manière ou d’une autre, Nathan et Duke se réconcilient, mais ce n’était jamais sûr non plus, donc c’était amusant d’observer cela.

La série a été annulée après la fin du tournage de la saison 5 : aura-t-on une vraie fin ? La connaissez-vous ?

Oui, vous voulez que je vous la dise (rires) ? Oui, nous savions en tournant la saison 5 que ce serait la dernière. Ce n’était donc pas une surprise. Et de mon point de vue, cela faisait 5 ans, il était temps de passer à autre chose. En tout cas, nous savions tous que ce serait la dernière saison, et nous l’avons tournée comme telle. Et c’était génial, je n’aurais jamais demandé à ce que cela se passe autrement, car il n’y a rien de pire qu’une série sans une fin digne de ce nom. Quelque part, avoir ce début, ce milieu, cette fin, puis fermer le livre, c’était excitant.

Vous pouvez donc voir la série rétrospectivement et en être satisfait ?

Oui, et c’est l’une des marques d’une bonne série : pouvoir la voir comme un bloc de divertissement à part entière, se dire que vous avez fait partie de cette aventure, du début à la fin.

©SmallThings

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De manière plus générale, vous avez un nombre conséquent de rôles, au cinéma et à la télévision, tout cela alors que vous êtes plutôt jeune (38 ans, ndlr). Est-ce par choix, par emploi du temps… ?

Très peu de gens peuvent choisir leur carrière. Il y a des chanceux qui le peuvent, mais pas la plupart des acteurs. Certains veulent se montrer mieux qu’ils ne sont, mais la vérité est que le métier d’acteur, la carrière d’acteur est très dure, vous ne pouvez pas dire « je veux faire ci, je veux faire ça », vous devez arriver à un équilibre : les choses que vous voulez faire artistiquement, dans la réalité des choses, payer les factures, travailler… J’ai donc été chanceux de pouvoir continuer à travailler, c’est sympa (sourire). Et le seul vrai pouvoir d’un acteur, c’est celui de pouvoir dire « non », à moins que vous ne développiez votre projet personnel, quelque chose que j’ai découvert et qui m’a occupé ces dernières années, car sinon vous attendez que quelqu’un vous offre un rôle. Certaines fois on vous en offre plein, d’autres fois aucun. Je ne suis pas impressionné par les acteurs qui se la racontent, se voient tout-puissants parce qu’ils font ce qu’ils veulent. Vous prenez des décisions par rapport à ce qu’on vous donne, les opportunités que vous avez. Ce n’est pas toujours facile. Parfois les gens, les acteurs ne veulent pas admettre qu’ils sont humains. Vous tentez de faire avec ce qu’on vous donne, ce que vous pouvez faire. Je me suis dit que si je voulais faire absolument ce que je veux, je devais créer mon propre truc, écrire, développer, produire, et dès lors vous avez un certain contrôle sur votre carrière, mais sinon, tout dépend des opportunités que vous avez. Je croise les doigts pour continuer comme ca (sourires)

Vous préférez donc continuer d’avoir plusieurs rôles, plutôt qu’un gros, massif, dans une série ?

Aujourd’hui, il n’y a plus ce modèle comme quoi on faisait juste de la télévision ou juste du cinéma, c’est fini. Tout le monde fait les deux, ce qui est super, car d’une certaine manière, les projets les plus artistiques, les plus créatifs, sont faits à la télévision. Aujourd’hui, pour raconter une histoire, vous pouvez le dire en film, en 2 voire 3 heures, ou bien à la télévision, où vous avez des années, des heures pour développer un personnage, une histoire, c’est comme faire une énorme pièce de théâtre. Voyez certaines séries TV aujourd’hui, elles sont tout simplement incroyables, si riches, si créatives, comme House of Cards ou Top of the Lake, magnifiques, ou encore The Knick, ce sont des oeuvres d’art maintenant. C’est génial, et il y a énormément d’opportunités là-dedans pour un acteur, à travers tous ces shows.

Rétrospectivement, quel regard portez-vous sur votre carrière, dès lors ?

Rétrospectivement, aussi loin que je puisse aller à 38 ans, soit la moitié de ma vie, ou un peu moins (rires)… Si je devais regarder en arrière maintenant, je souhaiterais n’avoir pas fait certaines choses (rires), mais je suis fier de beaucoup de choses que j’ai faites, et la chose dont je suis le plus fier dans ma carrière est le fait qu’à chaque fois que j’ai été sonné, qu’un film n’a pas marché au box-office, ou qu’une série s’est faite annuler, que je me retrouvais sur le cul et contrarié, je me suis levé, j’ai passé un coup de chiffon sur moi-même, et je me suis dit « ok, où est la prochaine opportunité ? ». Je ne suis pas le meilleur acteur, ni le plus beau, mais je pense que la raison pour laquelle j’ai pu continuer de faire ce que je fais est que je n’ai jamais abandonné. Ce n’est pas une industrie toujours juste, et être un artiste implique que la vie n’est jamais juste, mais je pense que ne pas abandonner est la clé de la poursuite de mon travail. Il y a des jours où l’on se dit « mon Dieu, je n’aurai plus jamais de boulot, je suis nul », mais il faut continuer d’essayer, et ca a plutôt bien marché, sans trop de cicatrices

Souhaiteriez-vous continuer à la télévision, ou avoir plus de rôles au cinéma ?

Les deux (rires) ! Encore une fois, l’envie, la jalousie, est très dangereuse (sourire), tout le monde la ressent. Donc j’essaie de ne pas trop penser à ce que je voudrais faire. Je bosse dur dans ce que j’aime, et avec un peu de chance ca marche. Mais je veux tout faire : cinéma, séries, réaliser, jouer… (sourire).

Quels sont vos projets, à plus ou moins long terme ?

Je viens de finir un film appelé Burn, qui sortira l’an prochain, et puis je réaliserai un film, appelé The Flesh, qui prend place dans un couvent de femmes vampires, ce qui est plutôt cool (sourire). Et je suis dans une série en plein développement basé sur la série de romans These Broken Stars (ndlr : Vertige en français), avec MGM et The Littlefield Company, producteur exécutif de Fargo, donc je pense que ce sera ma prochaine série.

Merci infiniment à Eric Balfour pour sa gentillesse incroyable, et bien sûr à NBCUniversal qui nous a donné l’opportunité de l’interviewer !