Blunt Talk est le dernier projet en date de Patrick Stewart, et produit notamment par son ami Seth McFarlane. Avec Stewart dans un rôle comique totalement inhabituel pour lui , Blunt Talk est une sitcom au format inhabituel (10 épisodes de 25mn), et au résultat… particulier.

Blunt Talk (qui est aussi le nom du show de Walter) met en scène Walter Blunt, ex-Marine, un présentateur télé anglais un peu fantasque, alcoolique et drogué, père de famille foireux (trois femmes et autant d’enfants), vivant seul avec son majordome Harry, qui cherche à s’imposer comme la référence télévisuelle mais semble découvrir ce qui se passe dans le monde en même temps que ses téléspectateurs, et dont les exactions le conduisent à systématiquement foutre en l’air ses bonnes intentions envers le peuple américain. Il reste malgré tout une figure importante de la vie médiatique, tant hors que dans son bureaux…

©Starz

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Cette série a un mérite : en mettant en scène la vie chaotique de la rédaction du show Blunt Talk, où tout le monde fait ce qu’il veut du moment que le fric continue à abreuver la chaîne (sans blague, Walter aurait dû être viré 10 fois !), elle réussit par là à carrément faire une mise en abyme de ce que la production de la série Blunt Talk a dû être : un bordel absolu. Le pilote n’était donc qu’un arbre cachant une forêt d’épisodes aussi incompréhensibles les uns que les autres. On pensait, après huit épisodes cauchemardesques, se rattraper sur le final : mais malgré une belle scène de danse où Harry et Walter évacuent leur stress post-traumatique qu’ils viennent à peine de découvrir (ah, l’Amérique !), on se retrouve avec une sombre histoire de caricature de caricature d’éco-terroriste dangereux qui prend en otage Walter pendant son émission, avant de le relâcher deux jours plus tard sans une once d’explication. Tous ces épisodes, toutes ces situations, toutes ces mises en scène n’ont ni queue ni tête, et quand les « previously on Blunt Talk » occasionnels arrivent de manière aléatoire au début de certains épisodes, histoire de justifier la réintroduction sans raison de certains personnages déjà apparus, on se rend compte à quel point tout dans Blunt Talk quitte notre mémoire aussi vite qu’il l’avait investie.

Blunt Talk parle de sexe. Quasi-exclusivement, littéralement, dans tous les sens, toutes les possibilités. Tous les personnages ont la libido en feu et tous finissent par coucher avec tout le monde à diverses occasions. Le sexe est tellement omnipotent (sic) que Walter se retrouve même à coucher avec une activiste d’extrême-droite aux opinions plus répréhensibles que la condescendance de Florian Philippot. Entre Rosalie la cougar coincée entre Teddy l’Alzheimer et Martin-le-jeune-émigré-à-la-tête-de-jeune-premier (ah l’Amérique ! bis), Celia la femme en chaleur qui couche avec tout ce qui bouge, Jim l’impuissant entasseur compulsif, Shelly la lesbienne qui drague comme un pied, et Harry le bien gâté de l’entrejambe, on peut être sûr d’avoir notre quota chaque semaine, en lieu et place d’un traitement des personnages digne de ce nom. Et que dire de cet épisode consternant où intervient Daniel Stewart, fils de Patrick, dont l’action principale est de se taper Celia… On peut gager que le fiston n’a d’ailleurs rien de plus pour lui que les pistons du paternel (son autre rôle majeur étant… un rôle dans Star Trek : The Next Generation). La série ne donne à se mettre sous la dent, dès lors, que quelques petites vannes qui feront sourire, au milieu de situations si indigentes que notre cerveau fatigué et réduit en bouillie par la grossièreté (dans tous les sens du terme) n’en aura plus rien à faire. Parfois on en oublie presque que la série se base sur le milieu journalistique…

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Et au milieu de cela, vampirisant tous les autres personnages relégués au dixième plan, mais surtout dont on se fiche royalement (Celia a zéro charisme en plus de jouer comme un manche, Jim est fatigant au bout de deux minutes, Rosalie est agaçante au possible, et Shelly est inutile, tandis qu’Harry peine à exister), Walter Blunt. Au-delà du fait que voir Patrick Stewart, soit une des figures de la classe britannique à l’ancienne comme on les aime, jouer un rôle ressemblant à Ted (l’ours en peluche) en un peu moins radical est profondément perturbant, Walter reste une énigme. Il est pourtant le personnage central de la série, mais bien qu’on veuille nous faire croire au contraire, il n’évolue absolument pas. A chaque épisode, on a juste Walter dans une situation de sa vie quotidienne, servi comme un prince dans son pavillon par Harry, dont les manières cachent l’artificialité, guidant un show dont il est la figure de proue et donc en faisant ce qu’il souhaite. Mais cette représentation n’apporte rien : de temps en temps il fait un show, une fois il laisse Jim prendre sa place, il couche quand il a l’occasion, il s’occupe de ses gamins, tout ca sans jamais un souci d’emploi du temps. Le paradoxe est que son équipe n’a rien d’intéressant alors que sans elle, Walter Blunt ne serait rien (oui oui, Celia est notamment la productrice, oui)… Celui-ci sort des belles phrases, mais n’en met jamais aucune en valeur, puisqu’aussitôt dit, aussitôt zappé : le personnage se perd encore et encore. Pire : tout ce qui est fait pour approfondir Walter reste désespérément plat et ne parvient absolument pas à nous faire oublier que sans Patrick Stewart pour cabotiner avec classe, on aurait déjà arrêté de regarder la série. Le show, tant la série que l’émission de Walter, est devenu sa propre parodie : il a une tête d’affiche, et a tout misé dessus en oubliant le liant, l’approfondissement, des sidekicks efficaces, et surtout un scénario.

Bref, Blunt Talk est un produit qui porte en lui sa propre désuétude… et c’est bien triste pour un Stewart en fin de carrière.