Quand ABC nous propose Blood and Oil, un drama familial sur fond de nouvelle ruée vers l’or noir, avec Don Johnson, Chace Crawford et Scott Michael Foster, ça sent bon les gros sous, la trahison et les rêves brisés ; un ‘Empire’ rural, plus Amérique profonde, et sans musique qui fait mal aux oreilles. Autant dire que j’avais hâte !

Il est des séries auxquelles on n’accroche pas alors qu’elles font l’unanimité, qui déçoivent parce qu’elles ne sont pas ce qu’on en espérait, qui demandent plus de persévérance qu’on ne veut bien leur accorder, … ça n’empêche pas de leur reconnaitre des qualités et une valeur. Et puis, il y a Blood and Oil.

Blood and Oil est l’exemple parfait de la série indéfendable : personnages au-delà du cliché, facilités scénaristiques ridicules, psychologie de bas étage, répartition bien sexiste des rôles, représentation crétine du rêve américain, même les pauvres acteurs, qu’on avait pu apprécier ailleurs, font pitié tant il est manifeste qu’on ne leur donne aucune partition à jouer.

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J’espérais de l’épique, j’ai eu du médiocre. Là où j’imaginais un salaud magnifique, j’ai trouvé un vieillard sans charisme, aux faux airs rustiques/authentiques, dont rien ne permet de justifier le succès, que ce soit en affaire ou en amour, si ce n’est que c’est ainsi qu’il nous est présenté et que personne autour de lui ne semble trouver ça bizarre. Là où on aurait pu avoir des liens familiaux déchirants, on nous sort le poncif du fils qui manque de la reconnaissance de son père.

Quant au couple de héros, c’est un festival. Depuis l’accident qui les met dans la misère mais que quand même c’est là qu’on rencontre des vrais gens simples et réellement gentils, la grossesse imprévue qui leur fait dire qu’ils ne peuvent plus se permettre de jouer leur avenir sur un coup de chance, quoique parce que c’est si tentant qu’on essaierait bien un peu, l’épouse qui assure le foyer et se consacre à aider les autres, avec lesquels elle a le contact si facile, et le mari qui entreprend et mise sur l’avenir, … Tout est navrant dans ce duo si peu comique.

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Pourtant, je le voulais mon Dallas 2.0, je me serais contenté de pas grand-chose. Malgré un pilote absurde, j’ai essayé de persévérer, j’ai espéré un faux départ. Ce ne fut malheureusement pas le cas. Les raccourcis scénaristiques, qui auraient pu se justifier pour la mise en place du pilote, n’ont fait que s’empiler, le propos patine et se répète déjà dans les épisodes suivants, aucun personnage ne se révèle suffisamment intéressant pour lui consacrer un peu de temps. Même au second degré, le ridicule ne prend pas tant il manque d’envergure. Rien d’étonnant, dès lors, que les audiences n’aient cessé de plonger depuis la première semaine.

Si la série avait un intérêt, ce serait sans doute pour la démonstration éclatante qu’elle offre de l’existence d’œuvres objectivement mauvaises. Autant dire que sur ce point, on est comblé tant rien ne mérite d’être sauvé. Tout y sonne manifestement si faux que l’étudier constituerait une véritable mine d’informations sur les conventions qui nous permettent d’adhérer, ou non, à une histoire.

Mais si le but était de prendre du plaisir devant Blood and Oil, un seul conseil : passez votre chemin, il n’y a rien à voir (ou du moins, par pudeur, mieux vaut détourner le regard).