Si l’attentat à la bombe tenté contre Hitler avait explosé 13 minutes plus tôt, le Führer aurait péri et cela aurait certainement sauvé la vie de plusieurs centaine de milliers de personnes. Mais l’histoire en a décidé autrement, et Oliver Hirschbiegel nous présente Georg Elser, celui qui aurait pu être l’assassin de Hitler.

Le dernier long-métrage du réalisateur de La chute, ou encore du très mitigé Diana, nous revient avec un biopic germanique, retour aux sources.

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Georg Elser (Christian Friedel), pur esprit libre qui aime jouer de l’accordéon près du lac Constance, se revendique pacifiste. Il aime les femmes qui le lui rendent bien, la musique, et la rigueur professionnelle. Un héros ordinaire prend le parti d’employer l’histoire à deux temps pour raconter les raisons qui ont poussé Elser à agir, le passé rejoint lentement mais sûrement le présent quand il se fait emprisonner. Le sous-titre du film, « un héros ordinaire » symbolise exactement le film, un Allemand, sans prétention, qui a vu la menace que représentait Hitler, a voulu changer les choses à son propre niveau.
La réalisation de Hirschiebel garde un aspect académique, avec des plans stricts et froids qui tombent parfois quand le personnage principal songe à son passé heureux et à sa bien-aimée. Bien entendu, la photographie est magnifique, l’histoire tire les larmes, le combat personnel et universel d’Elser le rend encore plus héroïque.

Des subtilités dans le film laissent présager que la résistance existera bel et bien en Allemagne, une secrétaire empathique, et ironiquement le chef de la police Nebe qui participera lui-même à l’attentat de Stauffenberg. On assiste à l’horreur telle qu’on l’imagine et qu’on ne peut pas oublier, mais Un héros ordinaire nous permet de témoigner en faveur aussi de certains Nazis. L’interprète principal, Friedel, dégage cette simplicité et cette moralité qu’Elser nous laisse percevoir tout au long du film. Et si par moment on ressent un peu des longueurs, son jeu s’admire sans limites. Plus qu’une histoire politique, c’est un pan de vie qui défile sous nos yeux.

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Il y a une réplique qui m’a marquée dans ce film, quand la Gestapo lui demande de dénoncer ses complices, il répond simplement qu’on le croie ou pas, mais personne n’aurait été prêt à l’aider. Probablement vrai puisqu’à l’époque, Adolf Hitler était vu comme un héros, le chancelier sauveur qui faisait progresser l’Allemagne. Et effectivement, les infrastructures et le génie civil allemands se sont fortement développées grâce à lui malgré l’armement massif qui en a découlé. Ce qu’on voit, c’est que cette tentative d’assassinat semble juste car on connait la suite de l’Histoire. Mais pour le germanique moyen des années 30, Hitler incarne l’unificateur de la nation et celui qui le délivre de la pauvreté. Alors pourquoi voudrait-on le tuer ? Georg Elser n’était-il pas atteint de folie pour juger qu’il valait mieux lui retirer la vie ?
Quelque part, il n’y a vraiment qu’un Allemand qui détient la sensibilité de faire un film sur la seconde guerre mondiale qui paraisse sensé.

(P.S. : Dans nos salles à partir du 21 octobre, pour en savoir plus sur un héros moderne oublié.)