A peine a-t-on eu le temps de se remettre de la fin de son spin-off que le premier épisode de sa saison 6 débarquait sur les petits écrans, j’ai nommé The Walking Dead, A.K.A. la série la plus regardée du moment.

Alors que nous avions quitté Rick et ses acolytes dans une position très ambivalente face à la nouvelle communauté qu’ils avaient intégrée sans cependant réussir à s’y fondre complètement, ce premier épisode nous surprend en balayant pour un temps cette problématique au profit de la gestion collective d’une crise, ou du moins d’une crise potentielle.

On retrouve donc l’ancien policier dans son rôle de leader, accompagné de ses lieutenants et de quelques nouvelles recrues encadrées, pour la réalisation d’un plan dont l’épisode ne nous donne pas l’occasion de voir l’aboutissement. La narration entrecoupe le déroulement de ce projet par de nombreux flashbacks (en noir et blanc !), destinés à nous en apprendre davantage sur les raisons de ce changement.

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Bien sûr, nos héros se sont toujours présentés comme bien plus conscients et efficaces face à l’invasion zombie que les membres de cette communauté, c’est d’ailleurs, en grande partie, la raison invoquée pour justifier leur méfiance, mais il faut avouer que la passivité, presque silencieuse, avec laquelle ce nouveau leadership est accepté laisse un peu perplexe. Le seul à mettre en cause la légitimité de celui qui les menaçait, l’arme au poing et les yeux fous, il y a peu après avoir massacré l’un d’entre eux en pleine rue se verra réduit au silence avec une facilité assez déconcertante.

Plus encore, la crise à gérer apparait aussi fausse que les effets spéciaux destinés à nous la représenter, tant elle sert manifestement la mise en place d’un propos attendu sur la nécessité, dans un monde fou et malade, d’attaquer le premier si l’on veut survivre. Le tout se trouve d’ailleurs amplifié par une démonstration du bien-fondé du droit de tuer que cette vision justifie, d’autant plus utile qu’elle élimine leur seul opposant. La figure de Carter apparait d’ailleurs ici particulièrement orientée puisque, remettant en question la vision du monde du clan que nous suivons depuis le départ, il démontrera son incapacité à survivre, renforçant ainsi la légitimité de celle-ci.

La cohérence de l’intrigue et des personnages apparait donc clairement secondaire face au message philosophico-politique auquel cet épisode nous soumet. Là où l’on pouvait encore douter du bien-fondé de la position adoptée par notre groupe de héros, cette introduction de la saison 6 se montre beaucoup plus affirmative encore que la série ne l’était précédemment. Malgré un projet dangereux et assez obscur, Rick et ses amis se présentent en dompteurs du Chaos, permettant par le sacrifice de leurs principes de conserver l’innocence de ceux qui en ont jusqu’ici été préserver.

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Là où The Walking Dead nous avait habitués à considérer qu’il n’existait que deux types d’homme face à la fin de la civilisation, ceux qui réussissent, tant bien que mal, à garder leur raison et les autres, là où on pouvait voir poindre les signes d’une perte progressive de leur maitrise d’eux-mêmes, nous assistons en fait à présent à l’affirmation d’un nouveau paradigme opposant encore une fois la raison, le bon sens, mais à une autre forme de folie, l’aveuglement et la naïveté qui en découle.

Servi par une bande son et une réalisation très démonstrative et sans finesse aucune, le moins que l’on puisse dire est que ce retour en fanfare poursuit sur sa lancée lourde et grossière. N’accordant quasiment aucune place à ses personnages les plus emblématiques, qui peuvent parfois nous offrir quelques moments de grâce, cet épisode semble vouloir souligner à gros renfort de scènes spectaculaires, pas toujours très réussies, un message politique des plus contestables. Autant dire qu’à force de tourner en rond, The Walking Dead finit par montrer exactement où il nous emmène et je ne suis pas sûre de vouloir les y accompagner.