Parmi les incontournables de l’été précédent, la saison 2 de Masters of Sex nous avait ravi par la finesse de son propos et l’intelligence de sa narration. Il n’est pas peu dire que le retour de la série était attendu avec gourmandise. A l’heure du bilan, notre appétit a-t-il été satisfait ?

Alors que nous avions quitté nos héros, enfin stabilisés professionnellement dans leur nouveau cabinet mais fragilisés intimement, notamment par la perte de la garde des enfants de Virginia, la saison 3 surprend à sa reprise par l’ellipse de temps qu’elle propose. Ce choix, probablement justifiable par le manque d’événement significatif dans le parcours des personnages historiques servant d’inspiration au récit entre l’émission télévisée et la publication de leur livre, déçoit néanmoins car on ne peut s’empêcher de se sentir privé de ce qui fait le sel de la série, à savoir l’évolution ténue des relations.

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Nous voici donc plusieurs années plus tard, les enfants ont grandi et les adultes semblent s’être installés dans un statut quo ronronnant. Tout n’est pourtant pas rose derrière ce consensus de façade puisque l’aboutissement d’années de travail va coïncider avec l’expression de revendications autonomes de la part des enfants les plus âgés. Prise de court, Virginia prend alors conscience de ce que sa carrière lui a coûté et cherche à retrouver le rôle de mère dont elle a été trop tôt dégagée.

La gestion de cet aspect du récit se révèle cependant extrêmement décevant et surprenant pour une série qui nous avait habitués à tant de subtilité. Ainsi, si du côté Masters, le fils de Bill offre un fil narratif intéressant et une interprétation juste, du côté Johnson, par contre, les lourdeurs s’accumulent. La métamorphose de son fils, qu’on avait connu rêveur et isolé, laisse pour le moins sceptique, tandis que sa fille va directement grossir les rangs, pourtant déjà saturés, des adolescentes insupportables de la télévision.

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Les premiers épisodes laissaient pourtant entrevoir un véritable potentiel dans la manière dont était représenté le rapport qu’elle pouvait entretenir avec un camarade de classe. Ce point de vue s’inscrivait parfaitement dans la construction d’un propos à la fois critique et didactique que la série avait tenté de développer jusque-là. Un épisode, sur ce point, était particulièrement dérangeant. Pourtant, sa portée subversive s’en est peu à peu révélée contreproductive tant l’absence de traitement par la suite a fini par la banaliser.

D’une série aux accents féministes assumés, questionnant avec justesse la sexualité, on se retrouve ici avec un silence assourdissant et une absence de propos laissant la place à tous les clichés cent fois rabattus ailleurs. On ne peut dès lors s’empêcher d’y voir un gros souci de direction au sein de l’équipe d’écriture. Plus personne ne semble être aux commandes.

Cette sensation est d’ailleurs assez récurrente tant la structure de cette saison apparait bancale. Ainsi, la volonté de Virginia de retrouver un rôle maternel se révèle n’être qu’un prétexte narratif, tant sa mise en œuvre sera absente de la suite de la saison. Et il en est ainsi de toutes les motivations psychologiques des personnages qui semblent floues la plupart du temps et faciles, lorsqu’elles trouvent à s’exprimer.

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Or, si ces faiblesses sont excusables pour les séries portées par leur intrigue, elles sont insupportables pour celle qui avait fait de la complexité psychologique de ses personnages son label de qualité. Face à ce constat, même les renforts de Josh Charles et Emily Kinney laissent l’impression d’un immense gâchis, tant l’un et l’autre sont mis au service de silhouettes, dépourvues de consistance.

Dans ces conditions, chaque tentative de traitement d’une problématique, qu’il s’agisse du droit à la procréation d’un couple lesbien, de la possibilité d’un amour à trois ou des bienfaits d’une forme de « rééducation sexuelle » se voit, au mieux, expédiée, au pire maltraitée, ce qui donne un aspect particulièrement artificiel à toutes ces intrigues secondaires. Quant à l’intrigue principale, il en est fait une histoire de jalousie pathétique, là où l’originalité du couple Masters/Johnson avait toujours été son ambiguïté vis-à-vis des catégories traditionnelles de l’amour.

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Tout au long des 12 épisodes, une seule question semble encore avoir un sens, celle de la véracité historique des évènements rapportés. Cette contrainte ne suffit cependant pas à justifier le caractère artificiel de cette saison, la série ayant jusque-là parfaitement assumé la part fictionnelle qu’elle y apportait. Peut-être trop attachés à ne pas enjoliver la part sombre de leurs personnages, les scénaristes ont-ils été trop obnubilés par ce rappel des faits pour encore se permettre d’y apporter un point de vue. Toujours est-il que le résultat en est assez peu digeste et pour le moins décevant.