Le biopic de Bobby Fisher, éphémèrement le meilleur joueur au monde d’échecs, est actuellement en salles.

La guerre froide se manifeste sous toutes les formes, et même dans les échecs, quand la Russie doit se mesurer aux Etats-Unis, tous les coups sont permis et cela en devient l’événement le plus médiatisé du moment.

La mise en avant de la psychologie des personnages occupe une grande place dans ce film. Pas besoin de connaître les règles des échecs pour comprendre, à vrai dire, le « sport » ne sert que de prétexte pour présenter le contexte de la guerre froide et combien tous les moyens sont bons pour améliorer l’image nationale. Le dernier long-métrage d’Edward Zwick présente « la troisième guerre mondiale sur un échiquier », mais sans fioritures. Ici, pas d’explosion ni de strass et paillettes, mais un filtre froid et une simple stratégie efficace pour l’une des activités les plus mathématiques qui existe. On est loin d’une histoire aussi mythique que Le dernier Samuraï ou d’un fait aussi cinglant que Blood Diamond. Le prodige manque de consistance et l’intérêt d’ouvrir sur une scène flash forward dessert la montée en tension que le réalisateur cherche à construire.

©Metropolitan

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Déjà, les personnages secondaires sont complètement sous-exploités, quand on a Peter Saarsgard et Lily Rabe dans son casting sans s’attarder dessus en préférant privilégier des scènes de monologue intérieur de Tobey Maguire, on passe à côté de quelque chose. Certes, il porte le film, mais justement, tout le monde aurait profité d’un peu de délestage. On ne sait rien au final de son némésis, le Russe meilleur joueur du monde (Liev Schreiber). A croire que pour être un génie, il faille absolument avoir des soucis mentaux, comme semblent le montrer tous les biopics récents.
En tout cas, l’emballement créé par ce match d’échecs dépasse tout ce qu’on peut connaître aujourd’hui, avec une unité nationale comme on en connait peu. Et même si la célébrité est éphémère, Bobby Fischer aura certainement mérité son moment de gloire malgré son caractère narcissique et bien sûr paranoïaque. Impossible de ne pas penser à la nouvelle de Stefan Zweig, Le joueur d’échecs, qui sombrait également dans la folie.

Le problème central avec ce biopic, c’est sa froideur. Je comprends qu’on décortique la vie d’un joueur d’échecs, et les pratiquants de cette discipline semblent tous posséder un tempérament de fer, mais il n’empêche que ça aurait été appréciable que sa paranoïa soit nuancée par l’inquiétude de ses proches. Mais non, dans cette chute vers la folie, il se retrouve seul, certainement comme dans la réalité sur laquelle Le prodige se fonde, mais du coup, sans aucun drame émotionnel. Aucune tentative d’aide ne se passe. Et finalement, aucune explication réelle n’est apportée quant à son comportement, son délire anti-sémite alors qu’il est lui-même juif, etc. Finalement, le bopic sonne faux…

(P.S. : Je tiens juste à préciser que Maguire a 40 ans, hein, et qu’il joue le perso de Fischer de 19 à 29 ans. Euh…)