Le retour de Catherine Frot au cinéma après une petite absence se fait définitivement remarquer.

Xavier Giannoli signe avec son dernier long-métrage une comédie cruelle sur la condition humaine.

Le contexte des années 20 parisiennes donne une atmosphère bien spécifique à Marguerite, le dernier film de Xavier Giannoli. où on préfère détourner le regard plutôt qu’assister à la moquerie assassine du public. Personnage basé sur l’américaine Florence Foster Jenkinsn dénuée de tout sens musical mais dotée d’une grande richesse, la passionnée de chant lyrique va investir dans ses propres récitals qu’elle va présenter dans la haute société. Marguerite Dumont se retrouve dans la même situation. Alors qu’elle dispose d’une fortune considérable et d’un manque tout aussi considérable de talent vocal, sa passion pour l’opéra la pousse à chanter… très faux malheureusement. Les mélodies classiques s’enchaînent, de Mozart à Bizet, en passant par Bach sans oublier Gluck, tout le répertoire des cantatrices du début du XXe y passe, et qui de mieux que le cinéma français pour approcher la culture ?

Peu familière avec la vision de Giannoli, je suis allée voir le film sans grande expectative même si la bande-annonce m’intriguait. En tout cas, il n’y va pas avec le dos de la cuillère avec elle. Les regards méprisants révulsent le spectateur, sans pour autant humilier notre héroïne. Mais c’est ce qui est d’autant plus triste, le bouffon qui ignore tout de son statut. Effectivement, l’histoire en devient touchante, particulièrement pathétique à vrai dire. L’image froide et grise renvoie à l’isolation de Marguerite. Et quelle émotion dans l’interprétation de Catherine Frot. On la sait capable de grandes choses, mais dans ce premier rôle, elle s’épanouit à nouveau. De chapitre en chapitre, on s’attache à cette Castafiore en voulant la protéger de ces regards moqueurs.

©MementoFilms

©MementoFilms

Quelque part, le plus cruel des personnages semblerait être Mandelbos. Le majordome qui sous ses actions protectrices ne cherche qu’à finir son chef d’œuvre artistique et qui à sa manière, est autant dans la folie que Marguerite. Au final, la quête de la perfection artistique sert de moteur, tandis que l’émotion fait office de véhicule. Certes, les 2h et quelques du film paraissent un petit peu long, formaté par une trop grande envie de faire dans la grandeur, que ce soit dans les costumes ou les décors.
La qualité principale du film à mes yeux trouve résonance dans un parallèle moderne. D’un côté les conventions sociales, de l’autre, une volonté de s’en défaire par son individualité. Son originalité tourne autour du sujet, avec ce traitement à la limite du burlesque. Toutefois, une chose m’a vraiment gênée. La manière de parler de Pezzini frôlait l’anachronisme pour une mise en scène qui se voulait authentique. A part ça, c’était une très belle surprise.

A noter que l’originale américaine fera l’objet d’un biopic réalisé par Stephen Frears avec Meryl Streep dans le rôle titre…

(P.S. : les paris sont ouverts pour le nombre de statuettes que Marguerite remportera aux Césars !)