Doctor Who, c’est reparti ! Après des mois d’attente et deux teasers chauds bouillants, la série de science-fiction culte redémarre, et de quelle manière…

ATTENTION SPOILER TRANSITIONNEL

Souvenez-vous : à la fin de la saison, lors de l’épisode de Noël, Clara revenait sur sa décision de quitter le Docteur. Bouleversée par la mort de Danny Pink, elle retrouve espoir en profitant de la magie de Noël avec le Docteur, lequel n’a pu retrouver Gallifrey aux coordonnées que Missy, avant d’être vaporisée par le brigadier Lethbridge-Stewart devenu Cyberman, lui avait données. Vous pensez que c’est beaucoup d’informations ? Attendez de voir ce que la saison 9 vous réserve.

Car en effet, on nous avait annoncé le retour de Michelle Gomez dans le rôle du Maître dans ce premier épisode. Pas de surprise, donc, mais une entrée en fanfare comme le meilleur ennemi du Docteur sait le faire. Elle fait figer tous les avions dans le temps afin d’attirer l’attention de l’UNIT et de Clara, invitant celle-ci à la rejoindre pour lui expliquer que le Docteur lui a envoyé sa confession, chose qu’il ne ferait qu’à l’article de sa mort. Mais c’est pour mieux berner le spectateur, mon enfant…

©BBC

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Il est impossible d’en dire plus sans spoiler l’intégralité de ce premier épisode absolument ébouriffant. On sentait dans les teasers une saison dans la continuité de la précédente, où le vieux grincheux trublion écossais Peter Capaldi déambulait au milieu de situations plus angoissantes les unes (la Lune, une momie tueuse invisible) que les autres (l’Au-Delà, un braquage temporel), perlées d’un retour du refoulé mémoriel (Listen, Missy…). Si vous croyiez que cela s’arrêtait là, vous vous trompez, puisque pour ce début de saison 9 (qui commence avec une double aventure du Docteur), Steven Moffat semble mélanger des éléments de Doctor Who and the Curse of the Fatal Death, l’épisode parodique qu’il a écrit il y a une dizaine d’années avec Rowan Atkinson dans le rôle (et ici avec une Missy toute en séduction), mais en nettement plus sérieux ; et un schéma relativement similaire à la saison 6, où tout le fil rouge était celui de la mort du Docteur. Mais à l’image de l’imagination folle du showrunner, les choses ne sont pas aussi simples, et croyez bien que ces références ont tout à voir et rien à voir…

Que dire ? Que Steven Moffat, déjà, a ramené tout ce qui était possible et imaginable pour faire de cet épisode un épisode totalement whovian : un Docteur anarcho (ou anachro ?) – rock’n’roll (c’est le cas de le dire, mais au fond, ne l’a-t-il pas toujours été ?), sa nemesis (une Maîtresse plus délicieusement evil que jamais), une compagnonne investie (Clara ne va pas faire dans la demi-mesure pour son dernier tour de piste), un ou deux petits easters eggs (coucou les Oods dans la taverne et coucou les Sorcières de Karn) et surtout, des visages antagonistes bien connus (et une en particulier que le Docteur, multiface, a déjà affronté, en témoigne cette jolie référence au 4e Docteur), des figures récurrentes à travers le temps et l’espace, et encore de retour plus acharnés que jamais. Mais à miroir maléfique plus dur et plus large, le spectre d’action d’un Docteur prêt à tout pour sauver l’univers est-il pour autant plus large ? C’est la question que pose ce début de saison, et Capaldi et Coleman l’avaient dit en interview : jusqu’où peut-on aller ? Et jusqu’où l’espace et le temps jouent-ils en notre faveur sur le thème de l’immortalité ? L’épisode parodique évoqué plus haut le traitait sur le mode humoristique, la saison 6 le mettait en scène de manière bien plus sérieuse : l’espace-temps est quelque chose avec lequel on peut jouer, à coups de TARDIS et de paradoxes temporels. A l’image de Clara manipulant le Docteur à la fin de la saison 8, celui-ci va désormais devoir revoir les limites, ses limites…

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De manière plus générale, enrobé dans un papier cadeau estampillé « coucou les fans de la première heure, je sais la dette que je dois à la série, voici pour vous un épisode fou où vous pourrez apprécier au milieu des références l’immense Référence à un des personnages emblématiques de la série, le tout dans un double-épisode qui va pousser le Docteur à bout », Steven Moffat reste fidèle à sa ligne directrice assez sombre, voire torturée parfois, repoussant chaque fois un peu plus les limites de la série. Au passage, comme pour Sherlock qui ne donne pas de vraie explication de son retour à la vie miraculeux, Missy est ramenée à la vie sans une seule once de raison : car c’est bien plus marrant et bien moins fastidieux que de savoir comment le Maître a réussi à échapper à la mort pour la énième fois, cela fait partie du charme du personnage. Son face à face dans l’épisode avec Clara, personnage dont on voit les rides d’aventures éprouvantes et devenue un élève à même de dépasser le seigneur, est remarquable de tension et d’écriture. Moffat opère là où on ne l’attend pas, avec une exacerbation parfois folle, mais toujours dans les cordes et périmètre d’une série qu’il admire profondément, et qu’il s’attache à faire évoluer comme son personnage principal. Il l’avait déjà fait dans l’épisode Kill the Moon en saison 8, quand le Docteur fuyait ses responsabilités, et remet le couvert cette saison dès le premier épisode, mettant à mal tout ce qui fait le nom du Docteur : vertu, compassion, morale. Il semble que cette saison va aussi être celle d’un Docteur qui fait face aux conséquences de ses choix passés, comme David Tennant dans Waters of Mars, comme Patrick Troughton à la fin de son mandat, comme John Hurt dans Day of the Doctor. Là est la force d’un choix comme celui d’un Peter Capaldi, qui par son visage marqué prend parfaitement la suite d’un Matt Smith à la physionomie entre deux âges, et incarne très justement ce Docteur rongé par son passé et cherche toujours à le fuir, mais qui a aussi peur du futur que le Temps lui réserve, faisant face à ses démons sans trop savoir s’il est le magicien ou la sorcière (les deux titres de ces deux épisodes). Le personnage de Missy (brillante Michelle Gomez), qui se présente à la fois comme son pire ennemi mais aussi son meilleur ami, lui donne une dimension ambigüe des plus intrigantes… Un rôle éprouvant, mais qu’on le voit maîtriser avec un brio qui force le respect

Un premier épisode véritablement bouleversant, dans ce qui ressemble tout autant à une fin de saison qu’un début, et on a hâte de voir la deuxième partie la semaine prochaine, car le curseur a été placé très, très haut.