La comédie romantique peine à installer des titres dans l’escarcelle des films inoubliables en ces années 2000 et Jamais entre amis peine tout simplement à appartenir à un genre.

Jake et Lainey ont perdu ensemble leur virginité sur un coup de tête à l’université. Quand ils se recroisent 12 ans plus tard à New York, ils réalisent tous les deux qu’ils sont devenus des champions de l’infidélité. Prêts à tout pour trouver des solutions à leur problème, ils s’engagent dans une relation platonique sans tabous afin de s’entraider dans leur quête du véritable amour.

Le premier film de Leslye Headland, Bachelorette, réunissait quand même Kirsten Dunst, Rebel Wilson, Lizzy Caplan et Isla Fischer mais personne ne se souvient du film. Avec Jamais entre Amis (Sleeping with other people), Headland réunit encore un joli cast avec Jason Sudeikis (Les Miller), Alison Brie (Community), Amanda Peet (Togetherness) et Adam Scott (Parks and Rec). La bande annonce nous préparait à une comédie romantique à ranger du côté des Sex Friends et Sexe entre amis, une comédie sur le sexe avec une grosse base de comédie romantique. Le résultat est assez différent des attentes.

Parler de sexe aussi crûment et aussi dramatiquement est une mission en soi. Récemment, Love et autres drogues (avec Jake Gyllenhaal et Anne Hathaway) et Don Jon (de et avec Joseph Gordon-Levitt et Scarlett Johansson) réussissaient à concilier les genres et le thème. Jamais entre Amis peine à trouver une ambiance. Oscillant constamment entre deux genres, le film ne fait ni rire, ni frissonner d’émotions alors qu’il partait avec de bien belles idées. Lainey est une love addict et non une sex addict. Elle aime que son amant (Adam Scott) soit là dès qu’elle a un besoin irrémédiable de sexe. Mais ce besoin lui vient quand elle se sent perturbée. Cette idée de malade de l’amour est brillamment trouvée mais méchamment mal exécutée. Alison Brie arrive à faire de Lainey une femme désœuvrée et au bord de la crise de nerfs quand le script lui enlève toute ambition dramatique la minute d’après. Se cherchant de scène en scène, Jamais entre Amis ne fait pas rire non plus et à peine sourire. Jason Sudeikis est en retenue (ça lui va bien) à cause d’un script qui ne sait pas quoi raconter. Le film est alors trop prolixe et on s’ennuiera presque. Aucune scène ne vient relever l’intérêt du spectateur sauf dans la troisième partie. Il y a une scène entre Alison et Jason sur un lit qui a une portée romantique efficace. Alison Brie est parfaite en love interest du début à la fin. Pour ses adorateurs, ce film est un bonheur. Cette beauté ensorcelle chaque scène (sourire, jupe, lingerie, moue, regard pétillant, cheveux). Adam Scott est méconnaissable en gynécologue posé, calme, introverti. Il joue la félicité sexuelle de Lainey. Tout en retenu, son personnage tranche avec le désir extraverti de Lainey. Leurs scènes ont une portée dramatique qui auraient mérité un traitement plus tendu. Cet aspect bancal se retrouve dans les dernières scènes avec une conclusion très approximative.

jamais entre amis

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Reste que parler de sexe est difficile. Et quand on en parle, on se dit que la scénariste parle de choses qu’elle connaît. Et bizarrement, certaines scènes sonnent faux niveau sexe notamment celle où Jake explique la masturbation à Lainey. Malgré la tension sexuelle évidente chez les personnages (la moue de Lainey en dit long), on se dit que les explications de Jake sont… étranges. Dans les deux films sur les sexfriends à savoir, en VF, Sexe entre amis et Sex Friends avec Kutcher, Timberlake, Kunis et Portman (je vous laisse savoir qui est dans quoi, no pun intended), sortis récemment, le sexe graphique était très peu présent. Don Jon réussissait à montrer un peu de choses « crades » quand Love et autres drogues avait le privilège d’avoir une actrice qui s’est dévêtue. Jamais entre Amis est très pudique, même trop. Alison Brie a beau se balader en petite tenue, les draps s’arrêtent au nombril pour les hommes et au cou pour les femmes, le soutien gorge est encore là ou encore les attouchements se font hors champ. La suggestion n’est pas dérangeante en soi, il y a même des scènes aux positions plutôt osées, sauf que certains films auraient mérité un traitement plus « ouvert ». Evidemment, le fantasme de voir Alison Brie, Scarlett Johansson, Natalie Portman ou Mila Kunis nues existe (tout comme voir Justin, Jason, Joseph ou Ashton) mais un film sur le sexe sans le montrer (ou trop le montrer, ou mal le montrer cf. Love cette année) handicape la dimension artistique.

C’est assez noir et ça fait du bien de voir Adam Scott et Jason Sudeikis dans des rôles moins farfelus. Jamais entre amis est long, bavard mais permet enfin à Alison Brie d’avoir un premier rôle qui lui sied à ravir. Le film, malgré une mise en scène pauvre et un script maladroit, saura parler à certains mais ils seront peu.