La saison 3 d’ORANGE IS THE NEW BLACK est arrivée sur Netflix il y a quelques semaines et n’a pas fait grand bruit. À vrai dire, le problème des séries Netflix est de faire l’événement au moment de leur mise à disposition, puis de voir leur réception critique dispersée dans les limbes du web.

Cet review révèle quelques intrigues : anti-spoilers, passez votre chemin !

Nous avions laissé Vee en bien mauvaise posture, Alex et Piper en plein conflit et le reste des détenues au milieu de soucis « quotidiens ». Ce quotidien était devenu problématique pour la saison 2. Série portée par la fraîcheur de Piper Chapman, Orange s’est transformée en série chorale parsemée de moments de bravoure, de personnages hauts en couleur et d’intrigues bien senties. Là où le bas blesse, c’est que les personnages n’avaient pas tous la même intensité, la même dimension dramatique, voire le même intérêt. La série chorale perdait sa fraîcheur dans des scénarios où la gestion des identités et des personnalités entraient en conflit avec la gestion du rythme et du découpage indispensables à la fonction cognitive du public. En d’autres termes, l’importance donnée à certains personnages pêchait par manque de finesse.

Cette saison 2 était le symptôme d’une déconstruction de l’unité dramatique et dramaturgique. La saison 3 révèle encore bien des soucis. Cette gangrène créative se retrouve au sein des 13 épisodes de la saison 3. L’ennui guette le spectateur pendant 7 longs épisodes qu’un trafic de petites culottes viendra à peine éveiller. Chapman étant devenue un détenu de la prison « scénario » au même titre que le reste des personnages, aucun n’arrivait à tirer son épingle du jeu si ce n’est une Doggett ou une Crazy Eyes suffisamment bien incarnées pour sortir le spectateur de la torpeur. La saison 3 continue malheureusement sur cette voie avec des intrigues peu inspirées – Non, correction – avec aucune intrigue. La vie à Litchfield semble être agréable pour la plupart des détenues. Oui, OITNB est une comédie dramatique et les scénaristes ont gardé leurs cartouches « drama » pour les ultimes épisodes.

On peut tirer quelques grands thèmes cette saison comme la religion. Parsemant les épisodes de réflexion bien sentie sur la religion, OITNB ne s’arrête pas au conflit athée / chrétien, mais injecte un débat sur la foi. Entre Norma proclamée Sainte et guérisseuse ou Cindy décidée à devenir juive, il y a une volonté de traiter des convictions de chacun. La tristesse du quotidien d’une détenue est transformée dès lors qu’elle y trouve un réconfort dans quelque chose ou chez quelqu’un. La foi est alors une valeur refuge. Si Doggett faisait dans l’extravagance en saison 2, Norman et Cindy jouent sur deux tableaux différents. Norma est muette, cachant un bégaiement important, et Cindy a sa tchatche habituelle nuançant avec la profession de foi que ses parents lui ont imposée.

orange is the new black

©Netflix

Le sexe est plutôt une valeur secondaire cette saison, arme de chantage ou de plaisir, le sexe devient une récompense pour certains ou carrément une épreuve pour d’autres. Doggett intensifie son personnage avec son arc partagé avec Coates. D’abord coupable en saison 1 par son caractère méchant et désagréable, Doggett se déjoue des pronostics pour s’autoproclamer coupable après un viol. Son flashback la définit comme victime des incessants gestes nauséabonds de connards finis. Mais Doggett ne cherche pas d’excuse. Elle se dit responsable. La force de cet arc où elle se dit coupable tout en jouant la victime de son comportement est d’une profondeur dramatique assez intense. La gestion du viol est alors totalement inédite pour ce genre de production. Le pathos est géré d’une manière admirable.

La grosse maladresse de cette saison a été de ne trouver aucune intrigue suffisamment forte pour tenir la saison. Un trafic de petits culottes se dessine pour supporter la seconde moitié de la saison et occuper le tiers des personnages. Le schéma classique d’un épisode est de présenter une intrigue A, forte qui tient les 2/3 de l’épisode, une intrigue B suffisamment intéressante pour désengorger les informations de l’intrigue A et enfin une intrigue C, optionnelle, qui occupe 1/4 de l’épisode. Cette dernière est souvent légère. La saison 3 dOITNB n’est quasiment constituée que d’intrigues B et C. Il semblerait que dans la writer’s room, chacun a en charge un personnage ou un épisode et aucun ne s‘échange les idées. Il peut arriver que dans un épisode, une scène arrive, sans lien de près ou de loin avec les personnages ou l’intrigue. Il ne produit aucune cohérence dans les propos de la scène effaçant alors toute empathie ou implication du public. Cette saison 3 est une humiliation de la dramaturgie. Quand une idée survient, elle tombe comme un cheveu sur la soupe. Bennett a un semblant de psychologie, mais aucun suivi. Il quitte le navire après quelques épisodes laissant Dayanara orpheline d’intrigue suffisante. Nicole va en QHS sans nouvelle de la jeune fille par la suite. Doit-on conclure que la vie en prison n’est pas la même qu’à l’extérieur, que l’on oublie ses scrupules sur certaines, que la sélection naturelle des sentiments s’adapte ?

Les Inrocks parlent d’une saison légère (lire l’article), alors qu’elle n’a jamais été aussi dramatique dans ses sujets. Simplement, le traitement scénaristique survole la psychologie. On échappe à toute vraisemblance à coup de sur-utilisation des enveloppes des personnages. En bons stéréotypes tendants vers l’archétype magistral en saison 1, Orange Is The New Black n’est plus bonne qu’à gaver le public de bons personnages enfermés dans leurs stéréotypes entre l’ingénue, la lesbienne, la black qui parle fort, la black qui s’agite, le gardien trop gentil, la petite grosse marrante, la lesbienne en chaleur, le chef bourru, le WASP trop parfait. Chapman s’endurcit et contrebalance avec le personnage d’ingénue de la saison 1. La vraie gentille devient fausse gentille et perd quelques points d’intérêt. Elle n’est jamais cohérente.
L’audace n’est plus de mise sauf à de rares occasions qui se comptent sur le doigt d’une main.
L’épisode sur la fête des mères (2×01) était d’une tendresse étonnante qui contrebalançait avec la scène cruelle, glauque et ironique de Doggett qui parle à ses enfants « qui n’ont jamais existé », à ses avortements représentés par des petites croix plantées dans la terre. À chaque croix, un prénom, et à chaque prénom un souvenir glaçant. Dans le même épisode, la scène entre Sophia et son fils survolait un sujet qui méritait mieux. On parlait transgenre, relation père / mère et ce sujet resurgira en fin de saison par d’autres moyens. Laverne Cox n’a jamais eu de grande storyline liée au transgenre et OITNB aurait été la place parfaite pour ça. La saison 4 reprendra sûrement le chemin que les traces de la saison 3 ont laissées. Le final ne peut pas être détesté, tout semble cohérent dans la gestion de tous les personnages. Parler de la liberté est à chaque fois… libérateur de l’aspect anxiogène de la série. Bien que longue, la séquence du lac fait respirer tout ce petit monde.

La grande force de la série reste dans la gestion des rapports amoureux souvent délicats. L’ajout de Ruby Rose dans la série dans le rôle de Stella apportait un peu de fraîcheur dans la vie de Piper. Leur relation timidement traitée aurait dû et pu être l’un des fleurons de la saison. Red et Healy se sont découverts et, en dehors de la soudaine attirance des deux personnages, il y a un potentiel intéressant. Cette saison 3 a plutôt réussi à renforcer certains personnages forts et indispensables comme Crazy Eyes en n’omettant pas que sa storyline de romans pornos n’était pas l’idée du siècle. Série chorale, OITNB pêche par excès de confiance. Il ne suffit pas de rendre compte de la vie en prison pour proposer des drames humains « tout faits ». Il est temps aussi de faire partir certaines détenues, de faire vivre un peu cette prison.

Rendez-vous l’an prochain… Si ça en vaut la peine avant d’être une sentence.