La nouvelle série de Neil LaBute s’amuse avec les limites du moralement correct dans une satyre romantique.

Diffusée en mai dernier sur DirecTV, la comédie en 10 épisodes de Neil LaBute n’a pas trop fait parler d’elle. Petit bilan de la saison 1 sans spoiler.

Dès le pilot, la série plonge le téléspectateur dans l’action et le fait établi. Billie et Billy émergent après une nuit d’ébats amoureux. Visiblement, ils se connaissent bien, mais ne se sont pas croisés depuis quelques temps. Et en effet, quand on dit bien, cela signifie qu’ils ont grandi sous le même toit pendant quelques années puisque respectivement la mère de l’une est mariée au père de l’autre… Ils se questionnent alors sur la possibilité d’une relation amoureuse et notamment sur les conséquences d’une telle décision.

©DirecTV

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Comme le suggère si bien Billie de ne pas trop précipiter les choses, tout se passe très lentement. Sur dix épisodes, on sent quelques va-et-vient, quand ils avancent d’un pas, c’est pour mieux reculer. D’un côté, le rythme permet de conserver un aspect très réaliste car qui ne serait pas hésitant dans cette situation, mais de l’autre, cette analyse d’une relation un peu spéciale perd de son humeur au fur et à mesure que ça s’allonge. En tout cas, Seth Cohen Adam Brody a bien grandi, adieu l’embarras du petit nerd, place au cool geek un peu bobo qui aligne les filles mais qui semble sincèrement aimer sa sœur, enfin demi-sœur, enfin la fille de sa belle-mère. Et quand il s’énerve, il ne fait pas semblant. Quant à Billie, étrangement, je n’ai jamais vu quelqu’un réagir avec autant de naturel et de réalisme qu’elle. Lisa Joyce incarne parfaitement cette fille un peu cynique qui a perdu confiance en elle. Ils réussissent tous les deux à diluer de l’humour dans leur jeu, tout en restant assez mornes. Les personnages secondaires les encadrent très bien et malgré quelques lourdeurs, ils proposent des points de vue pertinents.

Des didascalies de lieu servant de transitions entre les scènes se présentent sous la forme de phrase dactylographiées, et rappellent sans difficulté que le créateur de Billy and Billie, Neil LaBute provient du théâtre. D’ailleurs, la majorité des scènes regroupent des plans fixes dans des lieux fixes, et tant mieux puisque sa série repose principalement sur la force des dialogues. A l’origine, il s’agissait d’ailleurs d’une pièce qui devait simplement raconter le lendemain de leur ébats, on le ressent bien à l’écran cette dominance théâtrale. On le voit bien avec le comique de répétition avec les serveurs dans chaque restaurant, situation facilement mise en scène. Provocateur ? Quand on lit le sujet, la réponse fuse : complètement. Quelle que soit la relation, le regard que porte les autres dessus touche forcément. Son entourage, ses amis, sa famille, jugent facilement le nouveau partenaire… Bon, concrètement, nulle part il n’y a de l’inceste, même si au début, ils se qualifient de « frère et sœur » ce qui peut être un petit peu perturbant. Mais on n’arrive pas au stade de Game of Thrones. Après, ils jouent énormément sur ce malaise, la raison d’être même de la série.

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Cette rom-com des temps modernes se rapproche des comédies qui veulent faire rire sans forcer, par la seule force de son écriture un peu cynique. Parfois ça marche, et d’autres fois non. Mais la qualité principale de Billy and Billie réside principalement dans sa simplicité. Pas de musique poussive pour déconcentrer le spectateur, ni de la contemplation, chaque geste possède un sens et chaque mot remplit un rôle. En plus, même s’ils finissent ou commencent presque chaque épisode au lit, il n’y a pas une surexposition de sexe. Non, la discussion tourne vraiment autour de la relation.

(P.S. : Je n’arrive pas à imaginer une telle situation dans la vie réelle. Mais comme le dit le personnage de la meilleure amie de Billie, « je me croyais progressive, mais pas à ce point progressive »…)