Un peu tardivement mais toujours à l’affiche, revenons sur le film de Diastème qui avait suscité une polémique bien avant sa sortie nationale.

Sorti le 10 juin, et toujours à l’affiche dans certaines salles, la quête d’identité de ce skinhead repenti a fait parler de lui quant à son sujet délicat dans l’atmosphère politique actuelle.

Un Français présente un pan de la vie de Marc (Alban Lenoir, très juste), des années 80 à de nos jours. Le jeune homme de milieu modeste appartient à un gang de skinheads, dans le sens le plus littéral du terme. D’extrême-droite, considéré comme un néo-nazi par ses mêmes camarades, il tabasse les Arabes, fliquent les homos, et menace tous les faux Français. Mais des doutes vont l’assaillir quand une crise de panique lui tombe dessus dans un bus. Ses convictions sont dictées par l’envie de suivre ses amis plus que par idéologie personnelle. On se rend compte que Marco est lui-même une victime de ses croyances, il ne peut plus s’en détacher sans renier son entourage.

Renforcé par les faits divers historiques politiques français grâce aux images d’archive en permanence dans le fond, Un Français tente de marquer le coup et de constater cette remontée du nationalisme sans prendre parti même si les faits sont là… On suit les pas de Marco qui lutte intérieurement, après avoir emprunté une mauvaise voie si on le croit, et ce conflit ne transparait vraiment pas par les paroles, sauf dans son agressivité permanente qu’il parvient à atténuer à mesure qu’il mûrit et prend conscience de ses actes. Malheureusement, ses « amis nationalistes » gardent toujours des caractères unidimensionnels et reflètent des stéréotypes de notre société. En tout cas, la naissance du front national est expliquée dans le fond, et cela éclaire bien le fonctionnement d’aujourd’hui.

©MarsDistribution

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Toutefois, le spectateur reste à distance de la vie du héros, il le suit et l’observe avec attention et se perd un peu après chaque saut temporel, sans réussir à s’immerger complètement dans son histoire. Tourné en 30 jours, le sentiment urgent d’Un Français canalise la frustration d’un parti et sa résurrection à travers les yeux d’un ancien adhérent. Le film se veut réaliste, aidé par une caméra à l’épaule qui cherche le regard souvent hagard de son héros. Son réalisateur, Diastème, s’était exprimé un peu avant la sortie en salles du film à cause des désistements de certains cinémas quant à l’avant-première prévue. Il considère que son long-métrage gêne et s’en réjouit même si les réactions violentes des « fascistes » le surprennent, mais désespère que ce soit au détriment de sa diffusion. Les films français qui dérangent font souvent parler d’eux dans l’actualité, mais s’ils percutent de par leurs sujets, ils ne rentrent pas encore dans la catégorie des grandes œuvres.

(P.S. : Je trouve que Lucie Debay arbore une forte ressemblance avec Kelly Reilly… Oui.)