Après une quinzième édition qui avait voulu marquer le coup mais avait fait preuve d’inexpérience voire d’incompétence, la Japan revient à une formule plus classique pour la seizième. Reportage.

Une seizième édition placée sous le signe du jeu vidéo (la précédente était plutôt cinéma), puisque la Japan Expo a réussi à faire venir LE dieu du vidéoludisme, seul dans sa catégorie a être Chevalier des Arts et des lettres en France, celui qui a développé les plus grandes licences (Zelda, Starfox, Mario entre autres), le Miyazaki du jeu vidéo : Shigeru Miyamoto. A la différence de la masterclass de Kitaro Kosaka l’an dernier où on avait droit à une traductrice à la ramasse et un animateur perdu, celle de Miyamoto s’est déroulée entièrement sous le contrôle de celui-ci, qui a pu ravir les fans en présentant les petits nouveaux Starfox Zero et Super Mario Maker sur Wii U, principales attractions de la conférence, égayée par les irruptions du bras droit de Miyamoto, Takashi Tezuka, et du réalisateur du jeu en vogue du moment, Splatoon, Tsubasa Sakaguchi, tous deux armés d’un pistolet à eau aspergeant le public. Une masterclass sympathique, en somme, qui a joué la sécurité (Miyamoto devant être très dur à faire venir), et a eu l’intelligence de réserver une salle au génie (tandis que Kosaka avait eu une scène en plein air). On n’est jamais mieux servis que par soi-même, dure leçon retenue, après que Kosaka l’an dernier se fut vu reléguer au second rang par un illustre inconnu.

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Côté tréfonds de l’Internet, idem : Benzaie, Linksthesun, l’auteur du Point Culture, accompagné de ses frères, et le Joueur du Grenier ont pu gérer leurs conférences respectives eux-mêmes. Le côté comique n’en a été que renforcé : présidée par les trois frères, concentrée dans une salle clos, la séance de questions/réponses fut très drôle (Links répondait aux questions les plus farfelues qui soient, entre deux vannes avec ses frères), détendue, agréable, et on regrette seulement que cela n’ait duré qu’une heure. Etonnant, dès lors, que la conférence du Joueur du Grenier, qui avait lieu quasiment dans la foulée (mais à l’autre bout du salon), ne se fut pas déroulée dans les mêmes conditions : les deux comparses avaient droit à une scène, en plein air, juste à côté du stand Just Dance qui fonctionnait à plein volume. Dès lors, seuls les Barry Allen en puissance et les plus patients ayant réservé leur place depuis des heures avaient une place assise qui leur permettait d’entendre ce que le tandem disait. Cerise sur le gâteau : les questions étaient soumises à sélection, puisque le staff jugeait de son propre chef quelles questions pouvaient être posées ou non, sous prétexte que l’invité avait déjà répondu sur Twitter ou FAQ (alors que les fans ont, très probablement, vu les FAQ). Concept injuste (de quel droit le staff décide-t-il de son propre arbitre, alors que toute question peut être finalement posée, et que le public est sensé être roi dans une masterclass d’une heure faite aussi pour lui, et qu’il est déjà dur de se faire remarquer dans une foule dense ?) et étrange, doublé par le fait que des questions telles que « C’est dur d’appeler Boblennon par son pseudo ? », ou des questions auxquelles les réponses venaient d’être données ont pu être posées… Plus encore, cela n’est arrivé que lors de cette conférence, et non chez Benzaie ou Linksthesun. Erreur stratégique, ici, de la Japan Expo, dans la mesure où le Joueur du Grenier est le youtubeur le plus prisé lors des conventions : pourquoi ne pas le mettre à la suite de Linksthesun, dans la même salle ? Certains, sourds de circonstance, ont ainsi préféré partir…

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Question pratique, la Japan Expo a alterné le bon et le moins bon. Ainsi, durant les quatre jours, et malgré la chaleur corporelle de milliers de visiteurs, la canicule ambiante a vu ses effets réduits par la puissante climatisation active au salon. Un bon point, dans la mesure où venir en RER était pénible, coincé parmi les fans dans des cosplays parfois très lourds, et donc très chauds, à porter. Mais ce fut toutefois le calvaire, le jour de l’ouverture… pour ceux qui AVAIENT leur billet. Il semble en effet que les non-possesseurs d’un billet soient allés plus vite que les possesseurs. Inutile de dire que l’heure supplémentaire accordée en cas de pré-réservation n’a une fois de plus servi à rien, puisqu’arrivés à 9h, certains ont fait la queue deux heures durant, sous un cagnard bien évidemment très prégnant. Réserver en avance devrait pourtant vouloir dire que l’on passe plus vite : mais en fait, cela ne signifie plus rien, puisqu’au fond la réduction tant financière que temporelle n’en est plus une (une heure supplémentaire gaspillée, et un prix seulement amputé de cinquante centimes. Ebeneezer Scrooge likes that). Heureusement, cela n’a été le cas que pour le jeudi, à l’inauguration… Sinon, la routine habituelle : les épées et autres goodies sont de plus en plus chers (il est difficile de trouver une belle denrée à moins de 15 euros, seul Legend Icon, boutique de Tshirts geeks, propose une réduction intéressante), la nourriture, pour qui a oublié ses sandwichs, hors de prix (Paul double presque ses tarifs, pour des menus allant jusqu’à 13 euros pour un sandwich, une bouteille d’eau et une part de gâteau !!!), et les dédicaces sont accessibles aux plus chanceux (on imagine la tête de ceux qui ont un billet premium à 65 euros minimum, même avec leurs chances augmentées, perdre au tirage au sort…). Bref, des ajustements structurels toujours pas réglés, pas aidés certes par le contexte économique et le nombre de visiteurs à contenter…

Une Japan Expo qui revient donc à quelque chose de plus classique, ne portant pas tout le poids de son impact (haha) sur ses épaules, mais encore en rodage au niveau de l’organisation. L’expérience reste comme d’habitude agréable, entre cosplays, rires, tests de jeux, tournois (avec cette année le nouveau Mortal Kombat X, où la youtubeuse Kayane règne en maîtresse incontestée), créations originales (voir notamment League of Replica, qui crée des costumes de toute beauté pour montrer que tout le monde peut faire un cosplay exceptionnel), qui font la beauté de l’événement et un rendez-vous incontournable de début d’été. La menace (ou alliée ?) Comic Con, détachée de la Japan Expo depuis deux ans maintenant, pourrait toutefois lui mettre à terme des bâtons dans les roues. Réponse en octobre pour la première édition !