La série d’anticipation de Channel 4 adaptée d’une série suédoise séduit le public anglais.

Humans est le versant britannique de la série suédoise Real Humans (Äkta människor), annulée l’année dernière au bout de deux saisons (bilan de la saison 1 et de la saison 2 disponibles). Le pitch est exactement le même, ils n’ont même pas daigné changer certains noms. La société actuelle, dans un futur proche, est peuplée de robots, nouvellement baptisés des synthétiques « synths » qui deviennent omniprésents dans la vie quotidienne. Ils occupent des postes dont personne ne veut, distributeur de journaux, techniciens de surface, femme de ménage, et bien sûr, travailleurs de la nuit. Bref, ce sont les nouveaux immigrés qu’on relègue au plus bas de l’échelle sociale. Certains habitants restent réfractaires à leur intégration, mais d’autres y voient le début d’une nouvelle espèce. Leo (Colin Morgan), leader des synths libres qui ont réussi grâce à un code à s’émanciper de leurs programmes, se sépare par accident de l’amour de sa vie. Celle-ci se retrouve comme hubot synth domestique chez une famille banlieusarde typique, avec une mère trop occupée pour prendre soin de ses trois enfants et un père trop confiant pour son propre bien.
En deux épisodes, la mère, Laura (Katherine Parkinson), s’aperçoit qu’Anita (Gemma Chan) a un dysfonctionnement même si elle n’arrive pas exactement à mettre le doigt sur ce qui cloche. Elle se rend compte que son comportement ne colle pas à celui d’un synthétique « normal ». Parallèlement, la quête de la libération des synths continue…

©Channel4

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Une vague de science-fiction fleurit en ce moment, et Humans apporte sa contribution à la thématique récurrente du robot telle la vision d’Asimov. Sur grand écran, Ex-Machina est toujours à l’affiche, et dans les séries, on a bien entendu Mr. Robot. Là, où Real Humans proposait un véritable enjeu, l’aspect politico-social avec notamment le droit des hubots, Humans appauvrit le sujet et se contente d’exécuter un traitement en thriller. En soi, les deux premiers épisodes ne sont pas mauvais car ils restent intrigants et plein de suspens, surtout pour tous ceux qui n’ont pas vu Real Humans, et projettent avec pertinence un reflet de notre propre société avec ses vices et cette peur de la technologie. La place de la machine est remise en cause, avec celle de l’être humain. Toutefois, pour ceux qui étaient intéressés par les enjeux sociaux, pour le moment ils ne sont que peu abordés, on va bien voir comment se déroulent les six épisodes restants.

On ressent bien cette lassitude d’être loin de la perfection des synthétiques chez l’aînée de la famille Hawkins, qui perd foi en l’humanité et traite les synths comme de vulgaires objets jetables. Sa mère, bien que plus respectueuse, n’arrive pas à cacher sa propre insécurité face au remplacement qu’effectue Anita. A leur opposé, il existe cet attachement réel que les humains peuvent éprouver envers leurs robots, comme chez George qui considère son robot comme un fils malgré le fait qu’il soit clairement obsolète, avec qui il partage des souvenirs alors que lui-même sombre dans l’Alzheimer. A cela, il faut ajouter les enquêteurs qui poursuivent le groupe de Leo dont les objectifs demeurent flous pour le téléspectateur. L’histoire parvient à captiver l’audimat, et on peut remercier les acteurs…

Tout ça, encore une fois, à l’instar de Real Humans repris par les scénaristes de Spooks Sam Vincent et Jonathan Brackley. Concrètement, l’adaptation est une pâle copie de l’originale, et pour une fois, j’aurais préféré qu’ils s’éloignent plus, beaucoup plus. Au niveau de la réalisation, cela pèche encore plus… Déjà, les hubots semblaient incroyablement authentiques, alors que les synths sont juste assez maquillés pour avoir une peau d’intelligence artificielle mais ne dégagent pas la robotisation des mouvements de leurs homologues. Ensuite, le monde aseptisé à la suédoise devient une société anglaise un peu brouillonne, ce qui enlève l’ampleur de l’impact du côtoiement quotidien des robots. Puis toute la révolution des machines rebelles passe un peu à la trappe dans ces deux premiers épisodes, qui se concentrent principalement sur Anita et la seule raison qui apparait pour que Leo ait envie de la retrouver, c’est son amour pour elle… Oui, mais non.

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Humans obtient l’un des meilleurs score d’audience pour Channel 4 (diffusée sur AMC aux Etats-Unis) depuis 1992 pour une série originale, et se dirige vers une commande de saison 2, qui on l’espère, divergera plus de son modèle. La promotion de la série a traversé l’écran, puisqu’une marque factice a été créé à cet effet, Persona Synthetics dont les affiches décoraient les murs de Londres, similaire à la démarche des Suédois pour Hubots.

(P.S. : Véritable déception, Black Mirror dans son genre vaut bien plus. La série est présentée à Séries Séries qui se déroule en ce moment à Fontainebleau.)