La série Community s’est achevée il y a quelques jours avec une saison 6 inespérée et proposée par Yahoo. Fin définitive ? Adieu incertain ? Community a toujours eu du mal à partir. Cette saison 6 était un pari osé. Verdict.

Sur Yahoo, le format 20 minutes n’était plus d’actualité et les scripts pouvaient enfin se libérer de ce rythme narratif. En début de saison, ce sera d’ailleurs ce qui gênera. La série peine à trouver un rythme efficace. 25/28 minutes d’épisode changent beaucoup de choses ! Déçus par les trois premiers épisodes sur 13 de cette saison 6 de Community, il fallait s’armer de patience pour reprendre du plaisir devant la série de Dan Harmon. Grand bien m’en a pris puisque les 4 et 5 sont des grandes réussites. Il en a fallait peu pour me satisfaire : être drôle et original. Les deux épisodes ont réussi là où les trois autres avaient échoué. Bonjour les punch lines, les idées idiotes mais bonnes et l’alchimie entre les personnages, Community retrouvait sa verve d’antan. Avec l’hémorragie d’acteurs (Chevy Chase, Yvette Nicole Brown et Donald Glover pour les premiers rôles, John Oliver et Jonathan Banks pour les secondaires), Community repartait chaque année avec un lourd handicap. Ces aléas de production ont entaché l’aspect artistique de la série qui a proposé de moins en moins d’épisodes d’anthologie pour devenir une série qui se cherchait perpétuellement.

L’aspect fondamental de la série, l’esprit de groupe, revenait sur le devant de la scène avec moins d’intrigues secondaires et tertiaires et davantage de scripts choraux. Si le 6×07 Advanced Safety Features était plutôt bien équilibré dans les sous-intrigues sans être vraiment original, Intro to Recycled Cinema revenait aux bases mêmes de l’esprit Community avec une réutilisation du film suédé inspiré (mais qui pourrait faire peur à beaucoup) et Grifting 101 revisitait le film d’arnaque avec une certaine fraîcheur qui allait bien à la série et aux personnages.

Community saison 6

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C’est à partir du 6×10, Basic RV Repair and Palmistry, que la série repart à un niveau assez haut. Le groupe est de toutes les scènes, chaque personnage est parfaitement à sa place et Elroy et Frankie parviennent à doser leur intervention. La série redevient drôle sans forcer les traits. Les scripts fonctionnent avec un naturel qui fait du bien. Le ton de la série s’intercale à merveille avec des phases de comédie plus classiques. On sort de Greendale avec ses automatismes qui étaient devenus des barrières. Dès lors, la série se permet de revenir au paintball avec Modern Espionage tout en ne faisant pas dans la surenchère. Le spectateur appréciera alors la justesse des gags, des dialogues et des personnages. Le trop plein de la saison 3, le regard faux de la saison 4 et les tentatives lassantes de la saison 5 sont loin derrière. En bout de parcours, Community se dit qu’elle doit préparer sa sortie. Après un épisode chorale, un épisode paintball, elle s’offre un épisode en mockumentaire tout en injectant les mécanismes de la série.  Wedding Videography est une bien belle réussite entre hommage à The Office (d’où le clin d’oeil lors d’une scène) et tentative de revisiter encore une fois les modes de narration télévisuelle. A ce titre, l’utilisation des flashbacks dans Basic RV Repair and Palmistry est d’une intelligence rare, prétextant une vision méta de la situation et en placant Abed en pivot (un personnage qu’on ne cessera jamais de mettre sur un piedéstal, là où il doit être, quand certains le sont depuis trop longtemps *wink wink* Sheldon Cooper).

Community saison 6

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Et c’est dans un dernier élan que Community n’aura jamais été aussi méta. Emotional Consequences of Broadcast Television conclue cette saison en proposant un regard juste et innovant sur ces personnages. A la fin de leur année, que vont devenir les personnages ? Que serait une saison 7 de leur vie ? Dan Harmon se met à la plume avec Chris McKenna et revisitent la série, reparlent de la télévision et terminent l’épisode d’une bien belle manière. Il faut voir cette séquence finale qui fait suite à une scène d’au-revoir assez étonnante car elle reprend les poncifs de ce genre de scène. Dans cet épilogue, la comédie laisse palce à un regard assez noir sur le rôle de la fiction dans nos vies… Presque poignant !

Community saison 6

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Keith David et Paget Brewster ont fait le job. Ils ont pu rééquilibrer tout le groupe pour ne pas offrir un Jeff ou un Abed Show pour se sortir des noeuds narratifs. Le personnage de Frankie a une ligne de dialogue pertinente dans le dernier épisode où elle dit qu’elle n’a pas eu d’histoire avec Jeff. Il a été en effet intéressant de constater que les histoires d’amour n’ont jamais plombé la série et n’ont jamais été un élément de pure narration accessoire. Le dernier épisode a pourtant utilisé ce poncif dans une scène réussie. Repensons aussi à la petite amie d’Abed, oubliée, qui était une addition controlée et intelligente pour l’évolution du personnage d’Abed.
Abed et Annie ont été un beau duo, Britta a trouvé sa place entre répartie et vilain petit canard, Abed a trouvé son juste dosage d’intervention et Jeff n’a pas volé la vedette aux autres. Cette année est une année réussie pour Community qui reviendra pour une saison 7 si les indicateurs sont tous au vert… mais ne serait-ce pas étrange d’avoir une septième année quand on rallie Six Seasons and A Movie depuis trois saisons ? Serait-ce un aveu… d’échec d’avoir une nouvelle saison sans film ? Serait-ce un comble d’être déçu de ne pas terminer sur un film quand une saison 7 d’une dizaine d’épisodes serait proposée ? Community peut-elle durer encore une année non sans revoir encore une fois son cast ? La moitié des acteurs ont des séries en cours, Community n’a pas 9 vies et en a épuisé déjà beaucoup. Rien n’est écrit.

« La télé, c’est réconfortant. C’est un ami que tu connais bien, et ça fait si longtemps que tu vis avec que ce n’est pas grave s’il ne t’appelle pas quand tu es mal. » Abed – 6×13

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