Nous avons pu assister la semaine dernière à la projection, dans le cadre du Champs-Elysées Film Festival, à la projection du fabuleux documentaire réalisé par M.B Nichols et C.K Walker. Plus encore, il nous a été permis de poser par la suite quelques questions au producteur, Jenner Furst.

Le film compte le déroulé de la tentative de prise de pouvoir de Craig Cobb, zélateur de la suprématie blanche, dans une petite ville de Dakota du Nord. A mesure que son attitude devient menaçante, les tensions montent et les habitants de la ville cherchent désespérément à se débarrasser de cet intrus. 

Etrange objet que ce Welcome to Leith. A la fois fascinant et terrifiant, le documentaire montre les dérives possibles de la liberté d’expression totale dans les villes minuscules et coupées du monde, de par le portrait aride et inquiétant de Craig Cobb, suprématiste blanc qui a bien failli s’emparer d’une ville sans défense, de manière purement légale. On vous retranscrit ici l’échange eu avec le producteur, qui a fait suite à la projection du film.

Journaliste : Le film que vous avez produit est américain, se passe dans une province américaine. Pourtant, il n’est pas difficile pour nous européens d’y voir l’écho de la résurgence de l’extrême droite en Europe. Y a t-il une corrélation possible et voulue entre les deux faits, ou peut-on plutôt parler d’une certaine universalité du propos?

Jenner Furst : L’extrémisme, le racisme, l’ignorance sont des sujets globaux, universels. En USA, la ligne de démarcation avec les autres pays d’Europe, et notamment la France, est le caractère illimité de la liberté d’expression. Depuis la Seconde Guerre Mondiale, on ne peut pas tout dire ou faire en Europe, la chose est différente aux Etats-Unis, notammment à cause du Premier Amendement. Cobb a par exemple, avant sa tentative de prise de pouvoir, été expulsé d’Estonie à cause de son comportement. C’est impossible aux USA.

 

Welcome to Leith

Craig Cobb

 

J : Welcome to Leith, selon vous, serait donc un portrait des USA, avec ses contradictions et ses paradoxes?

J.F : C’est précisément ce qui nous a intéressé dans cette petite ville, c’est qu’elle était une vraie métaphore de ce que sont les USA, une sorte de reproduction en miniature du continent. On a été le plus objectif possible, pour faire le portrait de cette personne qui se défendait du Premier Amendement de la Constitution pour faire de cette ville un repère des suprématistes blancs. Ces gens ne voulaient rien avoir à faire avec lui, se sont défendus. C’est bien le paradoxe entre l’Amérique à la toute puissante liberté d’expression et celle vue comme un berceau du racisme et de ce type de mouvement.

J : Comment travaille-t-on sur la durée, pour ce type de projet?

J.F : En tant que producteur, je pense qu’il faut simplement vraiment le vouloir. Beaucoup de facteurs sont à prendre en compte pour qu’un film de ce genre puisse sortir : être au bon endroit au bon moment pour certaines actions et certains moments capitaux, c’est le facteur principal. Le film, au départ, à cause de cette difficulté, devait être beaucoup plus court, mais j’ai un peu forcé pour qu’il soit plus long, un sujet de ce type ne pouvait pour moi être tourné à la va-vite. Je pense qu’il faut toujours savoir se battre pour qu’un film de cette ampleur sorte.

J : Comment avez vous été mis au courant de l’arrivée de Cobb dans cette ville ? Et comment l’avez vu convaincu de produire tant de vidéos personnelles ?

J.F : Le New York Times en a parlé, puis Chris et Mike (les réalisateurs) s’y sont rendus. Dès leur arrivée, le maire de Leith leur a expliqué que les journalistes en question étaient vite partis, tout de suite après la parution de leur article. Convaincre Cobb leur a été assez simple, il suffisait de lui expliquer qu’ils n’étaient en aucun cas là pour diaboliser le mouvement, mais simplement pour produire un film le plus exhaustif possible à ce sujet, ce qui était d’ailleurs le cas. Par ailleurs, ce genre de personne veulent de la publicité, ils vivent pour cela, pour que le monde entende leurs projets et leurs théories. Mais ils ont tout de même vérifié les ascendances des réalisateurs, j’ai donc, en tant que juif, dù rester invisible pour le bien du film. Cobb l’a d’ailleurs remarqué à Sundance ! Il était, par ailleurs, très cordial, preque amical avec les réalisateurs durant tout le tournage. Il est très content du film ! (rires)