La semaine dernière était l’occasion de nous rappeler au bon souvenir des Marcheurs Blancs, les plus terrifiants guests stars du monde. Mais si eux trustent le bas du thermomètre, c’est bien Daenerys qui a le monopole du haut. Explications

ATTENTION SPOILER TRANSITIONNEL

Dans l’épisode précédent, Jon Snow et les Sauvageons, qu’il était venu chercher pour négocier une alliance fragile, étaient attaqués par une armée de morts-vivants à Durlieu. La raison ? Les Marcheurs Blancs, dont le roi, sitôt la bataille terminée, ranime les morts pour en faire de nouveaux soldats. Daenerys, quant à elle, rencontre Tyrion Lannister, à qui elle décide d’accorder sa confiance, tandis qu’elle bannit Jorah Mormont. Arya continue son apprentissage, qui passe par l’assassinat, comme son maître Jaqen H’ghar. Enfin, Cersei est maltraitée en prison, mais n’en perd pas son orgueil pour autant

Cette semaine, Daenerys assiste pour la première fois aux Jeux de Meereen : autant dire qu’il y a du sport, mais tout ne se passe pas comme prévu. Durant sa ballade quotidienne en ville, Arya voit débarquer Mace Tyrell et Meryn Trant, celui-ci étant dans sa liste de personnes à tuer ; elle entreprend alors de l’espionner. Stannis essuie un nouveau coup dur quand son camp est attaqué et mis à feu. Il en est réduit à envoyer demander de l’aide de Jon Snow, et à quelque chose de bien pire… Enfin, Jon Snow rentre le coeur lourd, et Jaime négocie la libération de Myrcella.

©HBO

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Ah, l’épisode 9. Le moment le plus redouté, le plus honni aussi, depuis la saison 3 et ses Noces Pourpres qui avaient traumatisé des millions de fans. C’était le temps où la série ne s’éloignait pas (encore) trop des livres, et nous laissaient donc impuissants face à la fatalité. Mais les choses ont changé depuis, la série s’est affranchie des livres et maîtrise nettement plus l’équilibre de la balance du destin. Equilibre plus ou moins retrouvé, puisque le traumatisme n’a relativement pas été renouvelé à l’épisode 9 de la saison 4 (sauf pour les fans d’Ygritte), et cette saison ne fera pas exception… encore que. Pour cet avant-dernier épisode, la série rappelle au bon souvenir de sa cruauté puisque deux personnages secondaires et une flopée de figurants sont tués au cours de scènes très intenses, dont une qui manie fort bien le hors-champ pour rendre encore plus insoutenable son propos. A travers cette scène, qu’on ne spoilera pas, la série rappelle que toute la pyramide des âges, et surtout la jeunesse, est concernée par ce feu sacré, à travers, et c’est bien là toute l’ironie, le prisme du choix, qu’il soit de notre plein gré ou non

C’est Stannis qui continue dans cet épisode le débat lancé par Olly dans le précédent, demandant à Sam si le choix de Jon Snow de s’allier avec les Sauvageons était le bon. En fin de compte, la justice implacable qui « veille » sur Game of Thrones et son monde oblige à faire des choix, en particulier des choix déplaisants : les personnages vivent dans un monde pourri, qui les forcent à choisir, pour plus tard encore choisir ce qui ne nous plaît pas, et ainsi rester dans une boucle infinie qui ne fait que renforcer cette toute-puissante justice implacable. Certains s’y complaisent, d’autres la combattent, d’autres encore tentent d’y échapper, certains collaborent avec elle bon gré mal gré : au final, les ressortissants de Game of Thrones restent dans la servitude volontaire, mais ils ne le savent pas (tous). Chez Stannis, un intéressant paradoxe se déroule avec un personnage qui se croit investi du droit du sang, ce qui l’a amené à s’abandonner à une sorcière entretenant ses fermes croyances de pouvoir par une autre croyance, celle du droit divin. Stannis cherche alors à prendre le contrôle, clamant que rien ne peut ni ne pourra l’arrêter, et les 8 derniers épisodes avaient montré un quasi affranchissement de lui-même, avant de voir tout s’écrouler dans cet épisode où il fait un choix terrible, celui, définitivement, de la collaboration, et la jeunesse n’y a pas son mot à dire, comme ce fut toujours le cas avec lui…

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Chez Daenerys, la jeunesse est au pouvoir, mais de ce point de vue, le choix a déjà été fait en enfermant ses dragons, en acceptant un mariage politique avec Hizdahr zo Loraq, et surtout en rouvrant les arènes de combat, s’inclinant devant les traditions, et collaborant passivement à l’horreur des spectacles. Daenerys a sa propre justice, quasi indépendante (si l’on excepte la mort de Barristan et de Khal Drogo) de celle menaçant Westeros, mais néanmoins ses choix semblent toujours ou influencés ou forcés, pour qu’ils aient un véritable poids. Ainsi que le dit Tyrion, le choix n’est jamais aussi difficile que lorsque le sort nous est favorable. Mais alors que l’épisode semblait se diriger une nouvelle fois vers une impuissance de Daenerys, on assiste à une émancipation métaphorique de Daenerys, en tant que Mère des Dragons, mais aussi en tant qu’enfant passant à l’âge adulte, au terme d’une nouvelle et magnifique séquence que Game of Thrones devrait breveter sous le nom de « plan-séquence pictural avec montage », cette fois-ci dans les arènes. C’est le deuxième épisode de suite où Game of Thrones nous « endort » quelque peu avec des considérations politiques et diplomatiques secondaires dans la première moitié de l’épisode, pour mieux nous happer dans une dynamique infernale durant l’autre moitié. La semaine dernière dans le froid avec Jon Snow, cette semaine dans la chaleur avec Daenerys, la semaine prochaine dans la tiédeur de Port-Réal ?

 

Jon Snow, aussi symbole de la jeunesse au pouvoir, fait d’ailleurs face aux conséquences de son choix, lequel fut de combattre la fatalité, qui le lui a bien rendu avec une déferlante de morts-vivants décimant les Sauvageons. Jaime va lui remettre en jeu sa nièce/fille Myrcella, qui retourne à Port-Réal avec son soupirant. Affaire à suivre… Quant à Arya, elle aspire à l’émancipation, d’elle-même (puisqu’elle ne doit devenir personne) et du monde : ainsi ses choix pourront être indépendants. Toutefois, son attitude d’espionnage à la vue de Ser Meryn Trant (qui est sur sa liste noire) accompagnant Mace Tyrell à Braavos (mention spéciale à l’apparition « guest star » de Mark « Sherlock » Gatiss) pourrait remettre en question tout ce travail sur elle-même (surtout vu l’exigence de Jaqen H’Ghar), ce que l’on n’espère pas, dans la mesure où toute une intrigue d’Arya devenant Sans-Visage a polarisé une partie des attentes et de la saison : déjà que cette intrigue avance au ralenti par rapport aux autres, il ne serait pas de bon ton de totalement la remettre en question. Cela dit, devenir l’un n’empêche pas de faire l’autre, et on est curieux de voir les résultats définitifs de ce choix de vie qui tarde à arriver…

Game of Thrones a donc enchaîné les deux climax les plus excitants de son histoire en l’espace de deux semaines. Mais après tout, qui cela étonne-t-il ? A la semaine prochaine pour la fin des hostilités !