L’épisode 6 avait choqué pour sa scène finale, où l’on voyait la décomposition du visage de Theon assistant au viol (hors-champ) de Sansa par Ramsay Bolton. L’épisode de la semaine, plus « calme », devrait plaire à ces puristes encore choqués par la violence à toutes les échelles qui se déroule dans le monde de Game of Thrones…

ATTENTION SPOILER TRANSITIONNEL

Dans l’épisode précédent, au-delà du fait que Sansa épouse Ramsay Bolton et en affronte les conséquences, Arya atteignait enfin la phase finale de son apprentissage chez les Sans-Visages. Tyrion et Jorah, capturés par des marchands d’esclaves, étaient emmenés à Meereen pour combattre dans les arènes. Cersei gagnait son duel à distance avec Margaery en faisant enfermer celle-ci et son frère Loras par le Grand Moineau, sous accusation de parjure et de sodomie. Jaime et Bronn arrivaient à Dorne pour récupérer Myrcella, mais étaient arrêtés par la garde dornienne en même temps que les Aspics des Sables.

A présent, Jorah et Tyrion arrivent aux arènes, Jon Snow quitte Châteaunoir avec les Sauvageons, Stannis affronte la dure tempête de neige qui ravage son armée, neige dont ne semble pas se soucier Ramsay qui exerce une pression intense sur Sansa, tandis que Cersei, semblant maintenant au sommet, affronte l’imprévu… Seule Arya manque à l’appel cette semaine.

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Un épisode nettement plus posé donc, une accalmie toutes proportions gardées toutefois puisque deux personnages, certes secondaires, trouvent tout de même la mort. A ce titre, signalons d’ailleurs que de mémoire c’est le premier personnage à mourir de vieillesse, ce qui est quelque part une prouesse dans un monde où la mort la plus paisible s’apparente à un coup d’épée dans la poitrine. Pas de bol pour la symbolique, toutefois : le personnage en question est Aemon Targaryen, mestre de Châteaunoir, frère de l’ex-roi Aegon, et seule parenté (jusqu’à preuve du contraire) de Daenerys, qui meurt retiré et dans l’oubli des personnages gouvernant Westeros. Un épisode symbolique, donc, et ce à tous les niveaux, pour mieux gérer une transition avec trois épisodes finaux qui devraient quelque peu rebattre les cartes chez les personnages, au vu d’une fin estampillée « plus dure sera la chute ». Cet épisode répond donc bien aux paroles du Grand Moineau à la fin : si l’on enlève les beaux atours, que reste-t-il ? Si l’on parlait de la série en elle-même, on pourrait énoncer que si l’on enlevait son esthétique, ses décors, costumes, mais aussi sa violence et sa nudité qui font partie des meubles, il reste, et cet épisode très « contemplatif » le représente bien, un ensemble scénaristique et cinématographique impressionnant de structure et de cohérence. Dans Game of Thrones, la forme sert le fond, et le fond sert la forme.

Cersei est la reine de ce genre de manipulations. Pour elle, toutes les intrigues qui se sont succédé n’ont jamais été que des étapes vers le sommet, et Dieu sait que pour cela elle n’hésite pas à donner de sa personne, littéralement. Elle est la représentation de cette ascension au pouvoir, faite de mensonges, perversions, compromissions, avilissements et autres balayages d’amis ou ennemis. Mais plus haut on arrive, de plus haut l’on tombe, et la fin de cet épisode laisse à penser que la justice n’est pas entièrement pervertie dans ce monde pourri, mais qu’elle est tout bonnement impitoyable et aveugle, cela pour tous les participants de plein gré ou non au jeu des trônes, mais surtout envers ceux qui manient l’hubris à un haut degré (on croirait à une exacerbation du discours sur le monde sans autre moralité que la chance de Double-Face dans The Dark Knight). Alors que les trois prochains épisodes pourraient annoncer plusieurs bouleversements (on approche de l’épisode 9, numéro honni depuis la saison 3), la survie incessante de Tyrion (qui l’a chanté cette semaine) et le retour aux affaires à Port-Réal de Littlefinger et d’Olenna Tyrell (qui confirme à quel point elle est un personnage savoureux à chaque fois qu’elle apparaît), trois personnages qui ont su manier cet hubris et s’en tirer avec forces pirouettes, quelque chose nous dit que nous ne sommes pas au bout de nos surprises.

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Côté Garde de Nuit, le départ de Jon Snow et la mort de mestre Aemon laissent donc Samwell Tarly bien seul pour un bon moment. Lui est érigé en symbole même de ce que la justice aveugle réserve au personnage dans son monde : gros, peu attirant, lâché par ses parents mais bonne pâte, intelligent et courageux, donc à qui il peut arriver de bonnes choses (Gilly, la rencontre avec Jon Snow, le moment où il tue un Marcheur) comme de mauvaises (des frères de la Garde qui zieutent un peu trop Gilly, les morts de Jeor Mormont et mestre Aemon). La série, intelligemment, nous fait une sorte de réintroduction à Samwell Tarly, en mettant en valeur ses caractéristiques intrinsèques tout en confrontant ces mêmes caractéristiques à la rudesse intrinsèque et extrinsèque de la Garde de Nuit (ce que l’on voit bien avec l’antipathie de ser Alliser pour Jon Snow ou bien le fait que tous ces frères venant d’horizons différents doivent masquer tant bien que mal leur pulsionnalité derrière un serment inviolable). Sa mise en scène dans cet épisode montre que toutes les manières de faire amènent toutes au résultat correspondant : si Cersei ou Littlefinger par leurs exactions se couvrent un peu plus de suie, Sam revêt lui un habit de lumière qui lui donne une récompense plutôt… agréable

Quant à Ramsay Snow, sa vision de la représentation et de la symbolique est nettement plus… radicale, celle de la pression tant physique que psychologique et mentale. Pas de bol pour Sansa, qui après avoir été promise à un roi sanguinaire qui a exposé la tête de son père sur les remparts de Port-Réal, puis à un nain érigé en bouc émissaire, elle se retrouve avec un psychopathe qui met autant d’énergie à terroriser ceux qui l’approchent qu’à molester Theon. C’est en cela que, le défiant par la parole, Sansa tente de combattre son cher mari en le traitant de bâtard illégitime. Raté : Ramsay a trop d’assise (notamment à travers un Theon plus détruit que jamais) et n’est pas homme à se laisser faire, comme le montre la petite surprise qu’il a réservé à Sansa, en écorchant vive la servante qui tentait d’aider celle-ci. Couple symbolique par excellence (Ramsay est quand même le fils de l’assassin de Robb Stark, et Sansa la dernière représentante « publique » des Stark, Jon Snow excepté), Ramsay Bolton et Sansa Stark représentent tout ce que cette justice impartiale peut réserver d’imprévisible à ses personnages : ou bien tous les bons aléas, ou bien toute la malchance du monde.

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Terminons par un point extrêmement débattu sur Game of Thrones, et en relation avec la scène finale de l’épisode 6 : la nudité. A travers Sansa, donc, mais aussi Gilly (et encore, on ne voit rien) et surtout Thyene dans la prison avec Bronn, ainsi que par l’opposition surprenante de Stannis envers Mélisande dans cet épisode, on a là des exemples de femmes usant de leurs corps implicitement ou explicitement, de leur plein gré ou contre leur gré. A ceux qui arguaient que la nudité était gratuite et juste pour les yeux, Game of Thrones réplique en disant que les femmes ont le parfait contrôle de leur corps, et l’utilisent pour arriver à leurs fins, qui peuvent avoir quelque chose de patriotico-féministe (en témoignent les Aspics des Sables qui jouent les nationalistes vengeresses après la mort d’Oberyn). La scène dans la prison, où Bronn est charmé par Thyene, est l’exemple même du corps comme outil à fin d’intérêt. Mélisande utilise elle aussi son corps pour mieux envoûter Stannis et attirer ceux qui lui résistent vers son Maître. Mais la série ne montrera jamais de la nudité pour de la nudité (c’est à dire, faire de l’audience), et cela tout aussi bien quand les personnages féminins sont molestés. En témoigne l’intervention de Sam venant sauver Gilly, ou bien le viol hors-champ de Sansa, où la série laisse le spectateur se faire sa propre image de la scène. Et quand elle le montre, notamment en saison 1 quand Daenerys a des rapports sexuels violents avec Khal Drogo (ce à quoi Daenerys consent dans les livres, et ce qui la marque au fer rouge dans la série comme femme de caractère, alors que le personnage est censé à avoir 13 ans), c’est pour montrer l’intégration violente des personnages dans ce monde impitoyable, et devant en passer par là pour avancer sur ce chemin tortueux. Avec ses personnages féminins aux destinées si différentes, Game of Thrones invite le spectateur à se faire sa propre opinion sur ces femmes, de la même manière que le débat s’était posé sur le personnage de Manon Lescaut lors de la publication du livre, jugé amoral, de l’abbé Prévost : soit des prostituées de haut vol traquant l’argent, le pouvoir, l’intérêt, soit des féministes voulant défendre leur sexe, leurs principes et leur rang.

Un épisode brillant scénaristiquement et structurellement, qui agit tant en transition qu’en continuité. On est curieux de voir les conséquences des retrouvailles Jorah-Daenerys, qui signifierait la fin du couple singulier mais tout aussi génial et attachant que Jorah et Tyrion formaient. Et dire qu’il ne reste que trois épisodes…