Netflix séduit les septuagénaires avec sa nouvelle dramédie originale, Grace and Frankie, au casting cinq étoiles, qui nous apprend que le bonheur n’arrive jamais trop tard.

Une création signée Marta Kaufmann, ce nom que tout le monde connait depuis des années, et qu’on voit à chaque fois que Friends est diffusée, et Howard J. Morris producteur et scénariste de plusieurs sitcoms. Pourtant, avant sa sortie, la comédie n’a pas bénéficié d’une immense promotion. En tout cas, peu de séries peuvent s’enorgueillir d’atteindre une moyenne d’âge de 70 ans pour leurs personnages principaux.

La barre se place haut pour cette nouvelle dramédie de notre plateforme de streaming préférée, Grace and Frankie est savant équilibre entre drame familial et comédie cynique. Le bouleversement de situation intervient quand Sol et Robert, deux bons vieux associés d’un cabinet juridique, annoncent qu’en plus d’être meilleurs amis, ils sont amants, et cela depuis plus de vingt ans. Leurs femmes respectives que tout oppose et qui ne s’apprécient guère, se retrouvent compagnons de fortune dans cette galère… Pas le temps de blâmer les coupables, car malgré la colère qui reste en bouche, et leurs indignations et peines partagées, la priorité est de passer à autre chose, ou du moins, de faire semblant. Même si, de fait « cela aurait été plus facile si tu étais mort » déclare l’une des épouses.

©Netflix

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Le postulat de départ redouble d’ingéniosité, captiver un public trop souvent délaissé et apporter une touche d’originalité. Ce n’est pas une nouvelle version plus âgée de Hot in Cleveland, ou un remake des Golden Girls. Non, Grace and Frankie embrasse l’époque contemporaine et tente de s’intégrer de son mieux. Le couple formé par Sol et Robert ne tombe pas dans le cliché, au contraire, ses deux interprètes Martin Sheen et Sam Waterston rendent leur couple homosexuel septuagénaire comme la chose la naturelle à accepter pour leurs proches qui symbolisent la tolérance absolue. De belles répliques touchantes et abordant un sujet encore délicat ponctuent leurs scènes.
Quant au couple forcé formé par Lily Tomlin et Jane Fonda qui s’étaient déjà donné la réplique dans le film (non musical) 9 to 5, leur alchimie fonctionne à merveille tant elles se complètent l’une l’autre par leurs caractères opposés. Fonda en une Grace vaine, mais pas que, puisqu’en dessous de cette couche de superficialité se cache une sensiblerie et un véritable amour pour ses enfants, et Tomlin en une Frankie baba cool, adepte des drogues récréatives qui attache plus d’importance aux opinions des gens qu’on ne pourrait le croire. Leurs enfants méritent également d’être mentionnés, même s’ils servent plus à étoffer le background de leurs parents que raconter leur histoire propre.

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Mention particulière à l’épisode The Elevator, étape obligatoire des séries où le spectateur débarque au moment des changements, le fameux épisode flashback. L’humour de la série repose principalement sur cet antagonisme qui se développe peu à peu en une amitié solide. Avec les situations habituelles des difficultés rencontrées par les seniors face à la nouvelle technologie, le presque tabou qui entoure le sexe, etc. etc. Mais Grace and Frankie se veut plus qu’être une quelconque sitcom, non, elle décrit également la peur de vieillir en solitaire, d’apparaître comme invisible aux yeux du monde, et si un public mûr se sent particulièrement visé, cela n’empêche pas tout les plus jeunes d’apprécier. Puis même si les dialogues ne font pas toujours rire, ils font au moins sourire.

(P.S. : Sheen et Tomlin ont tourné ensemble dans A la maison blanche, tandis que Fonda et Waterson participaient récemment encore à The Newsroom, toutes deux séries d’Aaron Sorkin. Ah, les six degrés de séparation.)