En 1986, George Lucas produit une adaptation d’un comic de Marvel, prenant le point de vue d’un des plus ridicules et obscurs des héros : Howard The Duck. À la sortie du film, ce dernier fait un four critique monumental, propulsé au rang d’un des pires films de tous les temps selon les critiques, et oblige Lucas à le renier, voir à en détruire la plupart des copies. En 2014 sort un autre film, les Gardiens de la Galaxie, qui lui est une réussite commerciale et une relative réussite critique. En scene-post générique du film, c’est le retour d’Howard, un cigare au bec.

Aujourd’hui, fort de son statut de film maudit mais culte, le film sort pour la première fois en DVD en France, sous l’égide d’Universal et d’Elephant Films. Et, mine de rien, c’est la fin d’une grosse attente pour les Marvellers, qui pourront enfin le voir pour en dire du mal, ou le revoir pour en… redire du mal. Mais, on a passé un petit bout de temps ensemble depuis mon arrivée sur le site. Et vous savez, chers lecteurs, que j’aime m’inscrire en faux sur certains cas, notamment quand ils sont injustement critiqués. Bon, on ne reviendra pas sur Le Fils du Mask, Green Lantern ou Indiana Jones 4, ce n’est pas le sujet et des articles seront peut être écrits dessus dans peu de temps. Mais, c’est en lien avec l’actualité, je peux parler d‘Howard The Duck.  

 

Howard The Duck

@Universal

 

Howard, donc. Réalisé par Willard Huyck et sorti en 1986, le film raconte l’histoire d’un canard parlant, arraché d’une planète similaire à la notre (à cela près qu’elle est peuplée de canards au lieu d’humains) par une mystérieuse force cosmique, et téléporté ainsi dans notre monde sans plus d’explications. Là, et avec l’aide de sa nouvelle amie rockeuse et d’un pseudo-scientifique bête comme ses pieds, il va devoir trouver un moyen de retourner chez lui et, accessoirement, de sauver la Terre d’une menace alien en arrivage. Vous l’aurez compris, pas le temps de rigoler.

Ou si, au contraire, et c’est bien là le nœud gordien de la chose. Contrairement aux films Marvel récents (dont beaucoup sont juste des navets, uhuhuh), Howard The Duck est un pur nanar, et ça se sent dès les premières lignes de texte. La caméra filme comme tenue par des pieds, l’actrice principale propose une des performances les plus mauvaises de sa génération, les effets spéciaux sont catastrophiques même pour l’époque et le scénario ne rattrape rien. C’est alors que vient la question : peut-on noter ce type de film comme un film lambda? En effet, il est à savoir qu’on ne note pas différents films de la même manière : reproche-t-on à un Fast and Furious d’avoir trop de voitures ? À Twilight de regorger de scènes d’amour nunuches ? Non, et pour une bonne raison : c’est le genre (dans le premier cas, action, dans le second romance) qui veut ça. Ici, Howard est certes très mauvais dans un sens strictement technique mais cela ne peut lui être reproché, en ce sens qu’il ne se prend jamais au sérieux et, surtout, n’a jamais prétendu être un bon film, quoi que puisse en penser ses détracteurs, et plus particulièrement George Lucas (lui qui pensait à un film sérieux…) !

 

Howard The Duck

@Universal

 

Je m’explique : un film sérieux concernant HTD, ça n’existe pas. D’ailleurs il suffit de voir les Gardiens de la Galaxie, dans lequel il apparaît, pour se rendre compte qu’il évolue dans un univers drôle et décalé, bien loin des conventionnels Captain America ou Thor ! Dans cette optique là, l’importance attachée au visuel global du film ou à son scénario devient très secondaire,  puisque dans l’optique d’un nanar, comme l’explique très justement François Theurel (le célèbre Fossoyeur de Films) dans son émission consacrée au genre, le film devient bon CAR mauvais ! C’est le cas d’Howard, qui malgré ses nombreux écueils est un des films les plus drôles que j’aie pu voir, et de loin le plus rafraîchissant des films Marvel au niveau du ton adopté. Ainsi, pour expliquer le four monumental du film à sa sortie, il faut repartir loin et se demander la raison de cet accueil.

Visualisez George Lucas. Avant d’être assez justement critiqué pour ses préquelles de Star Wars, le bonhomme bénéficiait quand même d’une sacré réputation. Sorti de sa célèbre saga, il s’engage à la production d’une adaptation de comic : comment s’attendre au navet ? Un peu comme si aujourd’hui Xavier Dolan se relâchait et proposait un film aux grandes valeurs américaines et patriotiques, et qui soit un vrai navet. On ne critiquerait pas alors le film en soi, mais plutôt sa présence dans la filmographie d’un si talentueux réalisateur. Et c’est bien le problème général d’un grand du genre : quand on est habitué à des chefs d’œuvre, on supporte mal les simplicités.

Au niveau des qualités facilement appréciables : le visuel est très amusant, Howard lui-même, entre marionnette et numérique, est une belle réussite, et le monstre final est dantesque. La bande-son se fond très bien dans le film et propose une atmosphère très rock, tandis que notre canard s’amuse à des péripéties qu’on croyait impossibles. Mis à part l’actrice principale, donc, nos personnages sont assez convaincants malgré d’énormes défauts d’écritures, portés par Jeffrey Jones et Tim Robbins (quand même). Howard est absolument génial et drôlissime dans ses répliques, comme dans son comportement très subversif et amusant pour le genre, comme le film en lui-même qui regorge de grossièretés et de situations ambigües (la scène dans le bordel…).

Mais, dans ce cas, pourquoi pas 5? Pourquoi ne pas attribuer la note maximale à un film si parfaitement nanardesque, dans l’optique d’une critique à ce sujet ? Parce que le film n’est pas exempt de défauts à ce niveau là non plus. En effet, malgré une première heure parfaitement efficace et une fin très satisfaisante, le film est coupable d’un certain ventre mou, dans doute dù à ses deux heures. 1h30 aurait suffi pour conter l’histoire d’Howard.

Pour ce qui est de la réédition du film en elle-même, pas grand chose à redire. Le film bénéficie d’une copie parfaitement restaurée, l’image se fait peut être un peu vieillote mais c’est le genre qui veut ça, de plus le son lui est impeccable. Par ailleurs, le DVD propose une quantité tout à fait satisfaisante de bonus, qui vont d’interviews en making-offs, d’informations sur le personnage d’Howard en lui-même à galerie de photos. Rien de tout cela n’est superflu, la plupart durent moins d’un quart d’heure et c’est tant mieux, et cela suffit amplement.

Donc, le film est mauvais. Mais il est aussi jouissif et drôle, sans jamais le vouloir. On rit beaucoup de lui, mais aussi avec lui et on n’en attendait pas tant d’un film aussi critiqué que celui-ci. On peut saluer l’initiative du distributeur, Elephant Films, de proposer, enfin, ce film au public français qui ne demandait que ça.  À bon entendeur, et un bientôt pour la critique d’un autre film sous-estimé !

AMD