Hier soir s’est achevée la huitième saison de The Big Bang Theory, après 24 épisodes, signe que les ennuis de production de fin 2014 n’ont pas perturbé grand-chose. C’est l’heure du bilan !

ATTENTION SPOILER SUR TOUTE LA SAISON. IL EST CONSEILLÉ UNE CONNAISSANCE GLOBALE DE LA SAISON COMME DE LA SÉRIE, QUELQUES ÉLÉMENTS S’AVÉRANT IMPORTANTS. LA LECTURE SE FAIT A VOS RISQUES ET PÉRILS  

Après que Sheldon soit revenu de son petit périple-coup de tête en train qu’il avait décidé à la fin de la saison 7, les aventures de nos geeks préférés continuent : Leonard est fiancé à Penny, Sheldon fête à la fin de la saison sa 5e année avec Amy, Bernadette et Howard sont mariés (et hébergent Stuart qui a perdu sa boutique de comics dans un incendie), et Raj sort avec Emily. Et comme à leurs habitudes, nos amis sont embarqués dans de nombreuses aventures toute la saison, cela allant d’une partie de ping-pong pour savoir si Howard conserve son TARDIS grandeur nature entreposé dans son garage à une dispute entre Penny et Leonard durant un podcast enregistré par Wil Wheaton, en passant par une incursion impromptue de Leonard et Sheldon dans le Skywalker Ranch (les bureaux de George Lucas)

©CBS

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Fidèle à son esprit d’humour social-geek explicite, où, à l’inverse d’une série comme Breaking Bad où l’humour est nettement implicite, l’humour n’est qu’une barrière de protection pour des personnages névrosés parfois en parfaite contradiction avec eux-mêmes, la série a continué son petit bonhomme de chemin, arrivant toujours à séduire par son arsenal comique, lequel va du gag récurrent (cette saison, il est plutôt centré sur le fait que Stuart s’installe chez les Wolowitz, en plus de sa proximité avec la mère de Howard) à l’humour ponctuel (Billy Bob Thornton en docteur un peu trop en manque d’affection). Continuellement en évolution à l’image de ses personnages, la série a su jouer la continuité, plaçant des références de plus en plus récentes (The Flash, série sortie cette année, est mentionnée sur la fin de saison, ou encore une partie d’épisode ressemblant à l’épisode La Mouche, saison 3 de Breaking Bad), tout en restant fidèle à son socle de base qui a su et sait toujours faire son charme et son succès (les névroses relationnelles de Raj envers ses parents ou son boulot, l’ambiguïté permanente de Penny, et surtout le couple Amy-Sheldon).

Mais plus encore, la série a su jouer sur des ressorts plus tendus voire dramatiques, et s’en sortir avec brio, associant la décence avec l’esprit de la série. Cela est symbolisé par le décès de Mrs Wolowitz, la mère de Howard, faisant écho à celui de l’interprète, Carol Ann Susi. Avec sa disparition, c’est un pan de la série qui disparaît, la relation entre Howard et sa mère étant un des piliers de l’humour de The Big Bang Theory. Plus encore, c’est une partie du personnage de Howard qui s’efface, celui-ci étant en partie défini par son complexe d’Oedipe non réglé. La série réussit alors le tour de force de montrer à la fois un Howard dévasté, mais aussi plus mature, la mort de sa mère devant lui permettre de passer un cap relationnel après celui du mariage, et à la fois de rebondir sur ce décès par un humour massif, littéralement et dans tous les sens (basically, un repas avec toute la nourriture qui restait dans le frigo de Mrs Wolowitz), sans jamais aller à l’excès (une partie de ce repas est d’ailleurs polarisé par une dispute entre Leonard et Sheldon).

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C’est d’ailleurs sous le signe du relationnel que cette saison fonctionne. En fil rouge, et jusqu’à la fin, se jouera un héroï-comique du couple : Raj (qui voit ses parents divorcer) ne sait pas si il est vraiment compatible avec Emily, Howard a du mal à ne pas encore se comporter comme un enfant gâté avec Bernadette, Sheldon et Amy toujours bloqué par la bizarrerie de Sheldon, Leonard et Penny fiancés mais qui tardent à franchir le pas du mariage, mais aussi l’établissement d’une théorie scientifique nouvelle par Leonard et Sheldon donnant lieu à une rivalité naissante, autant de sujets que la série met quasi-constamment en avant dans les épisodes, laissant à ses personnages le temps d’y réfléchir et de passer des étapes (notamment Howard qui découvre qu’il a un demi-frère, Josh), avant de donner un brusque coup de collier dans un final exclusivement consacré aux questions de couple, et où si l’humour perle (Raj et Emily qui s’ébattent dans un cimetière, Howard et Bernadette qui veulent faire déménager Stuart), les questions et décisions restent en suspens, se transformant en une terrible attente pour le spectateur, et des regrets, du remords, ou de la frustration. Ainsi Penny et Leonard partent se marier sur un coup de tête mais leurs sentiments restent troubles, tandis qu’Amy fait une pause avec un Sheldon penaud qui ne sait pas quoi faire d’un anneau de mariage… Signe que dans The Big Bang Theory, avec quatre personnages geeks mûs par leur timidité et par leurs difficultés de sociabilisation, les grandes décisions ne sont jamais faciles et ne sont jamais franchement synonymes de stabilité, puisqu’elles entrent en conflit avec les habitudes (en témoigne la relation entre Penny et Leonard qui est passée par tous les états en 8 saisons).

Cette saison 8, parsemée de guests stars très bien mises en scène (Nathan Fillion, Billy Bob Thornton, Kevin Smith, Stephen Hawking ou encore Matt Bennett), associées à des personnages récurrents toujours aussi savoureux (Wil Wheaton, Beverly Hofstadter notamment), dans un show qui comme ses acteurs ne prend pas une seule ride, constitue une nouvelle réussite pour l’égérie de la CBS, renouvelée pour une saison 9 et une saison 10. On attend son retour cet automne avec impatience !