La seconde tentative de réalisation de la part d’Alan Rickman vient fraîchement de sortir en salles…

Matthias Schoenaerts continue sur sa lancée de drames historiques, après Suite Française et le prochain Loin de la foule déchaînée, le voici dans Les Jardins du Roi où il donne la réplique à Kate Winslet et Alan Rickman.

Le sujet en question présente un intérêt culturel pour nous, pauvres Français, qui sommes obligés d’attendre que des Anglais se l’approprient pour le voir sur grand écran. Bref, s’intéresser aux magnifiques jardins du château de Versailles (dont le prix de la visite n’a cesse d’augmenter tous les deux-trois ans) et à son concepteur, le fameux André Le Nôtre, relève de la curiosité culturelle. Même si dans l’Histoire avec une majuscule, Le Nôtre après sa renommée faite à Vaux-le-Vicomte, n’a jamais eu besoin d’un assistant pour réaliser le bosquet des Rocailles. Donc la présence de la fictive paysagiste Madame de Barra ne sert que de prétexte à la romance et plus l’histoire avance, puis il faut tirer un trait sur la réalité historique dans Les Jardins du Roi.

Les allers et retours de la caméra superflus pour se faire succéder des plans rapprochés de l’expression contrarié d’un personnage, ou dans une scène où le dialogue suffit amplement à faire comprendre le sujet de le conversation, ne font que prouver le côté novice de Rickman en tant que réalisateur. Un flagrant manque de subtilité se dégage tristement du film. Avec un sujet autour de la nature et de ses beautés, on pouvait espérer des visuels impressionnants, mais tout est enterré sous une couche de romance à deux sous, refroidie par un ton monocorde qui n’a d’égal que l’inexpressivité des personnages. Puis, malgré le talent indiscutable des acteurs, revenons un instant sur le casting. Winslet la main vert est LA star du film, très bien, mais sa forte personnalité de femme indépendante se retrouve totalement affaiblie avec la tragédie qu’on lui colle. Son homologue masculin n’arrive pas à son niveau, Schoenaerts paraît fade et semble s’être perdu dans le labyrinthe de Versailles. Les deux personnages s’attirent car ils s’opposent, mais l’alchimie ne fonctionne tout simplement pas. Et Alan Rickman ! Effectivement, le Roi Soleil a connu une espérance de vie bien au-delà de la moyenne habituelle de l’époque, mais tout de même, il suffit de compter, à presque 70 ans jouer un monarque de 40 ans, il y a des limites… Après, les personnages secondaires apportent bien leur soutien, Stanley Tucci décroche un sourire et Helen McCrory réussit à se faire détester.

©Metropolitan

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La plongée au cœur du XVIIe siècle redore un peu l’ensemble fragile, les costumes sont joliment conçus, et la description du mode de vie semble assez véridique en montrant les coups bas motivés par la jalousie des uns, et la solidarité des réunions tupperware de l’époque des autres. Mais il y a une sorte de paradoxe dans la manière dont Rickman traite la romance. Tout en discutant des coucheries de la cour sur le ton de la badinerie, il tourne la relation entre Madame de Barra et Le Nôtre comme le grand Amour la plaçant au rang d’exception mais aussi en la faisant basculer dans la catégorie de la niaiserie la plus totale. Au final, le couple se retrouve héros d’un classique à la limite du austinien plutôt que shakespearien ou même moliérien. Le légendaire humour anglais passe à la trappe en même temps que la crédibilité de cette comédie romantique, même avec un titre tel que A Little Chaos.

(P.S. : Une étoile chacun pour Winslet et Schoenaerts, et encore, je suis gentille, car tout ce qu’on retient de lui, c’est son front protubérant. Oh, et les perruques. Sans commentaire.)