On continue avec le troisième épisode, qui nous introduit à de nouveaux personnages (et de nouvelles vilenies…)

ATTENTION SPOILER TRANSITIONNEL

Dans l’épisode précédent, Jon Snow, à la surprise générale, coiffait sur le poteau Ser Dennis Mallister et Ser Alliser Thorne, le grand favori, lors de l’élection du nouveau Lord Commandant de la Garde de Nuit. Daenerys, qui a décidé d’exécuter un de ses admirateurs qui n’a pas respecté sa justice, voyait Drogon, son dragon en vadrouille, passer lui dire bonjour avant de s’envoler. Cersei envoyait Jaime, lequel recrute Bronn pour l’aider, en mission secrète à Dorne pour récupérer Myrcella, ayant peur des représailles des Martell. Arya apprenait qu’être Sans-Visage n’est pas qu’une question de volonté. Sansa a refusé de partir avec Brienne. Et la lutte d’influence sur Tommen (ou comment être une marionnette qui consomme le mariage) commence entre Cersei et Margaerys

A présent, Cersei voit émerger un petit nouveau, le Grand Moineau, chef aux apparences bienveillantes et miséricordieuses, mais dont la face cachée se révèle par l’arrestation retentissante du Grand Septon royal qu’il commandite. Cersei le nomme dès lors nouveau Grand Septon. Tyrion fait escale à Volantis. On apprend que Sansa est l’objet d’un projet particulier de Littlefinger, impliquant d’aller à Winterfell, et Stannis fait une offre très alléchante à Jon Snow…

Game of Thrones est reparti, et bien reparti : les intrigues s’enchaînent et s’entremêlent à grande vitesse. Une particularité de cet épisode, qui se voit plus que dans les précédents, est sa faculté à donner une fluidité aux intrigues en rebondissant à chaque fois sur les paroles d’un personnage (Si Sansa est évoquée par Brienne, on passe à Sansa, par exemple). Cela donne l’impression que tout fait partie d’une même histoire et que tout va se rejoindre plus que jamais rapidement pour les personnages. La série, qui avait promis beaucoup de sang cette saison, semble avoir passé la vitesse supérieure après une saison 4 qui donnait parfois l’impression de traîner en longueur. L’élection de Jon Snow à la tête de la Garde de Nuit apparaît comme un nouveau vecteur de déchaînement des Furies, et les tentations dont il fait déjà l’objet ne font qu’accréditer cette hypothèse

©HBO

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Sous des auspices décidément très politiques, agissant à la fois comme fond et comme forme, Game of Thrones disserte dans ce troisième épisode sur l’influence et l’intérêt. Ces thématiques ont été amorcée dans l’épisode précédent avec Daenerys, qui malgré tout son idéalisme est consciente de l’intérêt qu’elle a à étendre son influence, et que si des libertés sont promises, il ne faudrait tout de même pas trop jouer avec le feu. Hélas, en exécutant un de ses conseillers, elle faillit à ses idéaux de procès et de justice, mais en plus, alors qu’elle voulait augmenter son influence, elle ne la voit que baisser, son peuple la sifflant comme un serpent, tandis que la menace Fils de la Harpie court toujours

Cela concerne ensuite Jon Snow : fraîchement élu, d’une fidélité à toute épreuve envers la Garde de Nuit, il ne s’est pas fait que des amis en prenant la tête de l’organisation millénaire, et tente de résister aux influences (beaucoup de similarités avec Gordon dans Gotham, quand on y pense). Déjà, Stannis, qui ne sert lui que son propre intérêt, le met non seulement face à ses envies, mais aussi face à ses contradictions, qui sont aussi celles de la Garde de Nuit, agissant comme un mentor passif (pour le moment) : la Garde peut-elle rester éternellement en retrait ? Alors que les sauvageons sont, littéralement, un poulet sans tête suite à la mort de Mance Ryder, la Garde de Nuit risque de retomber dans l’oubli et la marginalité, alors qu’elle a, comme lui rappelle Davos, un vrai rôle à jouer. Ainsi qu’on le voit depuis 4 saisons, l’influence de ce monde de conflit n’a que trop touché la Garde de Nuit : Jeor Mormont est mort, les sauvageons sont sortis du bois, les Marcheurs Blancs ne sont pas très loin, et l’hiver approche. La première étape de cette évolution de l’organisation apparaît quand Jon Snow, à la manière d’un certain Ned Stark avant lui, affirme son autorité envers le rebelle Janos Slynt. Jon Snow entre dans la danse : quand on joue au jeu des trônes, l’on gagne ou l’on meurt.

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Mais la femme qui représente le plus l’influence et l’intérêt est Cersei, et elle ne supporte pas de voir Margaery tenter de lui ravir ce titre (ce qui a donné une scène d’hypocrisie hilarante). Plus que jamais, le trône de fer va se retrouver au centre du jeu : avec en tête la prédiction passée de la sorcière qui lui disait qu’elle verrait ses enfants dans un linceul, Cersei, toujours régente, a un besoin absolu de garder le trône sous sa coupe, alors qu’elle est contestée dans sa propre famille (Kevan Lannister, son oncle, ne la reconnaît pas comme déléguée du pouvoir, Tommen veut l’écarter, et Margaery se fout royalement de sa gueule). Alors Cersei fait ce qu’elle sait faire : exercer son pouvoir d’influence. Elle nomme des marionnettes aux postes-clés (Mace Tyrell, Janos Slynt), et va négocier en personne avec le Grand Moineau, histoire de tourner à son avantage un phénomène qui pourrait lui permettre de maintenir son emprise. Le personnage du Grand Moineau est une nouvelle illustration que la bienveillance et la gentillesse ne sont que pure façade dans Game of Thrones, de surcroît quand on est à la tête d’une mini-guérilla urbaine. Les apparences sont (très) souvent trompeuses, et la série utilise cela pour raviver une sorte de réflexion sur l’église, sa manière de faire, et l’utilisation de la thématique divine qui va enfin pouvoir contrebalancer l’illuminati Mélisande. Sujet majeur de l’épisode, l’Eglise est maltraitée dans sa participation à la corruption, l’avilissement, et l’agitation ambiante, entre un Grand Moineau mystérieux chef de secte, et un Grand Septon qui aime les plaisirs charnels…

Tout cela finit sur un peu de cynisme Tyrionesque rappelant qu’il ne faut jamais baisser sa garde, car on ne sait jamais quel intérêt soudain peut vous poignarder dans le dos… Traitant toujours ses sujets avec intelligence, Game of Thrones surfe tranquillement sur son énorme capital. Vite le 4e épisode !