La vérité et autres mensonges de Sascha Arango, paru en février chez Albin Michel, vient de remporter le Prix du polar européen 2015 décerné par le Point. Une bonne raison de s’y pencher. En effet, le nouveau roman de ce scénariste allemand ne manque pas d’originalité et de surprises. Malgré une fin moyennement réussie, La vérité et autres mensonges brosse habilement le portrait de truculents personnages, qui nous entraînent dans une intrigue à dormir debout.

Henry Hayden est un imposteur. Devenu écrivain à succès en faisant publier sous son nom les œuvres de sa femme Martha, sa vie professionnelle est basée sur le mensonge le plus total. Les deux époux y trouvent leur compte : refusant la gloire et l’exposition qui va avec, Martha soigne au passage le manque de reconnaissance d’Henry. Ce dernier ne lui rend que très moyennement la pareille puisqu’il la trompe depuis des années avec son éditrice Betty. Lorsqu’Henry apprend que cette dernière attend un enfant de lui, il ne sait que faire. L’une des deux femmes gêne, à présent. Mais laquelle ? Betty le séduit depuis toujours et porte désormais son enfant. Mais Martha est la clé de sa gloire et il éprouve pour elle une tendresse sans faille… Que faire ? Henry essaye d’échafauder un plan, qui ne se déroulera pas tout à fait comme prévu…

vérité-autres-mensongesL’intrigue de La vérité et autres mensonges est construite sur le postulat intéressant et rafraîchissant que, pour une fois, ce n’est pas tant l’épouse qui gêne que la maîtresse, aussi enceinte soit-elle. Oui, Martha écrit pour qu’Henry soit reconnu, mais elle représente bien plus que cela. Même si le désir entre eux a disparu depuis longtemps, elle reste la femme de sa vie. Discrète, aimante, elle le laisse mener sa vie comme il l’entend. Elle est la condition de son existence à lui. Quant à Betty, aussi attachante et séduisante qu’elle puisse être, elle reste une distraction qu’Henry a parfois pu confondre avec de l’amour. Embarrassé par la nouvelle de sa grossesse, que va-t-il décider ? Va-t-il tout avouer à Martha et la quitter, ou bien va-t-il mettre fin à sa relation avec Betty ?

Au fur et à mesure que l’on avance dans l’histoire de La vérité et autres mensonges, on découvre de nouvelles facettes d’Henry Hayden, qui nous aident à mieux cerner le personnage. Que ce soit par l’intermédiaire de son ami Obradin, un pêcheur dépressif qui fait ressortir la générosité d’Henry, ou de Gisbert Fasch, son ancien camarade d’internat qui le hait depuis cette époque, Henry nous devient familier. Il a beau être un imposteur, un menteur, trompeur, manipulateur et fier de l’être, le lecteur, déconcerté, ne peut s’empêcher de ressentir de l’indulgence. Alors que l’histoire avance comme un boulet de canon provoquant beaucoup de dégâts sur son passage, on est irrépressiblement entraîné. Le ton distancié de Sascha Arango dans La vérité et autres mensonges nous donne à ressentir à quel point Henry reste sûr de lui. Il enchaîne les situations embarrassantes sans jamais abandonner son aplomb et sa maîtrise du mensonge. Cela insuffle beaucoup d’humour au polar. Certains problèmes semblent se résoudre avec un peu trop de facilité, ce qui fait sourire. Cela fera moins sourire à la fin du polar, où Sascha Arango enchaîne les scènes en donnant l’impression de ne plus trop savoir où il va. Le dénouement paraît trop simple et l’auteur ne parvient plus à insuffler au lecteur ce sentiment de gêne si appréciable dans les polars psychologiques.

Sascha Arango

Sascha Arango

La Vérité et autres mensonges reste un très bon livre, qui bénéficie d’une excellente intrigue et de personnages parfaitement campés. Sascha Arango change de points de vue avec brio. Le style est percutant, les subtilités psychologiques maîtrisée à la perfection. Une réussite.