C’est la vogue du moment : Joseph Gordon-Levitt il y a 2 ans, Ryan Gosling il y a deux semaines, et maintenant Russell Crowe, de nouveaux acteurs passent à la réalisation. Avec plus ou moins de réussite.

La Promesse d’une vie nous raconte l’histoire d’un Australien, Joshua Connor, père meurtri par la perte de ses trois fils dans un sanglant combat de la Première Guerre Mondiale, la bataille des Dardanelles (1915-16). Il décide dès lors de se rendre en Turquie pour aller retrouver les corps et les ramener près de sa femme, pour les enterrer dignement.

Ridley Scott, Peter Weir (auteur de Gallipoli, sur le même sujet), voire Tommy Lee Jones dans le traitement de l’esthétique, des costumes, du personnage principal torturé : nombreuses semblent avoir été les inspirations de Russell Crowe pour réaliser son premier film. Néanmoins, si il en tire une forme impeccable et irréprochable, le Néo-Zélandais perd pied sur le fond. Russell Crowe semble par moment nous refaire Maximus, dans Gladiator, le rôle qui l’a propulsé au sommet, dans un film qui a beaucoup de bonnes idées, bien qu’émotionnellement destructrices (la lecture aux enfants absents, les flashbacks de l’agonie des soldats et notamment des trois fils), mais qui disparaissent dans un flot de facilités scénaristiques. Successivement passent les dialogues dépressifs, la mort prévisible d’un protagoniste, l’horreur de la guerre avec 30 secondes atroces de cri de douleur, la rencontre de l’amour et de l’amitié improbables (qui a dit qu’1 an après la fin de la guerre Turcs en pleine furia nationaliste et Australiens ne pourraient pas être potes ?) et le gosse tout mignon. A cela s’ajoute la cerise sur le gâteau : il sait trouver de l’eau, donc trouve sans problème, par visions, l’endroit où ses fils sont tombés. C’était sa dernière erreur

©Universal

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Bref, Russell Crowe tombe dans tous les clichés possibles sans jamais élever son propos, en restant désespérément au stade des bonnes intentions. On sent que le sujet lui tient énormément à coeur, lui le Néo-Zélandais de naissance ; un de ses mérites est de replacer son histoire de homesman alone dans une époque où les différents protagonistes sont renvoyés dos à dos : les Britanniques appliquant un protectorat occidentalo-sévère face à des Turcs dignes, victimes de la barbarie grecque, mais ayant aussi leur part de responsabilité, tandis que les nationalistes tentent de profiter de la situation. Contrairement à beaucoup de réalisateurs très occidentaux dans leur propos, tels Ridley Scott dans La Chute du Faucon Noir ou Mensonges d’Etat, ou Ben Affleck dans Argo, Russell Crowe a à son honneur cette neutralité réalisatrice mettant notamment en valeur Yılmaz Erdoğan, élégant interprète du Commandant Hassan. Néanmoins, le film aurait gagné à pousser la relation amour/haine entre Britanniques et Turcs, obligés de faire équipe pour trouver des corps, qui s’envoient quelques piques, mais qui sinon vivent plutôt bien pour une année de 1919 où l’Empire Ottoman est en ruine et les Britanniques plutôt pas trop mal installés.

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Au lieu de cela, Russell Crowe, qui a le beau rôle, nous sort un film académique qui semble avoir du mal à se placer : mélo, fresque historique, témoignage humaniste. Avec ses gros sabots, La Promesse d’une Vie (ou The Water Diviner en VO) nous en met plein la face, tel Orhan, le petit garçon qui tente de convaincre Joshua de venir dans son hôtel, allant jusqu’à lui voler son bagage comme le film nous vole nos espoirs d’appréciation de ce film malgré tout très touchant (la vie de Joshua est un pur calvaire, et on ne parle pas de sa difficulté de trouver de l’eau, omniprésente au début et à la fin dans le rôle du liquide amniotique où les personnages vont se réfugier d’un réel franchement pas beau à voir). Le film pêche par le fait qu’on en voit toutes les coutures : les flashbacks apparaissent de nulle part, parfois en plein milieu de l’intrigue, sautant entre le propos principal et un saut dans l’esprit désabusé d’un père obsessionnel que la vie n’a pas épargné, dont le conflit meurtrier (200000 morts) n’est « qu’un » horrible cauchemar. On sent par là un Russell Crowe, comme ses personnages, de Maximus à Joshua Connor, qui a besoin de justifier et de se justifier

Manquant de fond, de puissance narrative, et d’une patte personnelle plus affirmée, le premier film de Russell Crowe réalisateur est un film agréable (si l’on peut dire) à regarder, mais sans assez de panaches, et rien qui ne dépasse le stade des bonnes intentions. Mais on lui fait confiance pour travailler là-dessus et revenir encore plus fort, comme il le fait toujours.