L’adaptation du premier roman « pour adulte » de la légendaire J.K. Rowling débarque sur les écrans de Séries Mania.

Mini-série en trois épisodes, The Casual Vacancy ou Une place à prendre chez nous, a été projetée en marathon suivi par un Q&A en présence de Sarah Phelps (scénariste), Jonny Campbell (réalisateur), Keeley Hawes (actrice) et Ruth Kenley-Letts (productrice) animée par Marie-Elisabeth Deroche-Miles spécialisée dans le domaine des médias britanniques.

/Présence de spoilers/

Claire vous avait donné notre avis sur le 101 il y a quelques mois, et malheureusement, la mini-série ne s’améliore que d’un cheveu par la suite. Construit sur un plan classique de thèse – antithèse – synthèse comme le fait remarquer sa scénariste Sarah Phelps, le premier épisode traîne en longueur et se contente d’introduire les personnages. Les suivants gagnent en rythme, mais pas pour autant en avancement, même si la fin touche le spectateur comme il se doit. Le format d’une heure ajoute à ce sentiment de longueur pour atteindre une fin à laquelle on s’attend… Difficile de s’identifier aux personnages quand ils tombent dans le cliché dès le départ. Même si tous ceux qui ont vécu ou qui vivent dans une petite bourgade savent pertinemment que les secrets ne restent pas cachés bien longtemps. Personnellement, ma préférence va au personnage de Samantha Mollison (Keeley Hawes) qui évolue d’une manière positive après avoir touché le fond. L’actrice elle-même, après avoir lu le livre, admet avoir eu un coup de cœur sur ce personnage qu’elle considère comme l’un des plus forts de l’ouvrage. Et bien entendu, elle ne souhaite à personne d’avoir les mêmes rapports avec leur belle-mère que ceux de Sam avec la sienne…

casual vacancy

En fait, peu après la sortie du livre, la BBC a acheté les droits pour une potentielle adaptation (et en même temps, la chaîne en a profité pour sécuriser les adaptations des deux autres romans que Rowling a sorti sous le pseudonyme de Robert Galbraith). De plus, J.K. Rowling était certaine que la chaîne convenait parfaitement à son ouvrage, quoi de plus anglais ? Le format mini-série de 3 épisodes semblait être le plus adéquat, même si la scénariste n’aurait pas craché sur plus de temps pour adapter plus de 500 pages… Rowling, bien qu’étant créditée comme productrice exécutive, n’intervenait pas dans l’adaptation du script.

Sarah Phelps déclare qu’il n’y a aucun dialogue en commun entre l’adaptation et le livre, car même si elle emprunte les personnages à leur auteur original, leurs voix naissent bien de sa plume. Par exemple, dans sa dernière adaptation des Grandes espérances de Charles Dickens, elle ne prétend pas avoir créé l’histoire, mais clame haut et fort que son Miss Havisham lui appartient bel et bien. Elle poursuit en précisant que le rôle même d’un scénariste revient à donner une nouvelle vie aux personnages et à une histoire que les gens peuvent déjà connaître. En allant plus loin, même, puisque la fin n’est pas identique à celle du livre. Le postulat de départ consiste à ériger le personnage de Krystal en héroïne tragique. Je vous laisse imaginer l’aboutissement plus que prévisible…
Par conséquent, Phelps n’édulcore en rien cette fin puisqu’il ne s’agit que de la conclusion logique de sa version de l’histoire. En tout cas, Hawes doute fort que la BBC ait censuré quoi que ce soit car même sa scène avec ses seins n’a pas eu de problème à passer dans la case du dimanche soir, durant une heure de grande écoute. D’ailleurs, Kenley-Letts reconnait volontiers que la chaîne s’est dévergondé ces dernières années en sortant de son état un peu pantouflard pour oser plus. A ce sujet, Phelps défend la chaîne (cette femme dégage une forte présence en passant) qui subit toutes sortes d’attaques du public surtout à cause de la redevance télévisuelle, comme notre France 2…

Au niveau de la réalisation, tous les gros plans sur les insectes (m’ont fait penser à Dexter déjà) rappellent les antécédents de Jonny Campbell qui a également réalisé la saison 1 de la série gore In the Flesh, parfait pour l’humour noir de The Casual Vacancy. Les plans sont parfois déroutants A la question qui sont les plus monstrueux entre les zombies et les habitants des petits villages, Campbell répond sans hésitation que les vivants sont bien pires ! Il avoue que c’est la relation que chaque personnage entretient avec la mort qui l’a intéressé. Et visiblement, la série provocatrice n’a pas laissé de marbre le public anglais qui sort avec des avis partagés tout comme la salle de Séries Mania !

(P.S. : La musique moderne colle étrangement bien au petit village, c’est signé par le groupe anglais Solomon Grey et leur résultat a un rendu très intéressant.)