Matthew Weiner décrypte pour le public de Séries Mania, l’épisode 13 de la saison 6.

Alors que la série touche à sa fin, le public de Séries Mania a eu le privilège d’assister à la masterclass de Matthew Weiner “Inside Mad Men”, animée par Olivier Joyard des Inrockuptibles.

Beaucoup de choses ont été évoquées lors de cette masterclass que vous pourrez sûrement revoir en replay bientôt sur le site officiel de Séries Mania, alors je vais vous épargner un compte-rendu détaillé, mais en résumé :

– Weiner réalise lui-même tous les season finales. En effet, avant de boucler la saison, il revoit les épisodes pour vérifier si des scènes seraient manquantes, ou si d’autres sont à refaire, et quand effectivement ce cas arrive, il comble ses erreurs avant que la fin et le départ de tous les acteurs. Quand il a su que la saison 7 serait la dernière, disons le de suite, la division de la saison n’était pas une décision qui était de son ressort… Ça s’ajoute au fait qu’il envisage les saisons comme un ensemble unique, l’histoire continue au fil des épisodes, le principe même d’une série feuilletonnante. Dès le début, il prévoit la structure de la saison entière. Que Hershey’s leur commande une présentation où Don craquerait en révélant une vérité sur son passé par exemple, était planifié.

– Son monteur obtient tout son respect, car couper intelligemment un épisode pour qu’il dure exactement 47 minutes 30 secondes, ce n’est pas évident. A vrai dire, il serait incapable de déterminer ce qui est superflu. Quelques épisodes ont dépassé le temps alloué, ce sera notamment le cas du finale.

– La scène finale où la famille Draper se tient devant la maison d’enfance de Don a été particulièrement difficile à tournée car la caméra sur grue devait avoir un rayon de manœuvre très large. Tout comme la scène où Ted et sa femme se retrouvent au lit, ils ont dû faire un montage assez ingénieux avec les rails de la caméra normalement impossible, mais son équipe s’est débrouillé magistralement.

– Ce qui est difficile pour lui dans l’écriture et de mettre en scène ses écrits, c’est qu’il déteste les expositions et les présentations “oh, depuis notre emménagement, j’ai du mal avec ce tiroir” et il se passe quelque chose avec ce tiroir… En fait, il cherche la subtilité et parfois, il craint que le spectateur ne comprenne pas exactement la référence évoquée dans un épisode précédent par exemple même si la fanbase est des plus observatrices.. Mais en même temps, les approches explicatives le rebutent vraiment. En revanche, ses “micro-scènes” d’une dizaine de secondes servent d’explications et font respirer un épisode.

series mania

– Quand il réfléchit aux dialogues des personnages, il entre dans une sorte de “transe” où il ne faut pas l’interrompre sous peine qu’il oublie ses idées. L’une des scénaristes note tout ce qu’il énonce à haute voix dans la peau des divers personnages. Dans tous les cas, une réplique brillante pour lui doit contenir une forme d’humour.

– La symbolique des plans ou des postures de ses personnages ne sont pas à interprétés. Il s’agit juste d’un comportement humain qui a un sens émotionnel peut-être. Après, certes, les plans de dos de Don reviennent avec récurrence, car son cadreur et lui-même se proclament fans de Wong Kar Wai et ils en usent régulièrement.

– Dans cet épisode précisément, des actions passeraient pour des sacrifices alors qu’en fait, non, ce sont des actes purement égoïstes et intéressés. Don, Ted, tous, même si ce qui se reflète paraît généreux, au fond, ils se sauvent eux-mêmes. D’ailleurs, Don ne représente pas l’anti-héros classique, certes, il a des défauts, un penchant pour la violence, mais il échoue aussi fréquemment que n’importe qui.

– A une question d’une fan qui demande quelle est la marge d’improvisation qu’il accorde à ses acteurs, il répond tranquillement que les acteurs ne veulent pas improviser tout simplement car l’écriture est parfaite. Pourquoi décider de faire autrement ? Il note toutes les didascalies possibles en ajoutant tous les détails nécessaires. Au début, les acteurs ont tenté d’improviser, mais ils sont finalement rentrés dans les clous.

Bref. M. Weiner chante les louanges de sa série et il a bien raison. Il ne s’arrête pas là en glorifiant également son équipe. En tout cas, c’était bien agréable d’avoir le réalisateur d’un épisode expliquer ses choix, et peu importe ce qu’il dit, décrypter la symbolique ou du moins le sens de certains plans.

(P.S. : Retrouvez-le à nouveau au forum des images aujourd’hui même à 18h30 pour A Question of Life and Cinema !)