Vous le savez, les 4 premiers épisodes ont fuité : on avance donc avec le second (mais on fera durer le plaisir entre chaque critique, profitons de Game of Thrones comme il se doit !) qui, dans la lignée de son prédécesseur, est de qualité

ATTENTION SPOILER TRANSITIONNEL 

Dans l’épisode premier de la saison 5, Daenerys faisait face à une sorte de guérilla dans Meereen, du nom de Fils de la Harpie, qui a zigouillé un de ses Immaculés au nom des valeurs traditionnelles de Meereen, déclarant la guerre à la Mother of Dragons. A Châteaunoir, Stannis prend le pouvoir, et ordonne à Mance Ryder de ployer le genou devant lui sous peine d’exécution. Mance Ryder refuse et est brûlé vif, toutefois achevé par Jon Snow d’une flèche, celui-ci ne supportant pas de voir souffrir cet homme qui l’a autrefois accueilli. Jaime et Cersei font les comptes. Brienne cherche toujours les filles Stark, tandis que Littlefinger et Sansa, après avoir confié Robin Arryn à un seigneur des Eyrié, s’en vont loin de Port-Réal… Quant à Tyrion, il part pour Meereen, trouver Daenerys

Cette semaine, Jaime et Cersei tentent de reprendre le contrôle, et cela passe par récupérer Myrcella à Dorne, terre où Dorane Martell, le frère d’Oberyn se tâte sur la politique à mener envers les Lannister après la mort de Oberyn. L’élection du nouveau Lord Commandant va avoir lieu à la Garde de Nuit. Nous revoyons également Arya, qui arrive à Braavos pour devenir Sans-Visage. Daenerys, quant à elle, tente d’appliquer ses idéaux, non sans soucis, à Meereen, où Tyrion se dirige…

©HBO

©HBO

Un épisode dans la continuité. Game of Thrones joue la sécurité en s’appuyant sur ses acquis, qui ont fait, font, et (on le parie sans crainte) continueront de faire son succès : le talent de ses acteurs, d’abord, pour ensuite donner vie à ses somptueux décors, le tout entouré d’un scénario de qualité, tout en intrigues, intérêts, complots et manipulations. Car c’est une nouvelle fois un épisode très politique, teinté de plus par une réflexion globale sur l’attitude face à la vengeance. Cette réflexion concerne en particulier deux personnes, Sansa Stark, et Dorane Martell, et, dans une autre mesure, Arya, qui se voit affronter sa frustration chez les Sans-Visage, réalisant que dans ce monde connu de tous où tous se connaissent, la simple volonté ne suffit pas à devenir personne. Dans les trois cas, la vengeance doit attendre.

La première est retrouvée par Brienne, au hasard d’une taverne. Pourtant, et on pouvait s’en douter, Sansa refuse la protection de la preux Brienne, épée dévouée à sa mère, pour les belles paroles de Lord Baelish, dont les tribulations ont coûté la vie à son père, dans une scène à tendance oedipienne, puisque Sansa a le choix entre deux pères (Brienne se travestissant pour avoir sa place en société). De ce point de vue, Game of Thrones donne un nouvel exemple de castration, thème revenu à de nombreuses reprises (son plus fidèle représentant étant Theon Greyjoy, mais il y a aussi Arya Stark). Dans un monde où l’intérêt prime, la vengeance, c’est à dire la virilité, est soumise, d’où la fuite en avant de Brienne, libérant tous les chevaux et tuant les chevaliers de Littlefinger qui tentent de la poursuivre. Quant au second, il a perdu sa soeur Elia et son frère Oberyn, et malgré tout il ne souhaite pas vengeance, à l’opposé de son frère, cela malgré l’influence de la veuve (et mère castratrice) de Oberyn qui veut l’obliger à prendre les armes contre les Lannister. Jamais le dicton « la vengeance est un plat qui se mange froid » n’aura été aussi vrai… 

©HBO

©HBO

Si nous avons encore, également, un dialogue bien senti et très drôle entre Tyrion et Varys, qui font route vers Meereen, notamment sur l’insigne condition de nain malgré le fait qu’on soit recherché par la régente en personne, tel un insecte qui se perd dans le vin, c’est bien du côté de Daenerys que la réflexion politique porte en majorité. La mise en scène et les événements à gérer permettent notamment de masquer les défauts d’Emilia Clarke, trop statique et sans relief, comme si, à l’image de son personnage, elle se sentait très à l’étroit.

On avait dit, lors de l’épisode précédent, qu’elle allait devoir affronter ses contradictions, ses limites, mais surtout des déceptions, et ce n’est que trop vrai : toujours aux prises avec le clan des Fils de la Harpie, elle tente d’imposer des idéaux de justice et de liberté dans un monde où tous vont là où la situation les mène, c’est à dire l’anarchie. Elle-même tiraillée entre ses ambitions, son héritage, et ses principes, c’est quand l’un des trois prend le dessus que les deux autres se déclenchent : dans ce second épisode, elle est obligée de revenir sur sa décision, et ce girouettisme lui est bien rendu par un peuple qui passe du coq à l’âne sans hésitation, l’appelant mère puis sifflant tels des serpents. En fin de compte, Daenerys, quelque part, est comme un club de foot qui joue bien puis baisse de niveau, tandis que les supporters suivent la tendance, sauf que Daenerys a du mal dans sa gestion des supporters : promettre, et notamment promettre des libertés fondamentales à un peuple qui n’en a jamais connu n’est pas chose aisée ; l’idéal fait face à la réalité, et dans Game of Thrones, la réalité est impitoyable : elle a pour nom le chaos. Mais qui est le plus sauvage : celui qui applique, ou celui sur qui est appliquée la sentence, là se pose la question.

Un épisode de très bonne facture de nouveau. Espérons que le phénomène continue !