Nous ne présentons plus le cinéaste Wim Wenders, l’un des représentants du Nouveau cinéma allemand dans les années 1960-1970 prônant l’indépendance des auteurs. Son documentaire, Le Sel de la Terre, était en compétition l’année dernière dans la catégorie « Un Certain Regard » au Festival de Cannes. Avec ce long métrage en 3D, il aborde le thème de la culpabilité liée à l’art.

Après une dispute avec sa compagne, Tomas (James Franco), un jeune écrivain en mal d’inspiration, conduit sa voiture sur une route enneigée. En raison du manque de visibilité, Tomas percute mortellement un jeune garçon. Après plusieurs années, il trouve un chemin inattendu vers la rédemption : sa tragédie se transforme en succès littéraire. Mais il va apprendre à ses dépens que certaines personnes n’en ont pas fini avec lui…

La perte, la souffrance et la culpabilité ne sont-elles pas des puissants moteurs à notre imagination, notre créativité ? Pouvons-nous nous servir de la souffrance d’autrui pour l’ériger en art ? Là est le sujet maître de Every Thing Will Be Fine. Un sujet parfaitement maîtrisé qui pousse à la réflexion. Nous suivons pendant deux heures une partie de la vie de Tomas qui va passer par toutes ces étapes et qui va devoir les surmonter. Il est vrai que le cinéma traite peu de ce thème, ce qui rend cette oeuvre très intéressante. La réalisation vient parfaitement épousée le sujet, la mise-en-scène est épurée et sait nous surprendre. Cependant, nous regrettons l’utilisation de la 3D qui ne vient pas vraiment servir le propos. Le réalisateur justifie ce choix en expliquant dans une interview que « la 3D appuie la présence des acteurs à l’écran », à chacun son avis, mais il faut reconnaître que c’est une bonne chose que cette technique ne se limite pas à appuyer des effets spéciaux en tout genre.

every thing

© Bac Films

Le cinéaste travaille dans ce film la question du temps et de l’espace. Le temps est représenté par la narration, certes lente, mais aussi très espacée – l’histoire se déroule sur une dizaine d’années, le film comporte beaucoup d’ellipses. De plus, Wim Wenders est un cinéaste de l’espace, il se sert de chaque partie du décor pour composer ses plans ainsi que de la lumière. Le directeur de la photographie, Benoît Debie – qui a récemment travaillé sur Lost River de Ryan Gosling, ou encore Irréversible et Enter The Void de Gaspard Noé – nous sert une photographie sublime ; l’alternance entre les plans en hiver sous la neige et les plans en été dans les champs dorés. Certains plans se basent sur des jeux de lumière intéressants, tels que la maison de Kate (Charlotte Gainsbourg) qui s’éteint peu à peu suite à son déménagement.

Mais c’est là où nous ne l’attendons pas que le long métrage se révèle et prend de l’ampleur : certains passages montent en intensité et nous déroutent, sublimés par la musique du grand Alexandre Desplat – que nous aimons beaucoup – ou par le silence. Par ailleurs, il faut bien le dire, Wim Wenders excelle dans la direction des acteurs. James Franco détient ici un rôle de composition majeur dans sa carrière, il transcende chaque plan tout en gardant une certaine simplicité. Nous nous identifions à son personnage qui se trouve dans une position délicate entre sa culpabilité et son art. Le film fait la part belle à Charlotte Gainsbourg qui, malgré son faible temps de présence à l’écran, parvient à nous émouvoir. La relation qui va lier Tomas à Kate est des plus fascinantes et elle est importante au développement de l’histoire.

Every Thing Will Be Fine est un film admirablement réalisé qui fait réfléchir mais qui peut aussi ennuyer à cause de ses quelques longueurs. A découvrir!