Le faux dernier film de David O. Russell n’a pas vraiment fait parler de lui dans l’Hexagone, ni ailleurs…

Totalement délirant, Accidental Love met en scène Jessica Biel, serveuse dans une petite ville, qui un jour se fait planter par un clou dans le cerveau. S’ensuivent alors des conséquences rocambolesques, de sa désinhibition, son coup de foudre pour un politicard de pacotille, un langage bien châtié… Bref, un beau contexte pour de l’humour, logiquement.

On pourrait croire qu’arrivé à un certain niveau de reconnaissance, disposant d’une certaine expérience, un réalisateur/scénariste ne peut pas pondre un projet laborieux. Et pourtant… Enfin, replaçons le contexte, nous sommes en 2008, David O. Russell n’a pas encore remporté d’Oscar mais vient de terminer I Heart Huckabees, pour des raisons financières et juridiques, Jake Gyllenhaal et Jessica Biel, les stars du film sont obligées de quitter le tournage alors qu’il semblerait que des scènes clés n’ont pas fini d’être bouclées, le film n’est pas diffusé. En 2010, le créateur du projet lui-même abandonne le navire suite à des désaccords artistiques et c’est sous le pseudonyme de Stephen Greene qu’il reste attaché au long-métrange sans pour autant avoir son mot à dire sur le montage. Accidental Love, anciennement baptisé Nailed, finit par sortir en VOD le mois dernier… Le topo n’est pas brillant, mais par curiosité pour l’homme, revenons un instant sur ce film.

©KiaJam

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Personnellement, je trouve qu’O. Russell est devenu un grand bavard dans ses derniers films, avec des personnages qui partent dans des tirades que j’ai du mal à suivre. Si la profusion de paroles collait parfaitement au style recherché dans I <‘3 Huckabees, ça m’a hautement ennuyée dans American Hustle (je ne comprends toujours pas toutes les nominations…) ou même dans Silver Linings Playbook… En revanche, rien à reprocher à Fighter, tout en retenue. Néanmoins, j’ai la vague impression que tout ce qu’il touche se change en or en ce moment. Ironiquement, Accidental Love respecte la continuité de son film précédent et annoncerait même les prémices de ses films futurs… Tout n’est pas à jeter en effet, l’humour second degré, la créativité du film… C’est juste que le bordel qui était attachant dans Huckabees perd tout son sens ici et le spectateur n’arrive pas à suivre le fil de l’histoire, ni à cerner les comportements des différents personnages (oui, Alice a un clou dans la tête qui la fait agir étrangement, c’est pas une raison) et encore moins leurs sentiments.
A vouloir trop en faire une satire politique, la voix du film n’est en aucun cas pertinente et ne délivre aucun message. Au lieu de regarder une comédie cynique comme O. Russell détient le secret, on finit avec un amas de bonnes idées et d’autres bas de gamme, rassemblées ensemble sans harmonie. La scène d’ouverture semble durer une éternité durant laquelle Alice parait déjà atypique. Le clou n’aura sans doute pas changé grand-chose. A côté d’elle, son presque fiancé (James Marsden moustachu toujours meilleur dans les rôles comiques où il ne se prend pas au sérieux) va lui faire faux-bond car se marier avec une personne instable ne lui semble pas être une excellente idée. Au final, le blâme ne retombe ni sur les acteurs qui font de leur mieux ni sur les créateurs du projet… mais autant d’obstacles dans la vie d’un film ne l’aide certainement pas.

(P.S. : N’empêche, c’est tellement américain de ressortir une vieillerie pareille pour créer un mini-buzz…)