C’est aux éditions du Rouergue que paraît Quarante tentatives pour trouver l’homme de sa vie, le nouveau roman de Rachel Corenblit. Le pitch est d’une simplicité désarmante : Lucie, qui a quitté son compagnon depuis trois ans et s’approche de la quarantaine. Elle est prête à tout pour trouver l’homme de sa vie. Mais pas prête à toutes les concessions.

Alors elle cherche, liste, élimine, tergiverse, avance, recule… dans tous les lieux et toutes les situations possibles. L’ex de sa meilleure amie, un père de famille, un copain perdu de vue, sur Internet, à la piscine, dans un bar, chez le médecin. La liste est longue, ponctuée par les titres de chapitres lapidaires : « L’amour et les ordinateurs », « L’amour sous la voûte étoilée », « L’amour qui prend l’eau » ou encore « L’amour et les œdipes non résolus ». L’écriture de Quarante tentatives pour trouver l’homme de sa vie l’est aussi, véhiculant l’urgence ressentie par Lucie : allons droit au but. Plus de temps à perdre. Caustique et drôle, amère et tendre tout à la fois. On voit passer des schémas typiques et d’autres moins typiques : le copain d’enfance du père qui lui fait du gringue, le petit copain de la meilleure amie pour lequel elle a toujours un faible, dont elle se défend âprement, même au pied du mur. Et, alors qu’elle se défend encore d’être désespérée, c’est sa mère, personnage typique de sitcom, qui retourne le couteau dans la plaie, allant jusqu’à lui arranger un rencard avec un type improbable.

quarante-tentativesEt Lucie a beau grimper aux rideaux, renvoyer un refus net à sa mère, elle finit par l’appeler. Elle finit toujours par tenter le coup, bon gré mal gré, dans l’optique du « on verra bien… » mais cale au premier défaut, rédhibitoire ou non, telle est la question. On soupire, on sourit souvent, on rit beaucoup, et on s’attache à ce personnage qui reflète les mille et unes questions qu’une femme peut se poser, les mille et un travers que l’on reconnaît en nous-mêmes. Même si on ne partage pas forcément ses conclusions.

Certaines scènes de Quarante tentatives pour trouver l’homme de sa vie sont franchement comiques, d’autres plus féroces, mais l’humour dédramatise toujours l’atmosphère. Même lorsque Lucie se prend ses quatre vérités dans les dents de la part d’un inconnu qu’elle pensait éconduire par le mépris.

Le trait de Quarante tentatives pour trouver l’homme de sa vie est un peu cliché sur les bords, mais touche souvent juste. Parce qu’il est révélateur de l’atmosphère actuelle de notre société : les femmes sont libres, indépendantes, mènent leur propre barque, mais au bout d’un certain temps, quand même, tôt ou tard, il faut finir casée, et on a beau ne pas forcément le vouloir comme cela, pas tout de suite, on finit par en éprouver le besoin, que ce soit par réaction aux sirènes d’alarme de la société ou par peur de l’âge, de finir seule et aigrie. Réaction somme toute très humaine, et c’est bien l’humaine condition que déploie Quarante tentatives pour trouver l’homme de sa vie, par son humour et sa férocité. Celle des femmes et des hommes toujours mus par l’espoir inaltérable de se trouver une moitié qui s’imbriquerait pile dans les creux et bosses de leur carapace. On ne peut que s’attendrir devant cette quête.

« – Alors (il demande, pour engager la discussion parce qu’ils sont debout, l’un en face de l’autre, à ne pas savoir comment entamer cette discussion, à esquisser des semblants de sourires et ils se dandinent sur leurs jambes et Lucie connaît cette sensation, elle l’a déjà vécue, c’est un cauchemar) tu es l’amie d’Annelyse ?

(Non, elle pense, je ne suis l’amie de personne, je suis seule, tu es seul, nous sommes seuls, ne vois-tu pas ? Révise ta conjugaison. Tais-toi, rentre à la maison, te coucher, te cacher, cesse de t’agiter.)

– De qui ? elle demande.

(Il rit. Un pauvre rire qui se coince dans sa gorge et il tire sur sa cigarette pour se donner une contenance, ressembler à quelque chose, ne pas perdre la face.)

– Annelyse. L’amie d’Annelyse, il répète. »